1914 – L’Association des Dames Françaises – Le comité de Pontoise organise un bal

 

Carnet de Bal émis pour le compte du Comité de Pontoise de l’association des Dames Françaises en 1914. Coll : Dassé Fabrice.

En 1864, un an après le Comité International de la Croix Rouge (CICR), est fondée La Croix Rouge Française (CRF). Le CIRC est à l’origine de la première Convention de Genève pour l’amélioration de la condition des blessés lors de conflits armés. La France en est l’un des premiers signataires et met en place la Société de Secours aux Blessés Militaires (SSBM) dont un comité s’implante à Pontoise en 1870. Elle parvient à collecter des fonds lors de la guerre Franco-Prussienne et, en plus du secours aux blessés, elle soutient les veuves et orphelins de soldats.

A Pontoise, les Prussiens installent un hôpital de la Croix Rouge dans les locaux de Notre Dame de la Compassion qui était alors un couvent de jeunes filles.

Hôpital prussien de la Croix Rouge, installé lors de la guerre de 1870 dans les locaux du Couvent Notre Dame de la Compassion. Source : Archives Municipale de Pontoise, côte : 7Fi11154.

En 1879, une première scission au sein de l’organisation du CIRC donne naissance à l’Association des Dames Françaises (ADF). Sous la direction du professeur Duchaussoy, ses objectifs sont la formation d’infirmières et l’intervention auprès des populations civiles même en temps de paix.

On retrouve dans les délibérations du Conseil Municipal de Pontoise, des demandes de subvention de l’ADF associées à des propositions d’implantation sur la commune en 1893 et 1894 (1). Celles-ci ont été rejetées au motif que la SSBM est implantée sur la commune et reçoit déjà des subventions pour des services équivalents. Un compte rendu d’Assemblée Générale daté de décembre 1913 (2) indique que le comité des Dames Françaises de Pontoise est fondé en octobre 1896.

Une autre scission en 1881 donne naissance à l’Union des Femmes de France qui est exclusivement dirigée par des femmes. Les trois organisations font néanmoins partie de la Croix Rouge Française et un comité central est créé pour qu’elles aient une direction commune.

Le comité des Dames Françaises de Pontoise s’applique, dès 1896, à récolter des fonds. Il aide au financement de l’Hôpital d’Auteuil qui permet aux Dames d’« acquérir les connaissances pratiques sur les soins à donner aux blessés et aux malades » (3). Un bureau est ouvert rue Basse et contribue au recrutement de « quelques fidèles travailleuses » (3). L’ADF de Pontoise s’illustre lors des inondations de 1910 en apportant logement et aide matérielle aux sinistrés, elle participe au financement d’opérations pour de nombreux autres sinistres et conflits en France et dans le monde.

Association des Dames Françaises. Remerciements à l’égard des militaires blessés, 1917. Source : Archives Municipales de Pontoise, côte : 80Z95.

Le ministre de la guerre, à la date du 7 juin 1912, a accordé la concession des locaux du Couvent de Notre Dame de la Compassion à Pontoise pour l’installation éventuelle d’un hôpital auxiliaire de 49 lits. Ce nouvel hôpital, classé en première série, portera le n°247. Le Dr Breitel Henri est alors désigné pour remplir les fonctions de médecin-chef de l’hôpital (4). En 1913 l’ADF de Pontoise (1), dirigée par Mme Désableaux, a de bons résultats avec un avoir de 15 110 francs et l’hôpital un fonds de réserve de 2929 francs. On retrouve parmi le personnel enseignant les pharmaciens Bournisien et Deguiry. L’inventaire matériel de l’hôpital se compose de 34 draps, 116 chemises, 12 paires de chaussettes, 12 caleçons, 12 serviettes, 12 bonnets de coton, 32 mouchoirs, 740 pièces de pansement, 1 brancard, 1 mannequin, 2 appareils de Scultet (5).
Le financement du comité pontoisien passe par les subventions, les dons, mais aussi par l’organisation de manifestations qui permettent de se faire connaître en plus des rentrées pécuniaires. Ainsi, le 17 avril 1898, est organisé un bal agrémenté d’une tombola où 2760 billets à 50 centimes ont été vendus et 64 lots ont été offerts. Le bénéfice de l’opération s’élève à 754 francs et 10 centimes qui sont placés sur un compte à la Caisse d’Epargne (6). Le carnet de bal ci-dessous a été édité pour la dernière manifestation de ce type avant les événements de la Première Guerre Mondiale.

Carnet de bal imprimé par l’Imprimerie Désableaux (même famille que la présidente du Comité de Pontoise de l’ADF), 1914. Coll. Dassé Fabrice.

 

Le carnet de bal contient l’ordre des danses et sert d’aide mémoire à la danseuse qui note les noms de chaque partenaire qui s’est proposé.

L’Echo Pontoisien relate dans un court article le déroulé de ce bal (7) :

Dassé Fabrice


(1) Archives Municipales de Pontoise : Côtes 1D37, n°1893-168 et 1D37, n°1894-207.

(2) Association des Dames Françaises, Compte rendu de la 36ème Assemblée Générale tenue le 14 novembre 1913 à la Sorbonne, Bulletin supplémentaire n°12, décembre 1913, pp. 191-192.

(3) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°9, Août-Septembre 1905, pp. 179-180.

(4) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°7, juin 1912, pp. 171.

(5) Système d’attelle élaboré qui s’utilise dans le traitement de fractures des membres supérieur et inférieur.

(6) Bulletin de l’Association des Dames Françaises n°6, mai 1898, p. 170.

(7) L’Echo Pontoisien, n° 8 du 19 février 1914, Archives Départementales du Val d’Oise, côte PER 135018.

Guerre 14/18 : Un habitant de Pontoise, aérostier, fait prisonnier à Maubeuge le 8 septembre 1914…

C’est grâce à une carte postale, envoyée d’un camp de prisonnier en 1916, que j’ai pu identifier et retracer une petite partie de l’histoire d’un poilu aérostier, pontoisien d’adoption, qui a participé à la bataille de Maubeuge en 1914.

Hénault Roger (1890-1952). Camp de prisonnier de Friedrichsfeld (Allemagne), 1916.

Hénault Roger, né le 28 mars 1890 à Monts (Indre et Loire), est arrivé à Pontoise avec sa famille entre 1890 et 1905. Les archives municipales de Pontoise* permettent de la reconstituer en partie et elle se compose à minima de son père, Jules Emile Hénault (menuisier, 52 ans en 1905), de sa mère, Marie Louise Hélène Bertrand (ménagère, 44 ans en 1905), d’au  moins un frère, Maurice Emile Hénault (ébéniste, 25 ans en 1908) et deux soeurs, Renée (née en 1905 à Pontoise) et Hélène Armande Hénault (couturière, 26 ans en 1908 et née à Monts en Indre et Loire). La plupart de la famille habite alors au 30 rue de la Coutellerie et en 1916 son frère Emile loge au 10 rue Lemercier.

Le site de recherche généalogique Généanet, m’a permis de déterminer que Roger a survécu à son incarcération, qu’il est devenu représentant de commerce et est décédé en 1952 à Paris. D’autres frères et sœurs non cités ci-dessus apparaissent aussi.

Le point de départ de cette enquête est une carte postale adressée à Mme Bournisien, de la Pharmacie du même nom, située place de la Gare. Elle est expédiée le 13 janvier 1916 par Henault Roger, prisonnier au camp de Friédrichsfeld près de Wesel (Allemagne).

Carte postale envoyée par Hénault Roger, du camp de Fiedrichsfeld en janvier 1916, coll. Dassé Fabrice.

Transcription :

« Envoi de : Roger Hénault. n°m. 1404. Baraque 9a.
Camp de Friédrichsfeld. bei-Wesel.

Madame Bournisien, j’ai reçu la semaine dernière votre envoi qui m’est parvenu alors qu’un accès de fièvre me tenait alité. Merci pour vos bons souhaits. Je vous adresse bien tardivement les miens, mais j’espère que vous m’en excuserez. Je suis complètement rétabli. 1916 verra je l’espère notre retour. Vous priant de me rappeler au bon souvenir de monsieur Bournisien, recevez Madame l’expression de mes meilleurs sentiments.

signature (non déchiffré)

13/1.16
Mes amitiés à M M. Godefroy et Carré. »

Identification du prisonnier militaire :

Par chance, Roger Hénault a été recensé lors des visites de camps de prisonniers par la Croix Rouge (CIRC), et fait l’objet d’une fiche aujourd’hui consultable sur leur site internet. En plus de son lieu et sa date de naissance, elle indique qu’il est soldat, Sergent-Major de la 5ème Compagnie d’Aérostiers et qu’il a disparu le 7 septembre (1914) lors de la reddition de Maubeuge. Autre précision : sa famille la plus proche est représentée par Emile Hénault habitant 10 rue Lemercier à Pontoise.

Ces indications m’ont permis d’identifier le soldat parmi les prisonniers sur la carte, grâce à l’écusson de sa manche.

Fiche renseignement du CIRC (site de recherche en ligne du CIRC, 2019)

Contexte de sa capture :

De nombreux sites reprennent l’Histoire de la bataille de Maubeuge et de sa capitulation. Nous retiendrons pour l’essentiel que le système de fortification de la zone était très largement insuffisant et ce, malgré l’effort du Général Fournier (Gouverneur de Maubeuge), qui fait réaliser des travaux par 6 000 civils réquisitionnés ainsi que 25 000 territoriaux et réservistes. La ville tient 13 jours (du 27 août au 8 septembre 1914) dont 11 sous les bombardements intensifs de l’artillerie allemande.

Carte postale allemande représentant la bataille de Maubeuge. En haut à gauche la représentation du ballon « Drachen » allemand. Les français en on fait une copie (Ballon H de 800m3) qui est sortie en décembre 1914, soit près de 4 mois après cette bataille, coll. Dassé Fabrice.

La bataille de Maubeuge en quelques chiffres (coté français) :
– 46 000 prisonniers
– 3 000 blessés
– 1 300 soldats tués

Les aérostiers à Maubeuge :

L’histoire commence en 1794, avec l’envol du ballon d’observation « l’Entreprenant » sous les ordres du Capitaine Coutelle. En 1910, un centre aéronautique avec un hangar pour dirigeable s’implante à l’est de la ville au devant du bastion de Falize.

Implantation du Centre d’Aérostation militaire de Maubeuge et vue générale du site, coll. Dassé Fabrice.
Centre d’Aérostation militaire de Maubeuge. Le ballon sphérique dit « de siège » semblable à celui conçu par le colonel Charles Renard en 1884. Ce modèle reste très instable dès que le vent devient fort. Col. Dassé Fabrice.

En septembre 1914, les aérostiers encore présents détruisent le reste du matériel (la plus grosse partie ayant été transférée avant la bataille) avant d’être faits prisonniers par les Allemands. Ces derniers agrandiront le hangar pour accueillir des Zeppelins (jusqu’en mai 1916) qui bombarderont jusqu’aux capitales anglaise et française.

A la fin de la Première Guerre Mondiale, l’armée française se sert des infrastructures pour y stocker des chars, et le site sera démantelé par l’armée allemande lors de la Seconde Guerre Mondiale.


* Archives Municipale de Pontoise : côte 540W4 et 540W7.

** CIRC : Comité International de la Croix-Rouge.