1917-1933 – Charles Dudouyt, une figure majeure du design français lance son activité à Pontoise…

Portrait de Charles Dudouyt. Il est assis sur une chaise qu’il a dessinée en 1911 pour une illustration de « La Bigote » de Jules Renard aux Editions Fayard (voir dans la suite de l’article). Source (janvier 2022): www.charlesdudouyt.com.

Parmi les nombreux artistes qui ont oeuvré à Pontoise, Charles Dudouyt est certainement celui dont les Pontoisiens se souviennent le moins. Il est pourtant l’une des figures importantes du design français qui s’est démarqué du classicisme français par des lignes épurées et l’utilisation de matériaux simples. Si son travail est aujourd’hui plébiscité, que ses « oeuvres » sont recherchés et connaissent un véritable succès en salle des ventes, il a dû faire face à de nombreux obstacles ainsi qu’au manque d’estime des critiques pour faire vivre sa vision du design mobilier et de l’aménagement intérieur. 

Charles Dudouyt…

Charles naît le 27 mars 1885 à Paris, sa mère se nomme Gabrielle Fromage et son père Charles-Louis Dudouyt, qui est alors commissaire priseur.

Durant son enfance, il développe un certain goût pour l’art et se voit devenir Artiste Peintre. En 1901, il entre à l’Ecole Municipale Germain Pilon (12 rue Sainte Elisabeth à Paris) dans la section dessin et modelage appliqués à l’industrie pour une durée de trois ans. A la fin de ses études, ses professeurs lui reconnaissent un certain talent et il devient artiste peintre tout en travaillant parallèlement chez un antiquaire. En 1904, il rencontre celle qui deviendra sa femme et collaboratrice : Jeanne Haguenauer.

Conscrit de la Classe 1905, il effectue son service militaire entre 1906 et 1908. Il est alors affecté à la 23e section des Commis et Ouvriers Militaires d’Administration (C.O.M.A.) puis à la 24e en avril 1907. A son retour, il déménage de la rue de Montreuil à Vincennes pour le Boulevard du Port Royal à Paris. 

En 1909 naît Rosine Dudouyt, puis Geneviève en 1911 et enfin son fils Jacques en 1913. A cette époque la famille Dudouyt s’installe au Hameau de fin d’Oise à Conflans-Sainte-Honorine, leur demeure porte le nom évocateur de « Villa fin d’Oise ». Charles, pour faire vivre sa famille est illustrateur pour plusieurs revues (L’Assiette au beurre, Le Sourire, Le Rire, Tout Nouveau…), pour les éditions Fayard en 1911 (Poil de Carotte, Le Plaisir de Rompre, Le pain de Ménage, Monsieur Vernet et La Bigote de Jules Renard, illustrations de Fernand Maillaud et Charles Dudouyt) ainsi que pour la maison d’édition Calmann-Lévy ( La Guerre des Mondes de HG Wells, L’affaire Blaireau par Alphonse Allais, Les Beaux Dimanches par Henri Lavedan…). Son style est singulier avec des illustrations aux traits épais mêlant des lignes épurées à de nombreux détails (concernant notamment le mobilier et le décor des scènes).

Illustration originale de Charles Dudouyt pour « La Bigote » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. On remarque la chaise sur laquelle est assis Charles Dudouyt dans son portrait en tête de cet article. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « La Bigote » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. On remarque le soins apporté aux détail du mobilier. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « Poil de Carotte » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « Poil de Carotte » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.

1914-1918, Charles Dudouyt pendant la Grande Guerre…

Le 3 août 1914 , l’Allemagne déclare la Guerre à la France pour prévenir une éventuelle attaque conjointe avec la Russie avec qui elle était déjà en conflit depuis deux jours. Charles Dudouyt est incorporé le 12 septembre 1914 à la 22e section C.O.M.A. à Paris, est nommé caporal en janvier 1915 puis est détaché du corps en août de la même année et travaille en usine pour la maison Baron à Saint-Nicolas d’Aliermont (Seine Inférieure). Cette usine semble importante pour l’effort de Guerre et s’éloigne du Front pour s’installer à Paris entre 1915 et 1916. Charles qui y travaille toujours est de nouveau incorporé, mais cette fois-ci à la 24e section d’infirmiers militaires. Son dossier militaire ne contient pas d’information sur cette affectation mais une lettre biographique rédigée par son petit-fils(0) indique qu’il était mobilisé près d’Ypres (Belgique), là où furent testées des armes chimiques. Cette période a eu sur lui un fort impact psychologique. Au retour du front, en avril 1916, Charles est transféré dans le service auxiliaire pour pleurésie(1). En octobre 1916, il est  affecté à la Société d’éclairage électrique (rue Lecourbe à Paris), en novembre 1916, aux Ateliers de Constructions de Levallois-Peret puis en juin 1917, à l’usine Chotard (rue Petit à Paris). Il passe rapidement au 1er régiment de zouaves puis est incorporé dans la réserve de la 22e section d’infirmiers militaires qui le mettra en congé le 25 avril 1919. Il se retire alors à Pontoise, au 35 rue de Rouen, où il habite avec sa famille depuis environ 2 ans.

Période pontoisienne – De l’illustration à la création de mobilier, le lancement d’une nouvelle carrière parsemée de nombreuses embûches…

La guerre n’empêche pas Charles Dudouyt et sa femme Jeanne d’avancer dans leurs projets. Ils décident de se lancer dans la création de coussins et d’abats-jours ornés de broderies très à la mode à cette époque. Doudouyt travaille à l’usine militaire le jour et conçoit ses modèles la nuit (ce qui lui vaut un procès verbal en juin 1918 pour, dans le cadre de la défense passive, « ne pas avoir voilé ses lumières à minuit trente »(2)). Son petit-fils indique qu’il embauche un toupilleur pour tourner les pieds sur lesquels seront montés les abats-jour et une petite annonce publiée dans l’écho Pontoisien d’octobre 1917(3) mentionne : « On demande Brodeuses, s’adresser chez Mme Dudouyt, 35 rue de Rouen à Pontoise », ce qui atteste d’une activité déjà bien lancée dans la création d’objets décoratifs.

Leur travail est rapidement remarqué et en 1919 Charles Dudouyt fabrique les éléments de boiserie du « Bar Daunou » (non identifié) et travaille à l’aménagement des appartements de quelques célébrités dont celui de Mistinguett (1875, Enghien-les-Bains – 1956, Bougival) situé Boulevard des Capucines à Paris .

Portrait de Mistinguett, photographie de Paul Nadar. Source (2022) : Wikipédia.

En mai 1920, Dudouyt, fort de son succès naissant, s’associe avec Louis Pierre Eugène Duval (décorateur) pour créer une société en nom collectif ayant pour raison sociale : Dudouyt, Duval et Cie. La société a pour objet le commerce et la fabrication de tous articles d’art, en meubles, ameublement, tentures, abat-jour, etc…, le siège social est établi 33 rue Basse à Pontoise, et les deux associés apportent un capital identique de 7500 francs et le commanditaire 25000 francs. 

L’entreprise fait, par ailleurs, parler d’elle à la suite d’un accident relaté dans les colonnes de l’Echo Pontoisien en septembre 1920 :

Extrait de L’Echo Pontoisien n° 36 du 2 septembre 1920. Source (Janvier 2022) : Archives Départementales du Val d’Oise.

L’entente entre les associés est de courte durée et Duval cède ses parts à Charles en juin 1921(4), la société se transforme en commandite simple : Dudouyt et Cie. Elle sera dissoute en avril 1922(5) pour créer une nouvelle entité.

A Pontoise, création de l’atelier « L’Abeillée », une difficile marche de plus vers l’affirmation de son propre style et la renommée…

C’est en mai 1922, un mois après la dissolution de Dudouyt et Cie, que Charles s’associe avec Jean Lemée (industriel parisien) pour créer une société en nom collectif dans le commerce et la fabrication d’articles d’art en meubles : « L’Abeillée », dont le siège social est 33 rue Basse à Pontoise(6). Le local est très rapidement trop petit et l’atelier est transféré au 7 rue des Vinets (aujourd’hui c’est un parking situé derrière les lignes de chemins de fer) alors que le siège social est délocalisé route du Mail à Saint-Ouen l’Aumône. 

Portrait de Charles Dudouyt au travail sur sa planche à dessin. Source (janvier 2022): www.charlesdudouyt.com.

Rapidement les problèmes reviennent, l’entente entre les associés n’est pas des meilleures et la société est dissoute en août 1924(7). La liquidation est attribuée à Ch. Doudouyt qui rachète le fonds et devient plus libre en terme de création. L’Abeillée produit des meubles de style rustique, mettant en oeuvre des matériaux simples mais pas exempts d’originalité. Le style évolue et la « patte » Dudouyt commence à prendre forme.

Chaise Dudouyt, fabrication de l’atelier « L’abeillée » à Pontoise. Source (décembre 2021) : Google image vente aux enchères.
Face à main estampillé « L »‘Abeillée », fabrication de l’atelier de Pontoise. Collection et photographie: Dassé Fabrice 2022.

Septembre 1925 – L’Abeillée et Dudouyt défrayent la chronique avec l’affaire « Laffont »(8)

Raymond Laffont, extrait de l’Echo Pontoisien n°36 du 3 septembre 1925. Source (janvier 2022) : Archives Départementales du Val d’Oise.

Le mardi 1er septembre, M. Dudouyt s’inquiète de ne pas voir Raymond Laffont, son comptable, prendre son poste (route du Mail à Saint Ouen l’Aumône). La nature de son inquiétude change lorsque la femme du disparu appelle et signale la disparition de son mari dès la veille à midi. Un examen rapide des comptes montre que des traites marquées payées sur le registre sont toujours en possession des banques. Il semble donc que Raymond Laffont, 61 ans, habitant route de Conflans à Eragny qui travaille depuis 4 ans pour la maison Dudouyt, soit parti avec l’argent des traites qui s’élève à environ 16 000 francs. L’article de presse nous apprend aussi que M. Laffont est « un fervent de l’amélioration de la race chevaline et ne lui ménageait pas ses meilleurs encouragements » Ce qui est la façon poli de dire qu’il jouait aux courses de manière assidue.

Mais rebondissement quelques jours plus tard quand Le caissier Laffont se constitue prisonnier. Dimanche 6 septembre, vers 10h, Laffont arrive en taxi au parquet de Pontoise et demande à parler à M. Sée, procureur de la République. Il avoue avoir joué aux courses le 1er septembre et gagné une certaine somme qu’il a rejouée et perdue le lendemain. C’est en voyant son portrait dans les journaux qu’il a pris le train à la Gare de Lyon pour Pont-sur-Yonne. N’ayant pas l’esprit tranquille et pensant être reconnu, il est rentré en train à l’Isle-Adam avant de se rendre en taxi à Pontoise. On retrouve dans ses poches 3000 francs restant et une corde avec laquelle il avait envisagé de se pendre. En décembre 1925, après plaidoirie de Maître Carel, et pour abus de confiance, Laffont s’est vu infliger une année d’emprisonnement.

Il est ici question d’une somme importante pour l’époque qui a dû mettre, au moins momentanément, la société en difficulté. Il semble que sa femme Jeanne se soit impliqué un peu plus dans la comptabilité après cet épisode.

Chèque émis par l’Abeillée et signé par Jeanne Dudouyt. Coll. Dassé Fabrice.

Dudouyt s’implique dans la vie locale…

Comme de nombreux autres commerçants et industriels de Pontoise Charles Dudouyt s’implique dans la vie locale via des dons sous forme de lots pour diverses manifestations. On le trouve dans la liste des contributeurs aux dons en 1924 pour la coupe de l’Oise, courses sur l’Oise organisées par la Société Nautique de l’Oise (SNO)(9), ou encore dans celle d’une souscription départementale en vue de l’aménagement du Stade d’Auvers en 1932(10). Il aide aussi à la réalisation de projets culturels et notamment à la création du décor d’une pièce de théâtre « L’ami Fritz ». Représentation donnée par le comité des fêtes de bienfaisance à Saint-Ouen l’Aumône en 1930 et dont le décor est dû « à l’habileté de MM. P. Villeplé et Duflos et à l’amabilité de M. Dudouyt »(11)

La famille noue de nombreux liens d’amitié et est « sympathiquement connue à Pontoise » au point que L’Echo Pontoisien consacre un encart spécialement réservé au mariage de Rosine Dudouyt en septembre 1929, présidé par M. Décuty, maire et ami de la famille. Parmi les mots du maire de Pontoise se trouve une phrase qui résume et éclaire certains des évènements relatés ci-dessus : « Vous avez été élevée par des parents qui ne vous ont laissé rien ignorer des duretés de la vie. Vous avez assisté à la lutte courageuse qui a permis à votre père de défendre son talent et de conserver son originalité sans rien devoir à personne »(12)

Période Parisienne – La Gentilhommière…

Bien que depuis 1925 et l’affaire Laffont, rien ne semble venir contrarier les affaires de L’Abeillée, l’atelier fait faillite en 1931 et est repris par la Société Maillard et Cie(13). L’activité se poursuit jusqu’en 1933 où le fond de commerce est revendu par Charles Dudouyt qui habite alors 60 rue d’Hauteville à Paris(14). Il crée La Gentilhommière avec un atelier sur la Butte-aux-Cailles et un magasin d’exposition au 63-67 boulevard Raspail. Ce dernier déménagement coïncide avec une échelle de production plus importante et avec l’affirmation d’un style qui se détourne du classicisme français pour adopter des formes contemporaines plus épurées suivant les artistes créateurs du Bauhaus. Il y présente aussi des créations de Jean Besnard, Georges Jouve, Jean Desprès ou encore Alexandre Noll.

La seconde Guerre Mondiale et la prise de Paris par les Allemands ravivent les anciennes blessures de l’esprit de Charles qui s’enferme dans son bureau et travaille sans relâche sur la création de meubles et sur l’aménagement des espaces intérieurs. Son petit fils indique dans sa lettre qu’il héberge un résistant en cavale ainsi que plusieurs peintres dont André Foy (comme Charles, il travaillait pour Le Sourire) qui mourut de tuberculose. Les séquelles aux poumons contractées lors de la première Guerre Mondiale ont probablement accéléré l’action de cette même maladie qui l’emporta de façon foudroyante durant les vacances de Pâques 1946 à l’âge de 61 ans.

L’activité de La Gentilhommière est poursuivie par son fils Jacques jusqu’en 1960.

Pour conclure cet article, voici en fichier joint un article publié dans « Le décor d’aujourd’hui, Revue pratique de décoration, numéro 44 de 1948 » intitulé : « Hommage à l’Oeuvre de Dudouyt » qui orné de nombreuses illustrations, présentera mieux que je ne pourrais le faire, le travail de Charles Dudouyt…

Dassé Fabrice


(0). Source (février 2022) : www.charlesdudouyt.com

(1). Egalement appelé épanchement pleural, la pleurésie est définie par la présence de liquide entre les 2 feuillets de la plèvre (le feuillet viscéral qui recouvre le poumon et le feuillet pariétal qui recouvre la face interne de la cage thoracique). Source (février 2022) : www.chirurgie-lyon-mermoz.fr

(2).  Le progrès de Seine et Oise n°1264 du 22 juin 1918. Archives Départementales du Val d’Oise (ADVO).

(3). L’Echo Pontoisien n°43 du 25 octobre 1917. ADVO.

(4). Le progrès de Seine et Oise n°302 du 25 juin 1921. ADVO.

(5). L’Echo Pontoisien n°19 du 11 mai 1922. ADVO.

(6). L’Echo Pontoisien n°20 du 18 mai 1922. ADVO.

(7). L’Echo Pontoisien, n°32 du 7 août 1924. ADVO.

(8). Compilation des articles parus : L’Echo Pontoisien n°36 du 03/09/1925, La Tribune de Seine-et-Oise n°1639 du 05/09/925 et n°1640 du 12/09/1925, Le Progrès de Seine et Oise n°535 2e édition du 05/12/1925. ADVO.

(9). L’Echo Pontoisien n°28 du 10 juillet 1924. ADVO.

(10). La Tribune se Seine-et-Oise n°1991 édition de Pontoise du 4 juin 1932. ADVO.

(11). Le Progrès de Seine et Oise n°756 troisième édition du 1 mars 1930. ADVO.

(12). L’Echo Pontoisien n°37 du 12 septembre 1929. ADVO.

(13). L’Echo Pontoisien n°26 du 25 juin 1931. ADVO.

(14). Le progrès de Seine et Oise n°27 du 8/7/1933. ADVO.

1914 – L’Association des Dames Françaises – Le comité de Pontoise organise un bal

Carnet de Bal émis pour le compte du Comité de Pontoise de l’association des Dames Françaises en 1914. Coll : Dassé Fabrice.

En 1864, un an après le Comité International de la Croix Rouge (CICR), est fondée La Croix Rouge Française (CRF). Le CIRC est à l’origine de la première Convention de Genève pour l’amélioration de la condition des blessés lors de conflits armés. La France en est l’un des premiers signataires et met en place la Société de Secours aux Blessés Militaires (SSBM) dont un comité s’implante à Pontoise en 1870. Elle parvient à collecter des fonds lors de la guerre Franco-Prussienne et, en plus du secours aux blessés, elle soutient les veuves et orphelins de soldats.

A Pontoise, les Prussiens installent un hôpital de la Croix Rouge dans les locaux de Notre Dame de la Compassion qui était alors un couvent de jeunes filles.

Hôpital prussien de la Croix Rouge, installé lors de la guerre de 1870 dans les locaux du Couvent Notre Dame de la Compassion. Source : Archives Municipale de Pontoise, côte : 7Fi11154.

En 1879, une première scission au sein de l’organisation du CIRC donne naissance à l’Association des Dames Françaises (ADF). Sous la direction du professeur Duchaussoy, ses objectifs sont la formation d’infirmières et l’intervention auprès des populations civiles même en temps de paix.

On retrouve dans les délibérations du Conseil Municipal de Pontoise, des demandes de subvention de l’ADF associées à des propositions d’implantation sur la commune en 1893 et 1894 (1). Celles-ci ont été rejetées au motif que la SSBM est implantée sur la commune et reçoit déjà des subventions pour des services équivalents. Un compte rendu d’Assemblée Générale daté de décembre 1913 (2) indique que le comité des Dames Françaises de Pontoise est fondé en octobre 1896.

Une autre scission en 1881 donne naissance à l’Union des Femmes de France qui est exclusivement dirigée par des femmes. Les trois organisations font néanmoins partie de la Croix Rouge Française et un comité central est créé pour qu’elles aient une direction commune.

Le comité des Dames Françaises de Pontoise s’applique, dès 1896, à récolter des fonds. Il aide au financement de l’Hôpital d’Auteuil qui permet aux Dames d’« acquérir les connaissances pratiques sur les soins à donner aux blessés et aux malades » (3). Un bureau est ouvert rue Basse et contribue au recrutement de « quelques fidèles travailleuses » (3). L’ADF de Pontoise s’illustre lors des inondations de 1910 en apportant logement et aide matérielle aux sinistrés, elle participe au financement d’opérations pour de nombreux autres sinistres et conflits en France et dans le monde.

Association des Dames Françaises. Remerciements à l’égard des militaires blessés, 1917. Source : Archives Municipales de Pontoise, côte : 80Z95.

Le ministre de la guerre, à la date du 7 juin 1912, a accordé la concession des locaux du Couvent de Notre Dame de la Compassion à Pontoise pour l’installation éventuelle d’un hôpital auxiliaire de 49 lits. Ce nouvel hôpital, classé en première série, portera le n°247. Le Dr Breitel Henri est alors désigné pour remplir les fonctions de médecin-chef de l’hôpital (4). En 1913 l’ADF de Pontoise (1), dirigée par Mme Désableaux, a de bons résultats avec un avoir de 15 110 francs et l’hôpital un fonds de réserve de 2929 francs. On retrouve parmi le personnel enseignant les pharmaciens Bournisien et Deguiry. L’inventaire matériel de l’hôpital se compose de 34 draps, 116 chemises, 12 paires de chaussettes, 12 caleçons, 12 serviettes, 12 bonnets de coton, 32 mouchoirs, 740 pièces de pansement, 1 brancard, 1 mannequin, 2 appareils de Scultet (5).
Le financement du comité pontoisien passe par les subventions, les dons, mais aussi par l’organisation de manifestations qui permettent de se faire connaître en plus des rentrées pécuniaires. Ainsi, le 17 avril 1898, est organisé un bal agrémenté d’une tombola où 2760 billets à 50 centimes ont été vendus et 64 lots ont été offerts. Le bénéfice de l’opération s’élève à 754 francs et 10 centimes qui sont placés sur un compte à la Caisse d’Epargne (6). Le carnet de bal ci-dessous a été édité pour la dernière manifestation de ce type avant les événements de la Première Guerre Mondiale.

Carnet de bal imprimé par l’Imprimerie Désableaux (même famille que la présidente du Comité de Pontoise de l’ADF), 1914. Coll. Dassé Fabrice.

Le carnet de bal contient l’ordre des danses et sert d’aide mémoire à la danseuse qui note les noms de chaque partenaire qui s’est proposé.

L’Echo Pontoisien relate dans un court article le déroulé de ce bal (7) :

Dassé Fabrice


(1) Archives Municipales de Pontoise : Côtes 1D37, n°1893-168 et 1D37, n°1894-207.

(2) Association des Dames Françaises, Compte rendu de la 36ème Assemblée Générale tenue le 14 novembre 1913 à la Sorbonne, Bulletin supplémentaire n°12, décembre 1913, pp. 191-192.

(3) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°9, Août-Septembre 1905, pp. 179-180.

(4) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°7, juin 1912, pp. 171.

(5) Système d’attelle élaboré qui s’utilise dans le traitement de fractures des membres supérieur et inférieur.

(6) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°6, mai 1898, p. 170.

(7) L’Echo Pontoisien, n° 8 du 19 février 1914, Archives Départementales du Val d’Oise, côte PER 135018.

Guerre 14/18 : Un habitant de Pontoise, aérostier, fait prisonnier à Maubeuge le 8 septembre 1914…

C’est grâce à une carte postale, envoyée d’un camp de prisonnier en 1916, que j’ai pu identifier et retracer une petite partie de l’histoire d’un poilu aérostier, pontoisien d’adoption, qui a participé à la bataille de Maubeuge en 1914.

Hénault Roger (1890-1952). Camp de prisonnier de Friedrichsfeld (Allemagne), 1916.

Hénault Roger, né le 28 mars 1890 à Monts (Indre et Loire), est arrivé à Pontoise avec sa famille entre 1890 et 1905. Les archives municipales de Pontoise* permettent de la reconstituer en partie et elle se compose à minima de son père, Jules Emile Hénault (menuisier, 52 ans en 1905), de sa mère, Marie Louise Hélène Bertrand (ménagère, 44 ans en 1905), d’au  moins un frère, Maurice Emile Hénault (ébéniste, 25 ans en 1908) et deux soeurs, Renée (née en 1905 à Pontoise) et Hélène Armande Hénault (couturière, 26 ans en 1908 et née à Monts en Indre et Loire). La plupart de la famille habite alors au 30 rue de la Coutellerie et en 1916 son frère Emile loge au 10 rue Lemercier.

Le site de recherche généalogique Généanet, m’a permis de déterminer que Roger a survécu à son incarcération, qu’il est devenu représentant de commerce et est décédé en 1952 à Paris. D’autres frères et sœurs non cités ci-dessus apparaissent aussi.

Le point de départ de cette enquête est une carte postale adressée à Mme Bournisien, de la Pharmacie du même nom, située place de la Gare. Elle est expédiée le 13 janvier 1916 par Henault Roger, prisonnier au camp de Friédrichsfeld près de Wesel (Allemagne).

Carte postale envoyée par Hénault Roger, du camp de Fiedrichsfeld en janvier 1916, coll. Dassé Fabrice.

Transcription :

« Envoi de : Roger Hénault. n°m. 1404. Baraque 9a.
Camp de Friédrichsfeld. bei-Wesel.

Madame Bournisien, j’ai reçu la semaine dernière votre envoi qui m’est parvenu alors qu’un accès de fièvre me tenait alité. Merci pour vos bons souhaits. Je vous adresse bien tardivement les miens, mais j’espère que vous m’en excuserez. Je suis complètement rétabli. 1916 verra je l’espère notre retour. Vous priant de me rappeler au bon souvenir de monsieur Bournisien, recevez Madame l’expression de mes meilleurs sentiments.

signature (non déchiffré)

13/1.16
Mes amitiés à M M. Godefroy et Carré. »

Identification du prisonnier militaire :

Par chance, Roger Hénault a été recensé lors des visites de camps de prisonniers par la Croix Rouge (CIRC), et fait l’objet d’une fiche aujourd’hui consultable sur leur site internet. En plus de son lieu et sa date de naissance, elle indique qu’il est soldat, Sergent-Major de la 5ème Compagnie d’Aérostiers et qu’il a disparu le 7 septembre (1914) lors de la reddition de Maubeuge. Autre précision : sa famille la plus proche est représentée par Emile Hénault habitant 10 rue Lemercier à Pontoise.

Ces indications m’ont permis d’identifier le soldat parmi les prisonniers sur la carte, grâce à l’écusson de sa manche.

Fiche renseignement du CIRC (site de recherche en ligne du CIRC, 2019)

Contexte de sa capture :

De nombreux sites reprennent l’Histoire de la bataille de Maubeuge et de sa capitulation. Nous retiendrons pour l’essentiel que le système de fortification de la zone était très largement insuffisant et ce, malgré l’effort du Général Fournier (Gouverneur de Maubeuge), qui fait réaliser des travaux par 6 000 civils réquisitionnés ainsi que 25 000 territoriaux et réservistes. La ville tient 13 jours (du 27 août au 8 septembre 1914) dont 11 sous les bombardements intensifs de l’artillerie allemande.

Carte postale allemande représentant la bataille de Maubeuge. En haut à gauche la représentation du ballon « Drachen » allemand. Les français en on fait une copie (Ballon H de 800m3) qui est sortie en décembre 1914, soit près de 4 mois après cette bataille, coll. Dassé Fabrice.

La bataille de Maubeuge en quelques chiffres (coté français) :
– 46 000 prisonniers
– 3 000 blessés
– 1 300 soldats tués

Les aérostiers à Maubeuge :

L’histoire commence en 1794, avec l’envol du ballon d’observation « l’Entreprenant » sous les ordres du Capitaine Coutelle. En 1910, un centre aéronautique avec un hangar pour dirigeable s’implante à l’est de la ville au devant du bastion de Falize.

Implantation du Centre d’Aérostation militaire de Maubeuge et vue générale du site, coll. Dassé Fabrice.
Centre d’Aérostation militaire de Maubeuge. Le ballon sphérique dit « de siège » semblable à celui conçu par le colonel Charles Renard en 1884. Ce modèle reste très instable dès que le vent devient fort. Col. Dassé Fabrice.

En septembre 1914, les aérostiers encore présents détruisent le reste du matériel (la plus grosse partie ayant été transférée avant la bataille) avant d’être faits prisonniers par les Allemands. Ces derniers agrandiront le hangar pour accueillir des Zeppelins (jusqu’en mai 1916) qui bombarderont jusqu’aux capitales anglaise et française.

A la fin de la Première Guerre Mondiale, l’armée française se sert des infrastructures pour y stocker des chars, et le site sera démantelé par l’armée allemande lors de la Seconde Guerre Mondiale.


* Archives Municipale de Pontoise : côte 540W4 et 540W7.

** CIRC : Comité International de la Croix-Rouge.