De 1862 à nos jours : Les ponts de chemin de fer de Pontoise…

Au cours de l’année 2015, notre ami Paul Mathieu me demanda de lui numériser ma collection de documents sur le pont de chemin de fer de 1932 pour une recherche qui était en cours. Malheureusement il nous quitta brutalement en novembre de la même année, laissant son travail sur l’histoire des ponts de Pontoise inachevé. Ce dernier est publié en l’état dans les Mémoires de la Société Historique et Archéologique de Pontoise du Val d’Oise et du Vexin (1) et c’est aujourd’hui pour moi l’occasion de présenter, comme un modeste hommage à Paul Mathieu, cette collection de documents photographiques qui devait intégrer son étude.

Contexte historique :

L’histoire du chemin de fer en France remonte au début du XIXe siècle. Les dépenses liées aux guerres Napoléoniennes retardent son développement et le pays se repose sur un réseau de routes et de voies fluviales performant. Les premières voies posées en France le sont essentiellement à des fins industrielles et avec des trains hippotractés. En 1837, la voie Paris – Saint-Germain-en-Laye est inaugurée, elle ne sera finalisée qu’en 1847 mais c’est la première en France à accueillir un train à vapeur dédié au transport de voyageurs. Les chemins de fer ne prennent leur essor qu’après l’adoption, en 1842, de la loi relative à l’établissement des grandes lignes de chemin de fer. Dans le cadre d’un partenariat public/privé, l’Etat prend en charge les coûts d’achat des terrains ainsi que la construction des bâtiments et les privés ceux des voies ferrées et du matériel roulant. L’Etat gère donc l’expansion du réseau ferré tandis que les compagnies sont en monopole d’exploitation sur leurs lignes. En 1846, la ligne Paris – Lille est inaugurée et passe par Epluches (Saint-Ouen-l’Aumône). On y construit une « Gare de Pontoise » mais sa localisation hors des limites de la commune n’entraîne pas les retombées économiques escomptées.  

Gare de Pontoise en 1855, située à Epluches sur la commune de Saint-Ouen l’Aumône. Source : non identifiée pour le moment mais issue d’un livre avec la mention « Malibu, collection Michael et Jane Wilson ».

1861, le premier pont de chemin de fer à Pontoise :

Dès 1857, Pontoise oeuvre à ce qu’un nouvel embranchement sur la voie du Nord se fasse sur la commune. La ligne devant traverser l’Oise et couper le plateau de Saint-Martin du reste de la ville, il fallut intégrer l’aménagement de passages, calculer la hauteur du pont pour permettre aux chargements agricoles de passer au niveau des quais, mais aussi de ne pas gêner la circulation fluviale. La solution passe par l’apport d’importants remblais, surtout à Saint-Ouen-l’Aumône où la voie ferrée se retrouve à plusieurs mètres au dessus du niveau de circulation de la ville.

Une lettre du Ministre des travaux publics du 18 avril 1860 (2) apporte de nombreuses précisions techniques sur le pont en fer de deux voies qui sera construit. La Compagnie des Chemins de Fer du Nord présente un projet pour un pont formé de quatre travées, une première de 25,62 mètres qui libère le chemin de halage de 4,25 mètres sur la rive de Saint-Ouen-l’Aumône, une deuxième travée de 31,38 mètres au-dessus de la rivière, une troisième travée de 25,62 mètres qui laisse un passage de 10 mètres pour le port et une quatrième travée « spéciale » de 15,85 mètres pour dégager la route du port. La largeur du pont est de 9,2 mètres dont 60 centimètres pour la poutre centrale à laquelle s’ajoute une passerelle pour piétons de 2,3 mètres de largeur. L’ensemble de 400 tonnes environ repose sur des piles et culées en béton de respectivement 2,7 et 1,5 mètres d’épaisseur.

En 1870, la guerre Franco-Prussienne fait rage et, devant l’inexorable avancée des Prussiens sur le territoire, le pont est partiellement détruit par l’Armée Française pour protéger sa retraite vers Paris. Il est reconstruit en 1872 mais la structure reste fragilisée et nécessite d’être renforcée en 1887 et 1906 (La Science et la Vie).

Premier pont de chemin de fer (pont en treillis ou poutres américaines) de 1861, ici après sa destruction de 1870 par l’Armée Française. On note les dégâts importants sur la pile qui restera fragilisée même après sa réfection. Archives Municipale de Pontoise côte 7FI130.

Lors de la première Guerre mondiale, le pont échappe de « justesse » à la destruction par le génie en 1916. Toutefois il continue à montrer des faiblesses et les machines de plus en plus lourdes qui circulent doivent passer à vitesse réduite alors que dans le même temps la fréquence des passages augmente. Vers 1930, on constate un fléchissement du pont dû à la faiblesse d’une pile qui s’avère être irréparable.

Vue du pont de chemin de fer au début du XXe siècle. Coll. Dassé Fabrice.

1932, remplacement de l’ancien pont en 10 heures, un record et une première en France :

La Compagnie des Chemins de Fer du Nord  travaille rapidement et en mai 1931, l’Echo Pontoisien publie un profil du pont qui sera réalisé en remplacement.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir.
L’Echo Pontoisien n°7 du 7 mai 1931 (Archives Départementales du Val d’Oise – ADVO)

La nouvelle structure en acier comprend maintenant 4 voies plus une passerelle pour piéton, elle se compose de trois travées pour une longueur totale de 110 mètres et une masse d’environ 1000 tonnes. La première travée fait 27,65 mètres de longueur et repose sur une culée en béton armé située à Pontoise et sur une pile en berge, la deuxième de 24,57 mètres repose sur une pile en rivière renforcée en béton tandis que la troisième de 57,9 mètres est maintenue par une arche et repose sur la culée en béton armé de Saint-Ouen-l’Aumône. 

L’ensemble des travaux sur les piles et les culées est effectué sans interruption du trafic ferroviaire. En parallèle, les Etablissements Renoux à Poissy, installe les charpentes, échafaudages et ouvrages provisoires qui permettront de construire le nouveau pont et de permettre le déplacement simultané de l’ancien et du nouveau tablier. Le chantier, réalisé sous la direction du technicien M. Rivier, nécessite près de 750 m3 de bois et 200 épieux de 18 mètres sont enfoncés dans le lit de la rivière. Cette phase de travaux, dont le coût s’élève à 9 millions de francs, est surveillée par MM. Tettelin et Cambournac (ingénieurs en chef du Chemin de Fer du Nord) et M. Loiseau (ingénieur principal de l’entretien).

Carte postale (carte-photo) 1932, les ouvriers des Etablissements Renoux à Poissy en plein travail. En amont du pont de chemin de fer, ils monte les charpentes sur lesquels viendront se poser les chemins de roulement permettant le déplacement des ponts. Coll. Dassé Fabrice.
Photographie stéréoscopique sur plaque de verre, 1932. Vue des structures de soutien des ponts au niveau de l’actuelle Place Bûcherel. Coll. Dassé Fabrice.
Photographie stéréoscopique sur plaque de verre, 1932. Posé sur les charpentes, un des 5 chemins de roulement avec les câbles en acier qui permettent le déplacement simultané des deux tabliers. Coll. Dassé Fabrice.

Si le maître d’ouvrage est la Compagnie de Chemin de Fer du Nord, le maître d’oeuvre qui doit concevoir, réaliser et mettre en place le nouveau pont est la Société Fives-Lille. Cette entreprise est issue de l’association, en 1861, des sociétés Cail et Fives-Lille (firme Parent & Schaken):  « Fondée en 1861, elle doit sa notoriété à l’ampleur de ses installations (plus de 15 hectares d’ateliers, 12 marteaux pilons, 95 forges, 500 machines-outils), au nombre de ses ouvriers qui sont plusieurs milliers. (…) de 1861 à 1905 sortent de ses ateliers plus de 2000 ponts de chemin de fer, une centaine de ponts routiers, dont certains monumentaux, des gares de chemins de fer dont la célèbre gare d’Orsay, plus de 2000 locomotives. La Compagnie de Fives-Lille exporte ses productions dans le monde entier, en Espagne, en Égypte avec deux ponts sur le Nil, en Roumanie, en Chine, au Brésil, en Argentine … » (3). 

On peut noter que cette entreprise a aussi fourni les machines du Transsibérien, construit les ascenseurs de la tour Eiffel en 1889 ou encore construit le Viaduc des Fades (Puy-de-Dôme), entre 1901 et 1909, sur des piles de 92 mètres de hauteur.

A Pontoise, il faut 12 mois pour construire le nouveau pont directement sur les charpentes, puis jumeler les deux structures au moyen de tiges filetées. La masse de l’ensemble, si on ajoute les rails, poutres et équipements divers, avoisine les 1800 tonnes.

Carte postale (carte-photo) 1932. La structure métallique du pont en cours de construction par les ouvriers de la société Fives-Lille. Coll. Dassé Fabrice.
Photographie stéréoscopique sur plaque de verre, 1932. Jonction de deux parties du tablier et pose des rails. Coll. Dassé Fabrice.

Une fois tous les préparatifs terminés, l’échange simultané des tabliers est opéré le 13 septembre 1932 selon une chronologie dictée par l’impératif d’interrompre le moins longuement possible les trafics ferroviaire, routier et fluvial. Un arrêté municipal interdit la circulation sur le quai Bûcherel, le quai du port et la passerelle provisoire tandis que des bus sont mis en place entre Pontoise, Saint-Ouen-l’Aumône et Eragny pour les utilisateurs de la ligne de train. La sécurité publique est assurée par le capitaine de gendarmerie Blanchard, commandant la section de Pontoise et le commissaire de la ville, M. Gardin.

L’ensemble des câblages électriques pour la signalisation, le télégraphe et le téléphone, est installé sur la passerelle provisoire. Les deux tabliers, pour être déplacés sur une quinzaine de mètres, sont posés sur 5 chemins de roulement dont l’ensemble est pourvu de 300 galets. C’est M. Thierry (dessinateur de Fives-Lille) qui est chargé du réglage des chemins de roulement.

Photographie stéréoscopique sur plaque de verre, 1932. Vue de dessus d’un chemin de roulement équipé de ses galets sur le quai de Saint-Ouen l’Aumône. Coll. Dassé Fabrice.
Photographie de presse, Agence Trampus, Paris, 20 rue du Louvre, 1932., » Vue prise à 8 heures du matin de l’ancien et du nouveau pont avant la marche. » On observe les 5 chemins de roulements sur la gauche du cliché. Coll. Dassé Fabrice.

Les 1800 tonnes sont mues par 5 treuils à main équipés de câbles en acier et nécessitant chacun 4 hommes. L’harmonisation de leur traction à l’aide d’un sifflet est dirigée par M. Pagès (chef monteur de Fives-Lille) et l’ajustement de la vitesse de manœuvre se fait par signaux lumineux conventionnels.

Photographie de presse, Agence Trampus, Paris, 20 rue du Louvre, 14/09/1932. Un des treuils permettant le déplacement des tabliers. Cette photographie a été utilisée pour illustrer l’article de La Science et la Vie. Coll. Dassé Fabrice.
Photographie de presse, Henri Manuel, 27 Faubourg Montmartre, Paris, 13/09/1932. Légende :  » A Pontoise, M. Javary directeur du Chemin de Fer du Nord assiste a la mise en place du Pont sur l’Oise sous les voies ferrées de Paris à Pontoise. ». Coll. Dassé Fabrice.

Les opérations débutent juste après le passage du train de 8h09 se dirigeant sur Saint-Lazare. A 10h45 le vieux tablier est libéré et l’avancement de l’ensemble est vérifié tous les 10 centimètres via 5 points de repères qui doivent concorder.

 A 11h57, M. Javary (ingénieur en chef de la Compagnie du Nord) arrive à Saint-Ouen-l’Aumône par train spécial. 

Photographie stéréoscopique sur plaque de verre, 1932. Au premier plan M. Javary inspecte le chantier. Coll. Dassé Fabrice.
Photographie stéréoscopique sur plaque de verre, 1932. On remarque à droite M. Dequeker, chef de gare à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

Le pont est aligné à 14h43, les ouvriers utilisent des vérins et la structure est en place à 16h30. Les rails du pont sont soudés et des joints compensateurs pour la dilatation sont réservés.

Ci-dessus, photographies stéréoscopiques sur plaques de verre, 1932. Vues du chantier en cours. Coll. Dassé Fabrice.

Dans le même temps, les aiguilles et appareils de voies sont changés pour du matériel plus moderne, les nouveaux embranchements sont en acier au manganèse (contenant 1% de Carbone et entre 10 et 14% de Manganèse pour plus de résistance), le ballast est remplacé et le remblaiement des voies se fait sous la direction de M. Melmies (chef de district).

Photographie de presse, Agence Trampus, 20 rue du Louvre, Paris, 1932. Vue générale des travaux devant le poste d’aiguillage lors du changement des aiguilles et appareils de voies. Coll. Dassé Fabrice.

L’épreuve de solidité est effectuée à 17h56, avec trois machines du dépôt de Creil avec à leur bord MM. Loiseau (Ingénieur en chef de la troisième division) et Dekecquer (chef de gare),et au retour M. Flamant (Ingénieur de la Compagnie de Chemin de Fer du Nord). Les 400 ouvriers présents fêtent la réussite du chantier et hissent le drapeau français.

La solidité de l’ouvrage est testée immédiatement après sa mise en place avec trois locomotives de 100 tonnes chacune. Extrait de La Science et la Vie, tome 42, n°186 du 1 octobre 1932, p. 465.
Photographie stéréoscopique sur plaque de verre, 1932. A la fin du chantier les ouvriers hissent le drapeau Français pour fêter sa réussite. Coll. Dassé Fabrice.

A 18h09,  le Paris-Dieppe est le premier train commercial à emprunter le nouveau pont après seulement 10 heures d’interruption du trafic, ce qui est un record pour l’époque. 

Ce pont a une vie mouvementée qui commence avec sa destruction partielle par le Génie Français en 1940 pour tenter de freiner l’avancée de l’armée allemande. Ces derniers installeront rapidement une voie provisoire en attendant de relever le pont qui est de nouveau en fonction en 1942. En 1944, c’est l’armée allemande qui le détruit pour, cette fois ci, freiner l’organisation logistique des forces de libération.

Cette photographie prise par un militaire Allemand est l’un des très rares documents montrant la construction du pont monorail provisoire construit par l’armée Allemande en 1940. Coll. Dassé Fabrice.
Photographie prise par un militaire Allemand où l’on voit le pont provisoire en fonction ainsi que celui de 1932 encore plongé dans l’Oise. Coll. Dassé Fabrice.
Le pont relevé en 1942 est de nouveau détruit en 1944. L’armée Allemande n’a pas placé les charges explosives de la même manière que l’armée Française. Coll. Dassé Fabrice.

Il est de nouveau relevé en 1946 et restera en fonction jusqu’en 1998 où il est remplacé par un pont bow-string (pont muni de poutres en arc équipées de suspentes généralement verticales), oeuvre de l’architecte  Jean Louis Jolin. Ce nouveau pont, toujours en activité, permet l’installation de 6 voies afin de faire face à l’augmentation du trafic ferroviaire.

Ci-dessus, l’ancienne structure est définitivement enlevée pour démantèlement en 1999, laissant place au nouveau pont ferroviaire de 6 voies. Photographies : Pierre Carlier. Coll. Dassé Fabrice.

Dassé Fabrice


1. Mémoires de la Société Historique et Archéologique de Pontoise du Val d’Oise et du Vexin, Tome XCVIII, 2016, pp. 3-36.

2. Archives Municipales de Pontoise, côte 1D28, numéro d’ordre 1860/51.

3. Philippe Marchand, Histoire de Lille, Paris, J.-P Gisserot, 2003. (Source Wikipédia, avril 2021 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fives-Lille).


Les sources concernant le pont de 1932 pour cet article sont :

. L’Echo Pontoisien n°7 du 7 mai 1931 (Archives Départementales du Val d’Oise – ADVO)

. L’Echo Pontoisien n°36 du 8 septembre 1932 (ADVO)

. L’Echo Pontoisien n°37 du 15 septembre 1932 (ADVO)

. Le Progrès de Seine et Oise n°38, deuxième édition, 1932 (ADVO)

. La Science et la Vie (devient Science et Vie en 1943), tome 42, n°186 de décembre 1932, pp. 435-524.

. La Nature, soixantième année, deuxième semestre, n°2890 du 1 octobre 1932, p.332.

1930-1940, Joseph Duperrier alias René Josphin, un auteur Pontoisien oublié…

C’est en mettant un peu d’ordre dans la section « Pontoise » de ma bibliothèque que j’ai exhumé un exemplaire de Pro Arte de 1935 (Revue littéraire sous la direction de Georges Finaud) dans laquelle est publiée une pièce de théâtre en un acte : « Le monde où l’on s’ignore » de René Josphin.

Joseph Duperrier alias René Josphin en 1935.

René Josphin est le nom d’artiste de Joseph Duperrier. Il est né à Chars (Seine et Oise) le 29 novembre 1902 et, avec sa mère, il habite à Pontoise au 34 Grande Rue (aujourd’hui rue Alexandre Prachay). Au début des années 30, il officie comme caissier à la Caisse d’Epargne de Pontoise (il est promu caissier général en 1935) et il se marie en juin 1936 avec Fernande Bertrand qui est employée au Trésor.

Alors que J. Duperrier réalise cette belle carrière dans le milieu bancaire, René Josphin, son double, perce dans le milieu littéraire et connait un certain succès. Après avoir débuté l’écriture à 17 ans avec le « Cénacle Lyrique » (association locale dont il semble être le fondateur, je n’ai rien trouvé sur ce sujet), il devient auteur dramatique, poète, journaliste (il écrit pour Le Progrès de Seine et Oise, une série d’articles intitulée : La pensée du terroir), il est aussi Secrétaire Général de la Fédération Littéraire de France, Membre de l’association Générale des Auteurs et a été directeur des Annales Lyriques.

Voici un article publié en février 1936 dans Le Progrès de Seine et Oise qui retrace une partie de son parcours :

Le Progrès de Seine et Oise, 8 février 1936. Source : Archives Départementales de Val d’Oise.

Sa pièce « Le monde où l’on s’ignore » est publiée dans la revue Pro Arte en 1935 et connaît une publication à part dans la Collection « Le Roman Vivant » au prix de 5 francs. Cette pièce est jouée à Pontoise le 21 novembre 1936, dans la salle des fêtes, lors de la fête annuelle de l’Union Amicale des Anciens Elèves de Pontoise.

Publié dans le programme de la 33e fête annuelle de ‘L’Union Amicale des Anciens Elèves qui a eu lieu les 21 et 22 novembre 1936 dans la Salle des Fête de Pontoise. Coll: Dassé Fabrice.

Nous perdons la trace de Joseph Duperrier après 1938, la guerre ayant probablement impacté sa vie. Il ne reste que très peu d’éléments concernant son travail et son histoire, la base de donnée de la Bibliothèque Nationale de France n’indique que deux références pour René Josphin.

Résultat de la recherche René Josphin sur la base de donnée de la BNF, décembre 2020.

En complément de cet article voici une liste non exhaustive de son oeuvre :

. La Carmina, pièce lyrique en 1 acte, René Josphin V. Attinger, 1923.

. La Première Nuit, 1 acte, musique de Roger Pénau (il aurait écrit une deuxième pièce en collaboration avec ce musicien connu de la région).

. L’Allumeuse, 3 actes, préface de Georges Finaud.

. Les Nouveaux Romanesque, 1 acte.

. Le Monde où l’on s’ignore, 1 acte Pro Arte en 1934 et 1935 (dans la revue du même nom).

. Auteur de « Les Vieux » ?

. Déshabillez-vous! …, Le Purgatoire de Bacchus, L’Absente,  en vente à Pontoise aux Imprimeries Désableaux et dans les librairies en 1938.

Pour finir je vous livre une copie de la pièce « Le Monde où l’on s’ignore » en fichier .pdf. Si je retrouve d’autres écrits de cet auteur je pourrai alors les intégrer à ce document pour tenter de réaliser un recueil de son oeuvre.

Dassé Fabrice

1854-2019, Armurerie Leboeuf, une affaire de famille transmise de père en fils pendant 165 ans à… Pontoise

En décembre 2019 l’armurerie Leboeuf, véritable institution pontoisienne située au 8 rue de l’Hôtel de Ville, a pour la dernière fois baissé le rideau de sa boutique ouverte il y a presque 200 ans par Louis Duvivé. L’acquisition récente d’une cartouche de chasse estampillée Emile Leboeuf est pour moi l’occasion de revenir sur l’histoire des cinq générations d’armuriers de la famille qui se sont succédé dans ce même établissement durant les 165 dernières années.

Avant 1854…

Au plus loin que l’on puisse remonter, la famille est originaire de Blannay (Yonne, Bourgogne) à quelques kilomètres d’Arcy sur Cure. Si Philippe Leboeuf (1651-1729) en est le plus lointain membre connu, c’est trois générations plus tard, que son descendant, Jean Leboeuf, quitte l’Yonne pour s’installer à Maraye en Othe (Champagne Ardenne).  En 1825, naît son fils Augustin Leboeuf qui deviendra le premier arquebusier de la lignée. Quelques années plus tard, la famille s’installe à Paris et Jean Leboeuf, qui exerce le métier de terrassier, meurt en 1834. 

Entre 1845 et 1854 Augustin exerce une période d’apprentissage de 4 ans auprès d’Eugène Lefaucheux qui est l’un des meilleurs arquebusiers de France (inventeur de la cartouche à broche en 1854). 

Eugène Lefaucheux (1832-1892). Source : www.lefaucheux.net

1854 – Augustin Leboeuf (1825-1895) s’installe à Pontoise…

En 1854, Augustin Leboeuf reprend l’établissement d’arquebuserie de Louis Duvivé (originaire d’Aubigny et établit à Pontoise vers 1820) située au 6 rue Jean Jacques Rousseau qui est l’ancien nom de la rue de l’Hôtel de Ville. Il rédige alors un courrier à destination de la clientèle de Duvivé comme cela se faisait alors, afin d’annoncer le changement de propriétaire et de lui assurer que la qualité du service serait au rendez-vous. 

Modèle de lettre rédigé par Augustin Leboeuf pour annoncer la reprise de l’arquebuserie de Louis Duvivé, 1854, coll : Famille Leboeuf.

Augustin prête serment auprès des officiers du tribunal de Pontoise le 5 juin 1855 afin d’obtenir l’autorisation du préfet de Seine et Oise de s’établir en tant que débitant de poudres de chasses.

Copie de l’autorisation d’établissement d’Augustin Leboeuf avec, en marge, le serment auprès du tribunal, 1855, coll : Famille Leboeuf.

En 1863 il épouse Eugénie Monmirel (1838-1908), ils ont deux fils, Auguste Leboeuf, qui nait en 1864, et Charles en 1875 ainsi qu’une fille prénommée Eugénie en 1870.

Auguste Leboeuf (1864-1918), deuxième génération d’arquebusier de la famille…

Né en juin 1864, Auguste est un très bon élève qui « a reçu l’enseignement primaire dans les écoles Communales de la ville ». Il est lauréat au Concours Cantonal de Pontoise et a obtenu, toujours par concours, une bourse créée par le Conseil Général. Il entre comme boursier à l’Ecole Bertrand de Versailles (École professionnelle industrielle et commerciale de Versailles), école catholique qui ne lui convient pas car il interrompt ses études et participe en 1879, à l’âge de 15 ans seulement, au concours d’entrée de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons où il est admis avec le numéro 27 sur 100. Bien qu’Auguste n’ait pas fini son cycle de trois ans dans sa première école, le Conseil Municipal de Pontoise et Monsieur le Préfet de Seine et Oise, devant son excellent parcours scolaire, lui octroient, sans que la famille ne l’ai sollicitée, une demi-bourse pour continuer ses études (1). 

Certificat d’étude primaires d’Auguste Leboeuf qui a passé son examen en 1877 avec mention très bien. Coll. Famille Leboeuf.

Après avoir repris l’armurerie, Auguste se marie en 1894 avec Eugénie Estruc (1863-1931) qui se trouve être la nièce du peintre Camille Pissarro. Ils ont trois enfants, Suzanne (1895-1980), Georgette Augustine (1897-1979) et Emile Albert (1902-1966) qui sera le prochain à reprendre l’affaire. 

Lucien Pissarro (1863-1944) et Auguste Leboeuf : La Marseillaise des Commerçants…

pC’est en 1884 qu’un magasin Félix Potin, ouvert par Julien André au 7 rue de l’Hôtel de Ville, vient perturber le fonctionnement et l’économie des épiceries pontoisiennes. Dès 1886, appuyée par la maison mère de Paris, l’enseigne bien achalandée offre des prix bas, un service de livraison à domicile et un accueil de qualité avec pas moins de six commis employés (2). La concurrence faite aux épiciers du quartier est forte et une campagne malveillante visant ce nouvel arrivant prend un essor important. Auguste Leboeuf décide alors de dénoncer cette situation en écrivant un poème qui se chante sur l’air de la Marseillaise et illustré par Lucien Pissarro avec lequel il est ami depuis l’enfance. Le texte s’en prend particulièrement à deux épiciers pontoisiens devant être probablement les fers de lance de la campagne de dénigrement, Joseph Chanvret (1826-1907), épicier de la rue de Gisors et Léonard Demouchy (1834-1886) dont la boutique située 3 rue de l’Hôtel de Ville, est quasiment voisine de l’enseigne Félix Potin. 

L’implication du fils de Camille Pissarro aura sans doute permis la conservation de ce petit bout de l’histoire de Pontoise.

Arquebusier, commerçant, ingénieur et artisans d’art…

Carte postale : Devanture du début du XXe siècle de l’Armurerie avec Auguste Leboeuf dans l’encadrement de la porte. Coll. famille Leboeuf.

La fabrication d’une arme requiert une somme de connaissances importante en mécanique, métallurgie, en ébénisterie, en gravure sur bois et métal, et la maitrise des mathématiques, de la chimie et la balistique. 

Rabot permettant de dégrossir les pièces de bois utilisées pour les crosses de fusils. Coll. Famille Leboeuf.

Doseur du poudre pour charger les cartouches. coll. Famille Leboeuf.

Même si une grande partie du métier consiste à vendre, réparer, ajuster ou modifier des armes existantes, nous avons eu la chance d’avoir une production locale d’armes de chasse estampillée « Leboeuf-Pontoise » dont voici un des rares modèles qui a pu être préservé jusqu’à aujourd’hui :

Superbe fusil double canon juxtaposé, oeuvre d’Auguste, signé Leboeuf-Pontoise, agrandissez l’image pour observer les détails. Coll. Famille Leboeuf.
Détail du fusil, le chien de gauche (en haut) est tourné pour faciliter son armement avec le pouce de la main droite sans qu’elle ne quitte la poignée (partie plus mince de la crosse). Cela permet un armement plus fluide pour un tir plus rapide. On remarque aussi les ciselures sur la clef de bascule (qui permet de « casser » l’arme) et au niveau de la bande de visée.
Détail des ciselures réalisées à la main sur les platines.

La boutique proposait toutes sortes d’articles pour la chasse comme des couteaux, des cartouches et ce Miroir aux Alouettes, dont on voit un modèle (à droite) sur la carte postale de la devanture de l’armurerie.

Miroir aux Alouettes du même type que celui présent dans la vitrine de la carte postale (plus haut). L’appareil est planté dans le sol et on le fait tourner à l’aide d’une ficelle enroulée autour du manche. Les effets de lumière engendrés par les miroirs attirent les oiseaux pour qu’ils puissent être chassés. Coll. Famille Leboeuf.

Emile Albert Leboeuf (1902-1966), la troisième génération reprend le flambeau…

Emile est comme son père un excellent élève qui fait ses études à l’Ecole des Arts et Métiers de Lille où il entre en 1920 avec une bourse entière appuyée par le Conseil Municipal de Pontoise (3). Il se marie en 1929 à Paris avec Marie Pinatel (1907-1990) et aura 3 enfants dont Pierre Leboeuf né en 1941.

La carrière d’Emile sera écourtée par la Seconde Guerre Mondiale. En exode à Brive-La-Gaillarde durant un mois, la famille est informée que la boutique a été détruite par une bombe. Ils constatent à leur retour que ce n’est pas le cas mais l’armurerie a été pillée bien qu’une partie du stock ait été cachée avant leur départ. A la fin du conflit, la famille doit repartir de zéro et pour relancer le commerce, Marie dédie une partie de l’activité à la maroquinerie, aux parapluies et à la vente de parfums.

Affiche publicitaire pour la vente de cartouches fabriquées par Emile Leboeuf, 1962. Source : Archives Départementales du Val d’Oise, cote : 29J230.
Cartouche pour la chasse produite par Emile Leboeuf vers 1960 (neutralisée). Coll. Dassé Fabrice.

Pierre et Pascal Leboeuf, père et fils pour les quatrième et cinquième générations d’armurier de la famille à Pontoise…

Pierre et Elisabeth Leboeuf dans leur boutique du 8 rue de l’Hôtel de Ville, quelques jours avant la fermeture définitive de l’établissement. Photographie : Dassé Fabrice, 2019.

Pierre Leboeuf est diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, il reprend l’affaire en 1964 et se marie avec Elisabeth Lions en 1967. 

Le monde de l’armurerie est secoué par de nombreuses évolutions de la législation des armes et la pratique de la chasse décline peu à peu. Un article sur la famille Leboeuf, publié dans le magazine Vivre en Val d’Oise numéro 76 de novembre 2002, indique qu’entre 1997 et 2002 trois armuriers ont fermé et qu’il n’en reste plus que sept dans le département.

La boutique s’adapte et vend aussi des vêtements pour la chasse ou encore des produits d’auto défense. Le ball-trap connait aussi un certain engouement et la famille ouvre un centre en 1972 sur la commune de Théméricourt. Cette activité est gérée par Pascal Leboeuf qui a été champion de France junior, senior et a fait partie de la commission de skeet olympique(4).

Lien vers la page « BTC Pontoise » en cliquant sur l’image

La suite…

La famille Leboeuf maintient ses activités dans le ball-trap et Johan Leboeuf (petit-fils de Pierre Leboeuf) dont voici le palmarès (ci-dessous) est l’héritier de cette longue histoire familiale…

Lien vers la page « Browning Young Talent » en cliquant sur l’image.

Remerciements :

Merci à la famille Leboeuf qui a consacré du temps (en plein déménagement) pour répondre à mes questions, me présenter des objets liés au métier d’armurier appartenant à la famille et m’ouvrir leurs archives.

Dassé Fabrice


1. Archives Municipales de Pontoise : côte 1D32.

2. Les Pissarro, Une famille d’artistes au tournant des XIXe et XXe siècles, Musées de Pontoise, Editions du Valhermeil, 2015.

WARO Françoise : Tempête sur l’Epicerie, Mémoires de la Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d’Oise et du Vexin, tome XCIV, 2012, pp. 111-174.

3. Archives Municipales de Pontoise : cote 190 1D45.

4. Skeet : Tir sur pigeon/plateau d’argile.


Errata du 22/01/2021 :

La relecture d’une descendante de la famille Estruc a permis de corriger plusieurs erreurs :

. Le portrait peint par Pissarro n’était pas celui d’Eugénie mais celui de Félicie Vellay Estruc, il a donc été supprimé.

. La date dans la légende du certificat d’étude primaire d’Auguste Leboeuf a été corrigée : 1877 à la place de 1864 qui était sa date de naissance.

. Suzanne Leboeuf (1895-1980) n’était pas la fille d’Augustin mais celle D’Auguste Leboeuf.

Merci pour cette correction.

1932 – L’affaire du meurtre de Lucien-Emmanuel Carlon, hôtelier de la rue de la Coutellerie à Pontoise…

 

Lucien Carlon vient d’être tué, le revolver de petit calibre acheté à l’armurerie Lebœuf de Pontoise est au sol. Première de couverture du Magazine Detective n° 195 du 21 juillet 1932. Coll. Dassé Fabrice.

Itinérance d’une famille immigrée en France au début du XX ème siècle…

Lucien Emmanuel Carlon (1898-1932) et sa femme Mélanie Julienne Artaz (1891-) sont tous deux originaires de la Vallée d’Aoste en Italie. En 1917 naissent les jumeaux Camille et Emma Carlon à Antey-Saint-André, toujours dans la même vallée. En 1921 , Lucien Carlon ressent le besoin d’aller vers de nouveaux horizons et arrive avec sa famille en Seine et Marne où il trouve un poste d’ouvrier agricole à « la ferme Vieillemaison » (non identifiée). Rapidement, en 1922, ils partent dans une autre ferme située à Yvetot en Seine Maritime (50 kilomètres de Honfleur), puis en 1925 ils arrivent à Tourly dans l’Oise pour repartir en 1927 à Villepreux en Seine et Oise, dans « la ferme du Trou-Moreau » (qui existe toujours). L’itinérance ne s’arrête pas là car en 1929, la famille agrandie par les naissances d’Aldo (en 1927) et de Marcel (en 1928), se retrouve dans « la ferme de l’ancienne Tuilerie des Vaulx » sur la commune de Saint-Nom-la-Bretèche (à 4 kilomètres de la précédente) avant de finir en mai 1932 au 29 rue de la Coutellerie à Pontoise, comme hôtelier.

Ferme de l’ancienne Tuilerie des Vaulx à Saint-Nom-la-Bretèche où travaille la famille Carlon en 1929. Source : Google Image, 2019.

Cette reconversion n’empêche pas la famille de garder un pied dans le milieu agricole. Le nom de l’établissement repris à Abraham Burm devient « Hôtel de l’Agriculture », Camille Carlon demeure ouvrier agricole et le cousin des enfants Carlon, Firmin Roveyaz (né le 20 mai 1915 à Châtillon, Vallée d’Aoste en Italie) travaille à la « ferme Bassot » à Ecancourt.

Principaux protagonistes de l’affaire. De gauche à Droite : Lucien Carlon, Camille Carlon, Firmin Roveyaz, Mélanie Carlon (née Artaz). Extrait du Journal « Le Progrès » n° 29 du 16 juillet 1932, Archives Départementales du Val d’Oise.

L’enfer d’une famille vivant sous la coupe d’un homme particulièrement brutal et pervers…

 

Dès le début de leur mariage, Lucien Carlon se montre particulièrement dur et jaloux envers sa femme, il n’affiche aucun signe d’ affection pour ses enfants Emma et Camille et est souvent brutal.

Félicien, que Lucien Carlon embauche comme aide à la ferme du Trou Moreau. Magazine Detective n° 195 du 21 juillet 1932. Coll. Dassé Fabrice.

En 1929, Mélanie Carlon et sa fille Emma doivent repartir en Italie pour des funérailles, c’est alors que Lucien Carlon embauche, à la « ferme du Trou Moreau », un valet de ferme Italien nommé Félicien. Au retour des femmes, Lucien le garde à son service.
Très rapidement M. Carlon développe une forte paranoïa articulée autour d’une supposée liaison entre Félicien et sa femme. Forte jalousie qui plonge la famille dans les pires tourments. Menace de mort, coups et blessures sur sa femme et sa fille, tentative de meurtre, sadisme envers ses enfants, il plonge dans l’alcoolisme et fréquente les maisons closes de Versailles.

Dès lors qu’il rachète le petit hôtel restaurant au 29 rue de la Coutellerie, il ne travaille plus et s’adonne à la boisson à plein temps. Les violences continuent et s’amplifient y compris envers les deux très jeunes enfants Aldo et Marcel, il entretient aussi une relation incestueuse forcée avec sa fille Emma. Il frappe très régulièrement sa femme et un médecin doit intervenir pour réanimer Mélanie, inconsciente à la suite des coups de son mari. Elle dépose une plainte contre lui après cet évènement, ce qui aggrave encore la situation.

La mise à mort…

Établissement hôtelier du 29 rue de la Coutellerie en 1932 (à gauche) et en 2020 (à droite). Extrait du Journal « Le Progrès » n° 29 du 16 juillet 1932, Archives Départementales du Val d’Oise et photographie Dassé Fabrice, 2020.

Le soir du 10 juillet 1932, Emma, Camille et leur cousin Firmin assistent au concert d’Harmonie suivi d’un bal champêtre organisés pour la cérémonie de la remise officielle de la Croix du Combattant. Vers minuit, le retour du concert est mouvementé : le fait que les jeunes partent s’amuser rend Lucien Carlon fou furieux, il fait une crise de jalousie envers sa fille et frappe Camille alors que ce dernier s’interpose pour protéger sa sœur. Il met toute sa famille à la porte de l’appartement, et après plusieurs suppliques de sa fille il les laisse entrer. Après de nouvelles altercations violentes, Lucien monte à l’étage et redescend au bout d’une heure, armé d’un tournevis aiguisé et menaçant de tuer toute la famille au petit matin, puis il plonge dans un sommeil éthylique.
La famille sous pression constante, et face à la menace que représente leur père et mari, Mélanie, Camille, Emma et Firmin se réunissent pour discuter de la situation, et la mère explique que si il s’en prend à eux elle utilisera un revolver qu’elle a acheté à l’armurerie Lebœuf pour se protéger contre un éventuel cambrioleur. Mais après avoir débattu, la mort du protagoniste semble être la seule solution pour sortir du cauchemar. Les plus proches ne peuvent se résoudre à appuyer sur la détente et c’est Firmin qui est désigné pour tuer M. Carlon, ce qu’il fait d’une balle dans la tempe.
(Note : Certains articles de journaux divergent un peu en affirmant que seuls Camille et Firmin étaient dans le coup, le premier forçant la main au second)

L’enquête…

Après le coup de feu, Firmin met l’arme dans la main du cadavre pour faire croire à un suicide et Camille va demander de l’aide à un voisin en expliquant le geste de son père. Il part ensuite à la gendarmerie pour déclarer le suicide et revient accompagné du Maréchal des Logis Michel et du Gendarme André Charles Dutriaux.

Maréchal des Logis Michel (à gauche) et le Gendarme André Charles Dutriaux (à droite). Extrait du Journal « Le Progrès » n° 29 du 16 juillet 1932, Archives Départementales du Val d’Oise.

L’insensibilité apparente de Camille face à la situation fait germer un doute dans l’esprit des enquêteurs. Sur place, le fait que l’arme semble avoir été utilisée de la main gauche par un homme droitier et la position du bras confirment qu’ils sont probablement en présence d’une mise en scène maladroite faisant croire au suicide. Face aux incohérences et après un interrogatoire plus poussé, Camille avoue et endosse seul le meurtre. La mère, désirant probablement protéger son fils, affirme que le meurtrier est Firmin qui finira par avouer. Les trois protagonistes sont mis en détention et Emma se retrouve seule avec ses deux frères de 4 et 5 ans ainsi que la gestion du commerce.

Emma Carlon, en charge de ses petits frères Aldo et Marcel après l’arrestation du reste de la famille. Magazine Detective n° 195 du 21 juillet 1932. Coll. Dassé Fabrice.

Le procès…

Du Morbihan à Alger, les journaux relatent abondamment l’affaire et la vie difficile de la famille s’étale en première page. Lucien Carlon y est décrit comme la brute qu’il était et l’opinion que sa mort n’est que justice se développe dans la population. Ceci au point que la reconstitution du meurtre se déroule dans l’indifférence totale et qu’une vingtaine de témoins décrivant le martyre de la famille se présente au procès.

Quelques entêtes de journaux qui ont relaté l’affaire. Sources : Gallica et Archives Départementales du Val d’Oise.

Lorsque la famille est écrouée, elle est conduite devant le Juge d’Instruction M. Pihier. Après plusieurs interrogatoires, Camille Carlon explique que sa mère n’était pas d’accord avec ce qui avait été décidé et qu’elle s’était réfugiée dans un placard pour ne pas participer, ce qui suffit à sa mise en liberté provisoire dès la première semaine d’août. Un peu plus tard, Mélanie bénéficiera d’un non lieu et se présentera libre au procès en tant que témoin.
Le procès se tient aux Assises de Seine et Oise à Versailles entre le 18 et le 24 décembre 1932 et le Président du Tribunal est M. Devise. Seuls Camille Carlon et Firmin Roveyaz comparaissent, ils sont défendus par maîtres Drouet, avocat à la Cour, Farges, du Barreau de Pontoise et Raymond Hubert.

Photographie prise lors du procès. Au fond, le Maréchal des Logis Michel de la gendarmerie de Pontoise, au centre se tiennent Firmin Roveyaz et Camile Carlon, les accusés, et devant, les trois avocats de la défense. Extrait de Police-Magazine n°109, 1932.

Le moment est douloureux pour la famille, Mélanie Carlon doit se défendre d’une liaison avec Félicien, qui aurait été le déclencheur de toute l’affaire, et doit expliquer que son mari était violent bien avant cette épisode, elle décrit aussi les innombrables sévices subits par tous les membres de la famille. Emma est entendue à huis clos sur les violences morales, physiques et sexuelles que son père lui infligeait, faits corroborés par la mère et par le Docteur Derome, médecin légiste, qui précise qu’elle est enceinte. Une expertise « psychiatrique » montre que Firmin est « faible d’esprit » et donc facilement influençable, que Camille est « débile mental d’un niveau intellectuel très inférieur » et conclue que les deux prévenus ont une « responsabilité atténuée » de leur actes. Face à une telle situation, le Substitut Albucher, décrit comme sévère, témoigne de beaucoup d’indulgence pour les accusés et demande à ce qu’ils soient « acquittés comme ayant agit sans discernement » et demande leur placement dans une maison d‘éducation surveillée pendant plusieurs années.

Le jury rend un verdict de culpabilité mais déclare que Firmin et Camille ont agi sans discernement. En conséquence, ils ont été acquittés mais confiés à l’Oeuvre de l’Enfance et de l’Adolescence à Paris sous le régime de la liberté surveillée jusqu’à leur majorité.

Pour conclure…

L’établissement est encore ouvert en 1934, le journal « Le Progrès de Seine et Oise n°4 » du 27 janvier, mentionne un vol de quatre draps à l’Hôtel Carlon par Mautemps Georgette, journalière de 25 ans qui écope de deux mois de prison (pour récidive). En octobre 1935, Mélanie Artaz revend le fonds de commerce à deux couturières de Franconville (Flora Maria Leleux et Isidorie Léontine Cabes). A cette occasion, l’annonce publiée par le notaire Pierre Gendrot de Pontoise nous apprend que Mélanie habite au village de la Sounère dans la province d’Aoste en Italie.
On retrouve la trace du décès de Camille Carlon, à l’âge de 25 ans, en tant que soldat de première classe à la demi brigade de Légion Étrangère le 24 septembre 1942 à 2h15 à Saint Louis au Sénégal. La copie de l’acte de décès conservée aux Archives Municipales de Pontoise (cote : 613W72) ne précise pas les circonstances du décès mais indique qu’il est encore domicilié au 29 rue de la Coutellerie à Pontoise à cette date.
Pour le moment, rien n’a été trouvé concernant Firmin Roveyaz.

La maison existe toujours aujourd’hui et semble malheureusement proche de l’abandon…

Dassé Fabrice


Cet article est le résultat de la compilation de nombreux articles de journaux consultables en ligne :

Journal Le Populaire, Organe du Parti Socialiste (S.F.I.O), 1932, Gallica.
Police-Magazine n°109, 1932, Crimino Corpus.
Journal Le Progrès de Seine et Oise n°28 du 9 juillet 1932, ADVO.
Journal Le progrès de Seine et Oise n°29 du 16 juillet 1932, ADVO.
Le Petit Journal n°25382 du 14 juillet 1932, Gallica.
Journal Excelsior n° 7885 du 14 juillet 1932, Gallica.
Journal Le Nouvelliste du Morbihan n°135 du 16 juillet 1932, Gallica.
Journal L’Echo d’Alger n°8316 du 16 juillet 1932, Gallica.
Journal Le Petit Lorientais n°29 du 17 juillet 1932, Gallica.
Magazine Détective n°195 du 21 juillet 1932, Crimino Corpus.
Journal Le Progrès de Seine et Oise n°32 du 6 août 1932, ADVO.
Journal Excelsior n° 8042 du 18 décembre 1932, Gallica.
Journal Paris-Soir n°3361 du 18 décembre 1932, Gallica.
Journal l’Echo Pontoisien n°51 du 22 décembre 1932, ADVO.
Journal Le Progrès de Seine et Oise n°51 du 24 décembre 1932, ADVO.
Journal Le Progrès de Seine et Oise n°4 du 27 janvier 1934, ADVO.
Journal Le Progrès de Seine et Oise n°43 du 26 octobre 1935, ADVO.

1638-1938, le Vœu de Pontoise, cinq photographies inédites du tricentenaire…

Contexte du Vœu de Pontoise (1) :

La fin du XVI ème siècle et la première moitié du XVII ème siècle sont des périodes particulièrement difficiles pour Pontoise et sa région. En 1580 et 1583, deux épidémies de peste déclarées à Paris se propagent aux alentours. Les populations s’en remettent à la Sainte Vierge et organisent des pèlerinages dont le plus important est celui de Mantes en 1584 (6 à 7000 personnes partant à pied de Notre-dame de Pontoise). A la fin du XVI ème siècle la ville est éprouvée par les évènements de la Ligue contre le Roi Henri IV. Elle subit un siège, la destruction de l’église Notre-Dame et doit payer 45 000 écus d’indemnité de guerre. Le 11 juin 1593, la grêle frappe la ville et fait des dégâts considérables tant sur l’agriculture locale que sur le bâti. En 1623, 1633 et 1638, la peste frappe encore la ville et la dernière contagion fut particulièrement meurtrière avec près de 1200 morts. Face à cette menace qui prend une ampleur dramatique, une assemblée d’ecclésiastiques, de syndics et de bourgeois ont décidé d’organiser une procession le jour de la Nativité, afin de demander à la Vierge Marie d’intercéder pour arrêter ce fléau. L’épidémie se termine quelques semaines plus tard, à la fin du mois d’octobre, et la concomitance des deux évènements est jugée suffisante pour que la population exécute le Vœu.

Le Vœu de Pontoise :

Vitrail réalisé en 1901/1902 par Ernest Haussaire (5), visible dans l’église Notre-Dame de Pontoise, procession du 16 juillet 1638 emmenée par Mgr François d’Aguillanguy. Source : Google Image, juillet 2016.

Le jour venu, François d’Aguillanguy, Grand Archidiacre du diocèse de Rouen et Vicaire de Pontoise, fait le vœu de brûler trois flambeaux de cire portés processionnellement à l’église Notre-Dame, de s’interdire l’usage de la chair la veille du 8 septembre, de fondre une image de la Vierge en argent d’une valeur de six cents livres et de placer sa statue sur chacune des principales portes de la ville. Le texte de ce Vœu, gravé sur une plaque de marbre noir, est conservé dans l’église Notre-Dame. Une procession anniversaire a lieu le 16 septembre 1640 avec 21 corporations de la ville puis le Vœu est renouvelé en 1726, 1838 et 1938. Les statues de la Vierge ont quant à elles été détruites puis remplacées en 1856 (4). La Vierge située en haut des remparts du château est une œuvre du sculpteur Jean-Pierre Giovanetti, inaugurée en 1956.

Vitrail réalisé en 1887 par Édouard Didron, chapelle de la Vierge, collatéral sud de la Cathédrale Saint-Maclou. La scène représente la procession de 1640 avec les différentes corporations. Photographie : Dassé Fabrice, 2020.

Note sur les corporations de Pontoise :

L’organisation de la procession du 16 septembre 1640 est à la charge du Révérend Père Cossart qui en laissera une description écrite. Ce document, publié par Roland Vasseur et Françoise Waro en 1997 (4), permet de faire la liste des corporations qui ont participé, suivie de leur saint (d’après le journal Le Progès de Seine et Oise n°36 du 3 septembre 1938) :

Savetiers (Saint Crépin)
Paveurs (Saint Roch)
Vignerons (Saint Vincent)
Jardiniers (Saint Fiacre)
Telliers – tisseurs de toile (Saint Antoine Ermite)
Serruriers (Saint Eloi)
Cordonniers (Saint Crépinien)
Pâtissiers (Saint Laurent)
Vanniers (Saint Antoine Ermite)
Mariniers (Saint Nicaise)
Mégissiers – apprêteur de peaux d’ovins et de caprins (Saint Jean-Baptiste)
Menuisiers (Saint Joseph)
Potiers d’étain (Saint Mathurin)
Bouchers (Saint Europe)
Tailleurs d’habits (Saint Gon)
Tonneliers (Saint Jean l’évangéliste)
Architectes (Saint Thomas)
Marchands de soie (Saint Maxime)
Mercier épiciers (Saint Michel)
Drapiers (Saint Jean-Baptiste)
Arbalétriers (Saint Sébastien)

Composition représentant la corporation des paveurs portant la statue de saint Roch. Dessin : L. Gignoux, Le Pèlerin n° 3209 du 25 septembre 1935. Coll: Dassé Fabrice.

La plus grande prudence est à observer sur l’exactitude de cette liste. En effet les saints patrons changent d’une source à l’autre et d’importantes corporations mentionnées par le Frère Noël Taillepied en 1587 (2), ne semblent pas avoir participé. Celles des apothicaires comprenant les médecins, les barbiers et les droguistes (Saint Cosme et Saint Damien), des menestriers (Saint Julien à l’église Notre-Dame), des clercs (Saint Nicolas à l’église Saint-Maclou) ou encore des « Gens de justice et autres qui vivent de la plume » (Saint Yves à l’église Saint-Maclou), sont d’importantes corporations qui n’apparaissent pas dans la liste du R. P. Cossart.
Pour compléter cette « note », le journal le Progrès du 3 septembre 1938 publie une série de photographies très intéressante montrant six bâtons de corporations (sans datation) conservés dans les collections archéologiques du Musée Tavet à Pontoise et dont voici les illustrations :

Le tricentenaire du Vœu de Pontoise en 1938 :

Chaque année à Pontoise, des processions relatives au Vœu sont organisées lors de la fête de Septembre. Bien que cette manifestation soit une habitude, il faut plusieurs années d’organisation pour le tricentenaire. Sous l’impulsion du chanoine Jollain, archiprêtre de Pontoise, archéologue et organisateur de l’évènement, de nombreux costumes ont été réalisés pour reconstituer les corporations, des statues de saints ont été réalisées, la ville s’est parée de décorations (dont une imposante porte « moyenâgeuse » au niveau de la rue Thiers (3)) et des invités de marques issus des rangs de l’Église ont fait le déplacement pour cette occasion. On peut noter la présence de Son Éminence le Cardinal Verdier, Mgr Roland-Gosselin (évêque de Versailles), Mgr Rivière (évêque de Monaco), M. le chanoine Marcadé (curé de Sainte-Elisabeth de Paris) et M. le chanoine Martin (curé de Saint-Hippolyte de Paris).
Le cortège est composé par une théorie de 150 jeunes filles en blanc qui sèment des pétales de roses sur leur passage, vient ensuite le groupe des 21 corporations reconstitué pour l’occasion, suivi par le clergé de la paroisse. Le parcours de la procession commence sur la Place du Petit Martroy, passe devant l’église Saint Maclou pour emprunter la rue de la Coutellerie jusqu’à la place Notre-Dame où le Cardinal Verdier fait une bénédiction; ensuite le cortège emprunte la rue Pierre Butin, tourne dans la rue Alexandre Prachay pour arriver sur la place de l’Hôtel de Ville avant de retourner à Saint Maclou par la rue de l’Hôtel de Ville.

L’engouement des Pontoisiens pour cette manifestation était important et son bon déroulement a été une source de satisfaction relatée en première page dans la presse. Toutefois, on note qu’en 1938, le spectre de la Guerre qui s’annonce, est dans tous les esprits. Le journal L’Écho Pontoisien numéro 37 du 15 septembre 1938 le met en avant au travers de cette caricature :

L’Écho Pontoisien numéro 37 du 15 septembre 1938. Archives Départementales du Val d’Oise.

Si vous le désirez, en plus des vitraux présentés dans cet article vous pouvez toujours partir à la recherche des trois statues de la vierge placées rue de Gisors (face au cimetière), rue de Rouen (non loin de l’entrée du château de Marcouville) et en haut des remparts de l’ancien château (en face de l’Office de Tourisme de Cergy-Pontoise).

Bonnes balades

Dassé Fabrice


  1. Sources :
    – J. Gressier, J-M. Champion, A. Demurger, J. Dupaquier, G. Gaucher, J. Hecquet, J. Lecuir, Pontoise 2000 ans d’histoire, Imprimerie Paris à Pontoise, 1973 :
    p.79 pour la grêle et les évènements de la Ligue, pp. 86-87 pour les épidémies.
    – Abbé Trou, Recherches Historiques Archéologiques et Biographiques sur la Ville de Pontoise, Les Éditions du Bastion, 1987 :
    p. 176, 214, 217 pour les épidémies de 1623, 1633 et 1638.
    Le progrès de Seine et Oise, numéro 36, 3 septembre 1938, Archives Départementales du Val d’Oise, pour la procession du Vœu de Pontoise en 1638.
  2. Taillepied, Noël (1540-1589). Les Antiquités et singularités de la ville de Pontoise. Réimpression de l’ouvrage de 1587, Édition revue et annotée sur les manuscrits des archives de Pontoise, Librairie Alex Seyes, 26 rue de l’Hôtel de Ville, Paris Librairie H. Champion 15 quai Malaquais, 1876, pp. 121-123.3.
  3. Le progrès de Seine et Oise, numéro 37, 10 septembre 1938, Archives Départementales du Val d’Oise.
  4. Vasseur Roland, Waro Françoise, Saints guérisseurs d’Ile-de-France, Peste et saints antipesteux (II), in Vivre en Val d’Oise n°42, février 1997, Editions du Valhermeil, Saint Ouen l’Aumône, p.48.
  5. Livret-découverte, Laissez-vous conter l’église Notre-Dame de Pontoise, Service Patrimoine de la Ville de Pontoise, sans date, p.9.

1910-1930 – La fanfare de quartier « Les Joyeux de la Gare » animée par des commerçants de Pontoise…

Au début de l’année 2020, René et Claude Wichegrod, descendants d’une célèbre lignée de chapeliers/chemisiers et d’élus pontoisiens, m’ont invité à découvrir leurs archives familiales. Lors de cette riche rencontre, nous avons parcouru tout un pan de l’histoire de Pontoise et des familles Wichegrod – Roulleau. J’ai été amené à reproduire de nombreux documents dont voici un très modeste premier aperçu.

Photographie de la Fanfare de quartier « Les Joyeux de la Gare » de Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

Cette photographie de la fanfare « Les Joyeux de la Gare » de Pontoise est intéressante à plusieurs titres :
– La prise de vue est estimée autour des années 1910-1930 et aucune des recherches entreprises sur cette formation musicale n’a porté ses fruits, elle n’a laissé que très peu de traces et cette photographie est pour le moment, l’unique document qui permet d’attester de son existence.
– M. René Wichegrod, né en 1932, a connu la plupart des personnes qui posent sur cette photographie et a pu mettre un nom, une profession et parfois une adresse sur vingt d’entre elles.
– Enfin, il s’avère qu’elle est essentiellement composée de commerçants installés dans les quartiers autour de la gare de Pontoise, en allant de la place du Pont jusqu’à celle du Parc aux Charrettes en passant par la rue Carnot et la rue Thiers.

Contexte général :

La musique militaire connaît ses premiers balbutiements à la fin du XV ème siècle, c’est l’ordonnance du 19 avril 1766 qui officialise les orchestres régimentaires de l’armée française (1). Avec l’instauration de la « conscription universelle et obligatoire (service militaire) » en 1798, de nombreux conscrits sont formés à la musique (2). C’est ainsi qu’au début du XX ème siècle, les 163 régiments d’infanterie de l’armée française sont dotés chacun d’une formation de musique de 40 personnes (puis 60 entre les deux Guerres Mondiales) (3). C’est dans ce contexte que des conscrits forment ou rejoignent des harmonies lors du retour à la vie civile et la présence d’instruments typiques des fanfares militaires sur ce cliché (grosse caisse, trombones, cors, serpents, etc…) appuie cette hypothèse. La presse de l’époque permet d’identifier deux autres fanfares d’Île de France basées sur la même thématique du rire et de la bonne humeur, les « Rigolos de la Chaussée Jules-César » de Franconville et l’ « Harmonie des Bons-Vivants » de Brunoy (Essonne) qui officiaient respectivement en 1933 et 1924.

Fanfare de Franconville, L’Echo Pontoisien, numéro 49 du 7 décembre 1933, Archives Départementales du Val d’Oise.

Harmonie du Brunoy « Harmonie des Bons Vivants », Le Progrès-de-Seine-et-Oise, numéro 471 édition de Raincy-Montmorency du 20 septembre 1924, Archives Départementales du Val d’Oise.

Identification des membres de la fanfare :

Les numéros d’ordre de la présentation suivante correspondent à ceux du visuel ci dessus, pour des raisons pratiques de rédaction, les personnes non identifiées sont regroupées en fin d’article…

 

(2). Edmont Clément Monti (né à Vissous le 21 avril 1880) est un entrepreneur de peinture installé 13 rue Thiers. On retrouve cette entreprise en 1959, dirigée par Claude Monti, au 5 place du Parc aux Charrettes.

 

 

(4). Eugène Rabourdin (décédé en 1954) gère le Café du Chemin de Fer « Chez Rabourdin » au 2 rue Thiers. L’établissement existe toujours aujourd’hui en tant que café et s’appelle Le Rail, il fait l’angle de la rue Thiers et de la rue Seré-Depoin.

 

 

 

Café du Chemin de Fer « Chez Rabourdin », extrait d’une carte postale, coll. Dassé Fabrice.

 

 

 

 

 

 

(5). M. Ternoz est représentant en charbons pour la Maison Bernot Frères situé 1 rue Thiers.

 

 

 

 

Maison Bernot Frères, 1 rue Thiers, marchand de charbons. Archives Municipales de Pontoise, cote : 4fi237.

(7). M. Robigault a repris la succession de la Maison Dieudonné au 5 rue Thiers. Ce commerce alimentaire vend beurre, œufs, fromages, volailles, gibiers et charcuteries.

 

 

 

Maison Dieudonné, Robigault successeur, 5 rue Thiers à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

 

(8). M. Godefroy est un photographe connu, il a réalisé de nombreuses prise de vues pour l’édition de cartes postales de l’éditeur Seyes. Il officie pendant un moment dans la rue Carnot (rue Seré-Depoin) avant de s’installer au 6 rue Thiers.

 

 

Publicité du photographe Godefroy éditée dans « Le Progrès-de-Seine-et-Oise », numéro 25 du 8 janvier 1913, Archives Départementales du Val d’Oise.

 

(10). Charles Isaac est un marchand de chevaux implanté 26 rue Carnot, actuellement rue Seré-Depoin.

 

 

 

 

Charles Isaac, marchand de Chevaux. Carte postale extrait de Paul Mathieu, Pontoise en 1900, page 62.

(11). M. Plé est marchand fruitier dont la boutique est 13 rue Thiers (Guide Annuaire Pontoisien, édition L’Echo Pontoisien, 1910).

 

 

 

(12). E. Rigault tient la Librairie de la Gare 28 rue Carnot (rue Seré-Depoin). Il édite de très nombreuses cartes postales sur Pontoise et le Vexin.

 

 

 

La Librairie de la Gare, tenue par E. Rigault imprimeur. Coll. Dassé Fabrice.

(14). A. Paillard est un boucher dont l’établissement est 12 Place du Pont (Guide Annuaire Pontoisien, édition L’Echo Pontoisien, 1910). Il prend la succession de M. Desvignes qui tenait encore cette boucherie en 1890.Cette boucherie apparaît aussi au numéro 10 de la même place sur certains documents.

 

Carte postale de la Place du Pont et coupon promotionnel de la boucherie Paillard à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

(15). M. Bligoux qui dirige l’Hôtel de la Gare au 1 Place de la Gare.

 

 

 

 

Carte postale (extrait), Hôtel de la Gare, 1 Place de la Gare à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

(16). M. Chiot est un architecte habitant au 24 rue Thiers (Guide-Annuaire du Canton de Pontoise, édition l’Echo Pontoisien, 1932) au dessus d’une boutique d’horlogerie.

 

 

 

(17). Jean Barde est un vendeur de vins en gros établi 82 rue Basse (rue Pierre Butin).

 

 

 

 

(18). J. Bléger est un épicier situé au 14 rue Thiers. Il vend en gros, demi-gros et au détail des vins et spiritueux, des couleurs et vernis, de la brosserie ou encore des verres à vitres.

 

 

 

(19). M. Langlois tient un garage Peugeot situé 11 rue Thiers. En plus de la location et de la réparation de véhicule on y trouve des vélos, des machines à coudre,  des motocyclettes ou encore des machines agricoles. En 1932, le garage Langlois est 87 rue Basse (Rue Pierre Butin).

 

 

Publicité publiée dans Le Progrès-de-Seine-et-Oise, numéro 25 du 8 janvier 1913, Archives Départementales du Val d’Oise.

(21). M. Victor Lechauguette est un marchand de porcs implanté au 48 rue Carnot (rue Seré-Depoin). Il est aussi un élu de la Mairie de Pontoise dont il sera conseiller municipal et adjoint au Maire entre 1912 et 1937.

 

 

(22). Abraham dit Albert Wichegrod est un chapelier situé au 18 de la rue Thiers. Il est le grand-père de René Wichegrod qui a identifié les personnes de cette photographie.

 

 

Chapellerie, chemiserie Wichegrod-Rosenthal, 18 rue Thiers, Archives Municipales de Pontoise, côte : 7Fi13385.

(23). M. Vincent est le gérant du Bazar de la Gare situé 3 rue Thiers.

 

 

 

 

Le Bazar de la Gare, 3 rue Thiers. Coll. Dassé Fabrice.

(24). M. Salomé, 15 rue Basse (rue Pierre Butin) est un huissier qui opère en  contentieux civil et commercial, représentation devant les tribunaux, recouvrement de toutes créances et en vente de fonds de commerce.

 

 

Pour finir, voici ceux pour qui il n’y a pas assez d’informations pour les identifier avec certitude :

Dassé Fabrice


1. Thierry Bouzard, Docteur en Histoire, site internet : De Musicae Militari, Les premiers orchestres militaires réglementaires.
2. Edmond Neukomm, Histoire de la musique militaire, Librairie Baudouin, Paris, 1889.
3. Wikipédia, rubrique « Musiques militaires » (consulté en mai 2020).

Alain Baptizet (1947-2018), le « cinéaste des cavernes » est un jour passé par Pontoise…

Avant propos :

Cet article n’est pas directement lié à Pontoise. C’est une sorte d’hommage personnel envers un réalisateur qui a marqué mon adolescence et qui, avec J.Y. Cousteau, Haroun Tazieff, Michel Siffre ou encore Christian Zuber m’ont profondément marqué et sont à l’origine de mes très nombreuses passions  (notamment celle du documentaire filmé). Pour la forme, j’ai tout de même fait le lien avec Pontoise, à travers l’Année Martel en 1997 et Jean-Luc Maire…

Alain Baptizet devant la Cave des Moineaux à Pontoise le 21/09/1997. Photographie : Alain Gautier. Archives du Clan Spéléo Pontoisien.

Le 30 octobre 2018, Alain Baptizet nous quitte en laissant derrière lui près de 300 films dont 38 sur la spéléologie. Ce spéléologue aguerri, instructeur à l’Ecole Française de Spéléologie (EFS), tourne en 1969, son premier film amateur « Week-end sous terre ». Ce film en 8mm reçoit un bon accueil du public partout où il peut le projeter en Franche-Comté. En 1974, il intègre le réseau Connaissance du Monde et présente ses films à l’international. Certains documentaires ont été diffusés sur Antenne 2 dans l’émission Carnets de l’Aventure et il a réalisé des sujets pour l’émission Ushuaïa de Nicolas Hulot.

Le cinéaste s’inscrit avec brio dans la lignée des grands réalisateurs de documentaires en milieu extrême comme Marcel Ichac (1909-1994) et Jacques Ertaud (1924-1995) dont le dernier téléfilm, Les Allumettes Suédoises (diffusé en 1996 sur France 2), a été en partie tourné à Pontoise.

Le Parisien, 29-30 juillet 1995.

En 1981, Alain Baptizet publie Cinéaste des Cavernes dont la postface est de Jacques Ertaud. Il y décrit toutes les problématiques techniques mais surtout toute la volonté et l’énergie qu’il faut pour produire un film avec ce type de condition de tournage extrême.

Première de couverture. Cinéaste des Cavernes, A. Baptizet, éditeur S.A.E.P., 1981.

Conditions de tournage particulières en milieu souterrain avec une camera Pathé Webo 16mm. Extrait de Cinéaste des Cavernes, A. Baptizet, 1981.

Le matériel non tropicalisé souffre de l’humidité mais aussi des sables et limons qui enrayent les parties mécaniques de la caméra. Ici, A. Baptizet utilise un tuba pour éviter la buée sur les objectifs. Photographie Josette Millet in Cinéaste des Cavernes, 1981.

Lors de l’Année Martel en 1997, celui que les spéléologues surnomme « Bap’s » est venu à Pontoise pour projeter ses films sur la Place des Moineaux dans le cadre de la Journée Martel associée aux Journées du Patrimoine.

Alain Baptizet en pleine projection sur la Place des Moineaux à Pontoise le 20/09/1997. Photographie: Alain Gautier. Archives du Clan Spéléo Pontoisien.

Il y a quelques années, le Clan Spéléo Pontoisien avait en projet la constitution d’une base de données spéléologique nommée « Base E.A. Martel ». Ce projet avorté aurait centralisé à Pontoise les écrits, photographies et films venant  de professionnels et d’amateurs. Alain Baptizet avait alors donné un accord verbal de principe pour y déposer une copie de ses films lorsque celle-ci serait mise en place.

En mémoire de ce réalisateur hors norme, je vous propose aujourd’hui 4 de ses films :


20 000 lieues sous la terre (50 min) :

Panorama de curiosité souterraines, filmé sur plusieurs années montrant plusieurs types de cavités, de spéléothèmes, ainsi qu’un aperçu de la faune cavernicole. Tourné dans de nombreuses cavités françaises et étrangères, il montre un panorama des beautés du monde souterrain de manière accessible aux néophytes…


La conquête des abîmes (50 min) :

Ce film retrace l’histoire de l’aventure spéléologique de 1840 au milieu des années 90 et rend hommage à Edouard Alfred Martel, Norbert Casteret et tant d’autres.


L’énigme du Frais-Puits (1991, 50 min) :

Film sur ce célèbre réseau hydrologique souterrain situé près de Vesoul. Pour ceux qui seront les plus attentifs, vous retrouverez une intervention de Jean-Luc Maire qui, lui aussi, nous a quitté en 2018.


Un regard sur la France profonde (20 min) :

Attention, il faut avoir le cœur bien accroché pour regarder ce film qui traite de la pollution des cavités. Alain Baptizet montre tout et cela pousse à réfléchir sur la pollution, le recyclage et la protection de l’environnement en général.

Dassé Fabrice


Pour aller plus loin sur le documentaire spéléologique filmé provenant du site Persée :

 

 

1870 – Une gravure de Pontoise « inédite » sur le conflit Franco-Prussien…

Le magasin de l’armée et les ponts détruits à Pontoise près de Paris, 1870-1871. D’après un dessin de U. Beck. Coll. Dassé Fabrice.

La guerre Franco-Prussienne à Pontoise en quelques dates * :

Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse et très rapidement, à compter du 2 août 1870, l’armée française sous le commandement de Napoléon III, connait ses premières défaites.
Dès le 9 septembre 1870, l’armée prussienne occupe une grande partie du Vexin et avance vers Pontoise. Le 14 septembre 1870, une arche du pont routier est détruite par le génie français pour protéger la retraite des troupes, qui ont quitté les lieux la veille. Le 18 septembre**, les soldats du Duc de Meklembourg installent un pont provisoire sur un rang de bateaux.

Carte postale, édition de la Société Lumière à Lyon. Pont provisoire installé le 17 septembre 1870. Photographie originale de M. Sagnier le 20 septembre 1870. Coll. Dassé Fabrice.

Ils quitteront la ville le 20 septembre juste après la signature de la capitulation de Pontoise signée le 18 septembre par M. Séré Depoin, alors maire de la ville. La cité est occupée par le 80ème régiment d’infanterie Poméranien. Les 6400 habitants, contre une indemnité journalière d’un franc, accueilleront en permanence entre 700 et 800 militaires prussiens durant tout le conflit.

En plus des 650 hommes de la garnison permanente du 5ème régiment de la Landwehr, près de 4000 hommes de troupe (uhlans, 27ème régiment de ligne d’artilleurs pontonniers, 96ème régiment de ligne) et 9000 chevaux passeront à Pontoise entre le 20 septembre et le 6 décembre.
Le 4 décembre 1870, le Couvent de la Compassion, établissement de jeunes filles, est transformé en Hôpital de la Croix rouge par les troupes d’occupation prussiennes et bavaroises (cf. 1914 – L’Association des Dames Françaises – Le comité de Pontoise organise un bal).

La gravure :

Cette gravure parue le 1er avril 1871 dans la revue « Illustrierte Zeitung N° 1448» (Journal Illustré N°1448) est contemporaine des évènements qu’elle représente. Elle fait 34,7 x 23,5 centimètres et est accompagnée d’un texte sur deux colonnes dont nous vous proposons une traduction ci-après. Les différents éléments qui composent cette œuvre ne comportent aucune approximation et montrent que le dessinateur était bien sur place lorsqu’il l’a croquée.
Nous retrouvons ainsi le pont routier qui est partiellement remis en fonction…

Pont routier avec sa réparation provisoire, extrait de la gravure.

Photographie recadrée (format original : 17 x 11cm). Pont routier, quartier du Pothuis, 1870, collections du Musée Tavet, Archives Municipale de Pontoise, cote : 7Fi11176.

Le pont de chemin de fer encore détruit avec, visible sur la gravure complète, les grues qui dégagent les décombres…

Pont de chemin de fer détruit, extrait de la gravure.

Photographie recadrée (format original : 31 x 23cm), Auteur : M. Sagnier. Le pont du chemin de fer sur l’Oise détruit, 1870, Archives Municipale de Pontoise, cote : 7Fi130.

mais aussi le bâtiment de l’octroi du quai Bûcherel ou encore le toit de l’Hôtel Dieu.

Proposition d’une traduction du texte d’accompagnement :

Le texte qui accompagne la gravure est, par delà « le ton arrogant » du vainqueur, un témoignage très intéressant de la vision prussienne sur ce conflit. Il semble que Pontoise était l’une des véritables clefs de voûte de l’organisation du ravitaillement dans ce secteur et l’auteur s’en sert comme propagande d’une organisation sans faille des armées prussiennes :

« Le magasin de l’armée à Pontoise

A Pontoise, le chef-lieu de l’arrondissement du département de Seine-et-Oise, se trouvait pendant le siège de Paris le magasin, dans lequel étaient entreposées pour le 4ème corps d’armée des provisions de toute sorte. Pontoise est une bonne ville commerçante de 6000 habitants, située à la confluence de la Viosne et de l’Oise, équipée d’une gare ferroviaire. On y pratique aussi le commerce du bétail et de la farine de manière florissante, si bien que cet endroit convenait parfaitement sur plusieurs plans à une base arrière pour les provisions de l’armée. Lorsque le 4ème corps était parti vers Chartres lors des premiers temps de l’armistice, Pontoise était devenue le cellier de l’armée de la Meuse et ainsi le point central d’une activité encore plus animée qu’autrefois. Des trains entiers de véhicules empruntaient le chemin vers la place sur le quai, où se trouve le bâtiment utilisé par les troupes comme magasin. Là arrivaient de plus ou moins loin les charrettes avec le fourrage réquisitionné, de l’autre côté les voitures étaient chargées, elles menaient chaque corps de troupes de cette grande place de rassemblement au besoin le plus urgent. Ainsi il manquait rarement de vie et de mouvement à Pontoise pendant cette période d’armistice, pourtant l’ordre systématique n’était pas méconnu, cet ordre qui se met en place dans toutes les branches de l’ensemble de l’organisation de l’armée allemande.
C’est justement dans la région de ravitaillement des troupes que, lors de la dernière guerre, de véritables choses exceptionnelles ont été accomplies. On ne réalise pas ce que cela implique de satisfaire quotidiennement les besoins de toute sorte d’une si grande armée ! Une source bien informée fait l’inventaire de la quantité moyenne de nourriture et de provisions de toute sorte dont un seul corps d’armée a besoin jour après jour pour son séjour, et ce : 18 000 pains de 3 livres, 120 quintaux de riz ou d’orge perlé, 70 bœufs ou 120 quintaux de lard, 18 quintaux de sel (1800 livres ou 54 000 Loth [ancienne unité de mesure : ca. 1 livre = 30 Loth]), 30 quintaux de café, 120 quintaux d’avoine, 300 quintaux de foin, 3500 litres de spiritueux et pour chaque litre un Loth d’extrait d’orange amère ou d’acore odorant. A ces postes s’ajoutent encore pour 10 jours 60 quintaux de tabac, 1 100 000 cigares d’équipe et 50 000 cigares d’officier. L’armée de la Meuse comprenait jusqu’au départ du 4ème corps trois corps d’armée, excepté celui cité précédemment, il y avait la garde et les Saxons. La division wurtembergeoise était aussi finalement sous le haut commandement de l’armée de la Meuse, si bien que, uniquement pour la consommation de celle-ci, il fallait se procurer des quantités quotidiennes citées ci-dessus mais multipliées par trois voire quatre. Et on a réussi à s’en procurer ; le ravitaillement de nos troupes stationnées avant Paris a été continuellement abondant, sinon elles n’auraient pas pu supporter aussi bien les souffrances de la campagne militaire d’hiver. Les Parisiens s’étonnèrent plutôt de la mine moyennement florissante des équipes allemandes, comme ils avaient l’habitude de le raconter dans leurs journaux, que le bombardement aurait été commencé en quelque sorte par désespoir, afin d’aboutir à une fin plus rapide, puisque les Allemands seraient dans une terrible détresse. Bourbati et Faidherbe, disait-on, leur auraient coupé les moyens de communication avec leur pays et par conséquent les sources d’approvisionnement. La population de Paris découvrit la vérité uniquement lorsque la destinée de la ville était déjà décidée.
A Pontoise, un très joli pont de chemin-de-fer enjambe l’Oise et un peu plus loin également un pont en pierre. Les deux ouvrages passant au-dessus de la rivière ont été détruits par les Français lors de l’avancée des Allemands, dans l’hypothèse de pouvoir contenir l’approche de l’ennemi. Par cette destruction irréfléchie des voies de circulation, ils se sont infligés eux-mêmes les pires dommages. Les armées allemandes ne se sont pas laissé arrêter dans leur avancée, mais les Français se confrontent à présent aux difficiles et coûteuses obligations de reconstruire tous les ponts et ouvrages ferroviaires détruits. A Pontoise, on s’y mit peu de temps après la conclusion de l’armistice, et la circulation sur le pont en pierre était, comme le montre notre visuel, provisoirement rétablie. Pontoise n’était pas fortement envahie, et il régnait dans l’ensemble une atmosphère sereine. Vers fin février, il se produisit pourtant le triste événement : un soldat de la territoriale montant la garde fut attaqué par plusieurs individus et dangereusement blessé. Les auteurs ont été attrapés et ont certainement eu leur sanction. »
Traduction : Sabrina Leroy Kowalk.

Dassé Fabrice


* Source : « La vie quotidienne à Pontoise au temps de la Guerre de 1870-1871, Chronologie historique locale », Archives Municipales de Pontoise, Septembre 2007. Référence : PON1328.

** Merci à Pascal Gaillard (Archives Municipales de Pontoise) pour la correction concernant la date d’entrée des Prussiens à Pontoise. Correction effectuée le 16 avril 2020.

1909, Déder, célèbre chien policier de Pontoise…

1909, Déder, chien policier dressé par l’agent Dupont. Extrait d’une carte postale, coll. Dassé Fabrice.

Le contexte :

A partir du Milieu du XIXe siècle, l’industrie se développe fortement et son implantation proche des villes, pourvoyeuses d’une main d’œuvre abondante, entraine leur explosion démographique.
Cette densification nouvelle, associée à des conditions de travail et de logement difficiles, favorise l’émergence d’une nouvelle délinquance qui s’organise en bande. Les prisons de plus en plus chargées s’avèrent être des « écoles du crime » tout à fait efficaces où de petits malfrats peuvent se spécialiser auprès d’autres plus aguerris.

Les bandes organisées, médiatisation et angoisse des citoyens :

L’alphabétisation de la population, en constante évolution, permet l’essor de la presse locale et nationale, qui, par le biais des rubriques de faits divers, met en avant, comme elle ne l’a jamais été auparavant, la délinquance sous toutes ses formes. Des « stars » nationales du banditisme émergent alors comme Jules Bonnot et sa bande, célèbres à Pontoise pour avoir tenté de cambrioler, en 1912, l’étude Notariale de Maître Tintant située sur la place de l’Hôtel de Ville.

Première page du journal Excelsior N° 472 du vendredi 1er mars 1912. Le braquage manqué de l’office notariale de Maître Tintant, place de l’Hôtel de Ville. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Aux alentours de 1900, des bandes que la presse surnomment « apaches » se développent dans Paris et sa région. Elles ont la particularité de se montrer au grand jour et de revendiquer leur appartenance à cette « mouvance », notamment par des signes vestimentaires ou par le récit de leurs exactions dans la presse. Rixes avec les forces de l’ordre, vols, proxénétisme, tortures, règlements de compte en plein jour, meurtres, sont le quotidien de ces bandes qui, au travers de nombreux articles dans la presse quotidienne, terrorisent la population (1). Rapidement, ce terme est utilisé pour désigner, sous la plume des journalistes, quasiment toute personne ou groupe de personnes qui trouble l’ordre public.

La réponse :

Entre 1880 et 1910 la police se dote de nouvelles techniques d’investigation, d’identification des individus et de relevé de preuves. Ainsi un service d’anthropométrie et de photographie est créé dès 1882, Alphonse Bertillon développe la dactylotechnie qui est la science du prélèvement et de l’analyse des empreintes ; en 1907 Georges Clémenceau permet la création des Brigades Régionales de Police Mobile surnommées « les Brigades du Tigre » ; en 1910, Edmond Locard ouvre le premier laboratoire de police scientifique à Lyon et l’analyse toxicologique et balistique se développe fortement sur cette période. C’est dans ce contexte qu’en 1907, le préfet Louis Lepine décide d’adjoindre des chiens auprès de gardiens de la Paix, afin de lutter contre une recrudescence de cambriolages et pour aider au maintien de l’ordre la nuit à Paris. Les premiers essais étant concluants, les chiens policiers connurent un certain engouement à Paris et en Banlieue avant l’arrêt progressif de ce programme à partir de 1917 (2).

Agents et chiens policiers engagés dans la lutte contre les « apaches » à Neuilly, coll. Dassé Fabrice.

Pontoise, l’agent Dupont et son fidèle chien Deder :

A Pontoise, on note la présence de trois chiens policiers en 1909, tous sont dressés par l’agent Dupont et répondent aux noms de Brissac, Labrie et Deder. Jusqu’au mois de juillet 1909, les affaires traitées par ce Gardien de la Paix étaient relativement discrètes, tout au plus quelques coups, blessures et outrages à agent. Mais dans l ‘édition du 31 juillet 1909, le journal « Le Progrès de Seine et Oise » indique que l’agent , aidé par un chien policier, est intervenu pour appréhender un homme alcoolisé qui menaçait avec un couteau la tenancière du cabaret « Au Terminus » situé quai du Pothuis.

Article issue du journal « Le Progrès de Seine et Oise » n° 1291 du 31 juillet 1909. Source : Archives Départementales du Val d’Oise.

L’affaire la plus médiatisée de l’agent Dupont et ses chiens policiers reste néanmoins celle de la Place de la Gare. Dans la soirée du 3 octobre 1909, un groupe de jeunes gens, qui avait un peu trop arrosé la soirée au café de l’Hôtel de la Gare, a décidé d’invectiver l’agent Dupont qui passait avec ses chiens. Lorsque ce dernier entreprit de faire régner l’ordre, la violence est montée d’un cran et le chien nommé Déder s’est pris deux coups de couteaux dans la cuisse.

L’agent Dupont et son chien Déder peu de temps après l’affaire de la place de la Gare. Coll. Dassé Fabrice.

Cette affaire eut un important écho dans la presse parisienne qui a quelque peu exagéré les faits (3). En janvier 1910 le journal Le Figaro relatait encore cette affaire avec une description pour le moins romanesque.

Article issue du journal Le Figaro n°1, édition du 13 janvier 1910. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Tous les protagonistes de cette affaire n’ont pu être identifiés et arrêtés, seuls Charles Delacour (31 ans, comptable) et Jean Delacour (20 ans, dessinateur), tous deux de Pontoise, ont été jugés en correctionnelle le 29 octobre à 15 jours de prison et 200 francs d’amende pour outrages à agent (4).

Cette histoire prend une tournure presque légendaire en octobre 1909, lorsque le journal « Le Progrès » reçoit un colis anonyme destiné au Maître de Deder. Celui-ci contient une médaille de vermeil « frappée d’un vif relief représentant trois chiens; sur le revers on lit, gravé : « Vive le brave Deder (1909) » » ainsi qu’un bifteck « très appétissant » (5). Cette médaille n’a qu’une valeur symbolique car il faut attendre 1958 pour voir le premier chien officiellement décoré de la médaille de la Gendarmerie Nationale (6).

L’agent Dupont et ses chiens Brissac et Déder. Ce dernier arbore la médaille offerte par un citoyen anonyme. Coll. Dassé Fabrice

Dassé Fabrice


(1) Pour exemple nous pouvons nous référer à la célèbre histoire d’Amélie Elie surnommée « Casqued’or ».
(2) Source : Site internet de la Police Nationale, Ministère de l’Intérieur, mars 2020.
(3) Le Régional de Seine-et-Oise, numéro 1123. 14 octobre 1909, Archives Départementales du Val d’Oise.
(4) Le Progrès-de-Seine-et-Oise, numéro 1305. 6 novembre 1909, Archives Départementales du Val d’Oise.
(5) Le Progrès-de-Seine-et-Oise, numéro 1304. 30 octobre 1909, Archives Départementales du Val d’Oise.
(6) Source : site www.lemalinois.fr, mars 2020.

1914 – L’Association des Dames Françaises – Le comité de Pontoise organise un bal

 

Carnet de Bal émis pour le compte du Comité de Pontoise de l’association des Dames Françaises en 1914. Coll : Dassé Fabrice.

En 1864, un an après le Comité International de la Croix Rouge (CICR), est fondée La Croix Rouge Française (CRF). Le CIRC est à l’origine de la première Convention de Genève pour l’amélioration de la condition des blessés lors de conflits armés. La France en est l’un des premiers signataires et met en place la Société de Secours aux Blessés Militaires (SSBM) dont un comité s’implante à Pontoise en 1870. Elle parvient à collecter des fonds lors de la guerre Franco-Prussienne et, en plus du secours aux blessés, elle soutient les veuves et orphelins de soldats.

A Pontoise, les Prussiens installent un hôpital de la Croix Rouge dans les locaux de Notre Dame de la Compassion qui était alors un couvent de jeunes filles.

Hôpital prussien de la Croix Rouge, installé lors de la guerre de 1870 dans les locaux du Couvent Notre Dame de la Compassion. Source : Archives Municipale de Pontoise, côte : 7Fi11154.

En 1879, une première scission au sein de l’organisation du CIRC donne naissance à l’Association des Dames Françaises (ADF). Sous la direction du professeur Duchaussoy, ses objectifs sont la formation d’infirmières et l’intervention auprès des populations civiles même en temps de paix.

On retrouve dans les délibérations du Conseil Municipal de Pontoise, des demandes de subvention de l’ADF associées à des propositions d’implantation sur la commune en 1893 et 1894 (1). Celles-ci ont été rejetées au motif que la SSBM est implantée sur la commune et reçoit déjà des subventions pour des services équivalents. Un compte rendu d’Assemblée Générale daté de décembre 1913 (2) indique que le comité des Dames Françaises de Pontoise est fondé en octobre 1896.

Une autre scission en 1881 donne naissance à l’Union des Femmes de France qui est exclusivement dirigée par des femmes. Les trois organisations font néanmoins partie de la Croix Rouge Française et un comité central est créé pour qu’elles aient une direction commune.

Le comité des Dames Françaises de Pontoise s’applique, dès 1896, à récolter des fonds. Il aide au financement de l’Hôpital d’Auteuil qui permet aux Dames d’« acquérir les connaissances pratiques sur les soins à donner aux blessés et aux malades » (3). Un bureau est ouvert rue Basse et contribue au recrutement de « quelques fidèles travailleuses » (3). L’ADF de Pontoise s’illustre lors des inondations de 1910 en apportant logement et aide matérielle aux sinistrés, elle participe au financement d’opérations pour de nombreux autres sinistres et conflits en France et dans le monde.

Association des Dames Françaises. Remerciements à l’égard des militaires blessés, 1917. Source : Archives Municipales de Pontoise, côte : 80Z95.

Le ministre de la guerre, à la date du 7 juin 1912, a accordé la concession des locaux du Couvent de Notre Dame de la Compassion à Pontoise pour l’installation éventuelle d’un hôpital auxiliaire de 49 lits. Ce nouvel hôpital, classé en première série, portera le n°247. Le Dr Breitel Henri est alors désigné pour remplir les fonctions de médecin-chef de l’hôpital (4). En 1913 l’ADF de Pontoise (1), dirigée par Mme Désableaux, a de bons résultats avec un avoir de 15 110 francs et l’hôpital un fonds de réserve de 2929 francs. On retrouve parmi le personnel enseignant les pharmaciens Bournisien et Deguiry. L’inventaire matériel de l’hôpital se compose de 34 draps, 116 chemises, 12 paires de chaussettes, 12 caleçons, 12 serviettes, 12 bonnets de coton, 32 mouchoirs, 740 pièces de pansement, 1 brancard, 1 mannequin, 2 appareils de Scultet (5).
Le financement du comité pontoisien passe par les subventions, les dons, mais aussi par l’organisation de manifestations qui permettent de se faire connaître en plus des rentrées pécuniaires. Ainsi, le 17 avril 1898, est organisé un bal agrémenté d’une tombola où 2760 billets à 50 centimes ont été vendus et 64 lots ont été offerts. Le bénéfice de l’opération s’élève à 754 francs et 10 centimes qui sont placés sur un compte à la Caisse d’Epargne (6). Le carnet de bal ci-dessous a été édité pour la dernière manifestation de ce type avant les événements de la Première Guerre Mondiale.

Carnet de bal imprimé par l’Imprimerie Désableaux (même famille que la présidente du Comité de Pontoise de l’ADF), 1914. Coll. Dassé Fabrice.

 

Le carnet de bal contient l’ordre des danses et sert d’aide mémoire à la danseuse qui note les noms de chaque partenaire qui s’est proposé.

L’Echo Pontoisien relate dans un court article le déroulé de ce bal (7) :

Dassé Fabrice


(1) Archives Municipales de Pontoise : Côtes 1D37, n°1893-168 et 1D37, n°1894-207.

(2) Association des Dames Françaises, Compte rendu de la 36ème Assemblée Générale tenue le 14 novembre 1913 à la Sorbonne, Bulletin supplémentaire n°12, décembre 1913, pp. 191-192.

(3) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°9, Août-Septembre 1905, pp. 179-180.

(4) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°7, juin 1912, pp. 171.

(5) Système d’attelle élaboré qui s’utilise dans le traitement de fractures des membres supérieur et inférieur.

(6) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°6, mai 1898, p. 170.

(7) L’Echo Pontoisien, n° 8 du 19 février 1914, Archives Départementales du Val d’Oise, côte PER 135018.