1917-1933 – Charles Dudouyt, une figure majeure du design français lance son activité à Pontoise…

Portrait de Charles Dudouyt. Il est assis sur une chaise qu’il a dessinée en 1911 pour une illustration de « La Bigote » de Jules Renard aux Editions Fayard (voir dans la suite de l’article). Source (janvier 2022): www.charlesdudouyt.com.

Parmi les nombreux artistes qui ont oeuvré à Pontoise, Charles Dudouyt est certainement celui dont les Pontoisiens se souviennent le moins. Il est pourtant l’une des figures importantes du design français qui s’est démarqué du classicisme français par des lignes épurées et l’utilisation de matériaux simples. Si son travail est aujourd’hui plébiscité, que ses « oeuvres » sont recherchés et connaissent un véritable succès en salle des ventes, il a dû faire face à de nombreux obstacles ainsi qu’au manque d’estime des critiques pour faire vivre sa vision du design mobilier et de l’aménagement intérieur. 

Charles Dudouyt…

Charles naît le 27 mars 1885 à Paris, sa mère se nomme Gabrielle Fromage et son père Charles-Louis Dudouyt, qui est alors commissaire priseur.

Durant son enfance, il développe un certain goût pour l’art et se voit devenir Artiste Peintre. En 1901, il entre à l’Ecole Municipale Germain Pilon (12 rue Sainte Elisabeth à Paris) dans la section dessin et modelage appliqués à l’industrie pour une durée de trois ans. A la fin de ses études, ses professeurs lui reconnaissent un certain talent et il devient artiste peintre tout en travaillant parallèlement chez un antiquaire. En 1904, il rencontre celle qui deviendra sa femme et collaboratrice : Jeanne Haguenauer.

Conscrit de la Classe 1905, il effectue son service militaire entre 1906 et 1908. Il est alors affecté à la 23e section des Commis et Ouvriers Militaires d’Administration (C.O.M.A.) puis à la 24e en avril 1907. A son retour, il déménage de la rue de Montreuil à Vincennes pour le Boulevard du Port Royal à Paris. 

En 1909 naît Rosine Dudouyt, puis Geneviève en 1911 et enfin son fils Jacques en 1913. A cette époque la famille Dudouyt s’installe au Hameau de fin d’Oise à Conflans-Sainte-Honorine, leur demeure porte le nom évocateur de « Villa fin d’Oise ». Charles, pour faire vivre sa famille est illustrateur pour plusieurs revues (L’Assiette au beurre, Le Sourire, Le Rire, Tout Nouveau…), pour les éditions Fayard en 1911 (Poil de Carotte, Le Plaisir de Rompre, Le pain de Ménage, Monsieur Vernet et La Bigote de Jules Renard, illustrations de Fernand Maillaud et Charles Dudouyt) ainsi que pour la maison d’édition Calmann-Lévy ( La Guerre des Mondes de HG Wells, L’affaire Blaireau par Alphonse Allais, Les Beaux Dimanches par Henri Lavedan…). Son style est singulier avec des illustrations aux traits épais mêlant des lignes épurées à de nombreux détails (concernant notamment le mobilier et le décor des scènes).

Illustration originale de Charles Dudouyt pour « La Bigote » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. On remarque la chaise sur laquelle est assis Charles Dudouyt dans son portrait en tête de cet article. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « La Bigote » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. On remarque le soins apporté aux détail du mobilier. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « Poil de Carotte » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « Poil de Carotte » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.

1914-1918, Charles Dudouyt pendant la Grande Guerre…

Le 3 août 1914 , l’Allemagne déclare la Guerre à la France pour prévenir une éventuelle attaque conjointe avec la Russie avec qui elle était déjà en conflit depuis deux jours. Charles Dudouyt est incorporé le 12 septembre 1914 à la 22e section C.O.M.A. à Paris, est nommé caporal en janvier 1915 puis est détaché du corps en août de la même année et travaille en usine pour la maison Baron à Saint-Nicolas d’Aliermont (Seine Inférieure). Cette usine semble importante pour l’effort de Guerre et s’éloigne du Front pour s’installer à Paris entre 1915 et 1916. Charles qui y travaille toujours est de nouveau incorporé, mais cette fois-ci à la 24e section d’infirmiers militaires. Son dossier militaire ne contient pas d’information sur cette affectation mais une lettre biographique rédigée par son petit-fils(0) indique qu’il était mobilisé près d’Ypres (Belgique), là où furent testées des armes chimiques. Cette période a eu sur lui un fort impact psychologique. Au retour du front, en avril 1916, Charles est transféré dans le service auxiliaire pour pleurésie(1). En octobre 1916, il est  affecté à la Société d’éclairage électrique (rue Lecourbe à Paris), en novembre 1916, aux Ateliers de Constructions de Levallois-Peret puis en juin 1917, à l’usine Chotard (rue Petit à Paris). Il passe rapidement au 1er régiment de zouaves puis est incorporé dans la réserve de la 22e section d’infirmiers militaires qui le mettra en congé le 25 avril 1919. Il se retire alors à Pontoise, au 35 rue de Rouen, où il habite avec sa famille depuis environ 2 ans.

Période pontoisienne – De l’illustration à la création de mobilier, le lancement d’une nouvelle carrière parsemée de nombreuses embûches…

La guerre n’empêche pas Charles Dudouyt et sa femme Jeanne d’avancer dans leurs projets. Ils décident de se lancer dans la création de coussins et d’abats-jours ornés de broderies très à la mode à cette époque. Doudouyt travaille à l’usine militaire le jour et conçoit ses modèles la nuit (ce qui lui vaut un procès verbal en juin 1918 pour, dans le cadre de la défense passive, « ne pas avoir voilé ses lumières à minuit trente »(2)). Son petit-fils indique qu’il embauche un toupilleur pour tourner les pieds sur lesquels seront montés les abats-jour et une petite annonce publiée dans l’écho Pontoisien d’octobre 1917(3) mentionne : « On demande Brodeuses, s’adresser chez Mme Dudouyt, 35 rue de Rouen à Pontoise », ce qui atteste d’une activité déjà bien lancée dans la création d’objets décoratifs.

Leur travail est rapidement remarqué et en 1919 Charles Dudouyt fabrique les éléments de boiserie du « Bar Daunou » (non identifié) et travaille à l’aménagement des appartements de quelques célébrités dont celui de Mistinguett (1875, Enghien-les-Bains – 1956, Bougival) situé Boulevard des Capucines à Paris .

Portrait de Mistinguett, photographie de Paul Nadar. Source (2022) : Wikipédia.

En mai 1920, Dudouyt, fort de son succès naissant, s’associe avec Louis Pierre Eugène Duval (décorateur) pour créer une société en nom collectif ayant pour raison sociale : Dudouyt, Duval et Cie. La société a pour objet le commerce et la fabrication de tous articles d’art, en meubles, ameublement, tentures, abat-jour, etc…, le siège social est établi 33 rue Basse à Pontoise, et les deux associés apportent un capital identique de 7500 francs et le commanditaire 25000 francs. 

L’entreprise fait, par ailleurs, parler d’elle à la suite d’un accident relaté dans les colonnes de l’Echo Pontoisien en septembre 1920 :

Extrait de L’Echo Pontoisien n° 36 du 2 septembre 1920. Source (Janvier 2022) : Archives Départementales du Val d’Oise.

L’entente entre les associés est de courte durée et Duval cède ses parts à Charles en juin 1921(4), la société se transforme en commandite simple : Dudouyt et Cie. Elle sera dissoute en avril 1922(5) pour créer une nouvelle entité.

A Pontoise, création de l’atelier « L’Abeillée », une difficile marche de plus vers l’affirmation de son propre style et la renommée…

C’est en mai 1922, un mois après la dissolution de Dudouyt et Cie, que Charles s’associe avec Jean Lemée (industriel parisien) pour créer une société en nom collectif dans le commerce et la fabrication d’articles d’art en meubles : « L’Abeillée », dont le siège social est 33 rue Basse à Pontoise(6). Le local est très rapidement trop petit et l’atelier est transféré au 7 rue des Vinets (aujourd’hui c’est un parking situé derrière les lignes de chemins de fer) alors que le siège social est délocalisé route du Mail à Saint-Ouen l’Aumône. 

Portrait de Charles Dudouyt au travail sur sa planche à dessin. Source (janvier 2022): www.charlesdudouyt.com.

Rapidement les problèmes reviennent, l’entente entre les associés n’est pas des meilleures et la société est dissoute en août 1924(7). La liquidation est attribuée à Ch. Doudouyt qui rachète le fonds et devient plus libre en terme de création. L’Abeillée produit des meubles de style rustique, mettant en oeuvre des matériaux simples mais pas exempts d’originalité. Le style évolue et la « patte » Dudouyt commence à prendre forme.

Chaise Dudouyt, fabrication de l’atelier « L’abeillée » à Pontoise. Source (décembre 2021) : Google image vente aux enchères.
Face à main estampillé « L »‘Abeillée », fabrication de l’atelier de Pontoise. Collection et photographie: Dassé Fabrice 2022.

Septembre 1925 – L’Abeillée et Dudouyt défrayent la chronique avec l’affaire « Laffont »(8)

Raymond Laffont, extrait de l’Echo Pontoisien n°36 du 3 septembre 1925. Source (janvier 2022) : Archives Départementales du Val d’Oise.

Le mardi 1er septembre, M. Dudouyt s’inquiète de ne pas voir Raymond Laffont, son comptable, prendre son poste (route du Mail à Saint Ouen l’Aumône). La nature de son inquiétude change lorsque la femme du disparu appelle et signale la disparition de son mari dès la veille à midi. Un examen rapide des comptes montre que des traites marquées payées sur le registre sont toujours en possession des banques. Il semble donc que Raymond Laffont, 61 ans, habitant route de Conflans à Eragny qui travaille depuis 4 ans pour la maison Dudouyt, soit parti avec l’argent des traites qui s’élève à environ 16 000 francs. L’article de presse nous apprend aussi que M. Laffont est « un fervent de l’amélioration de la race chevaline et ne lui ménageait pas ses meilleurs encouragements » Ce qui est la façon poli de dire qu’il jouait aux courses de manière assidue.

Mais rebondissement quelques jours plus tard quand Le caissier Laffont se constitue prisonnier. Dimanche 6 septembre, vers 10h, Laffont arrive en taxi au parquet de Pontoise et demande à parler à M. Sée, procureur de la République. Il avoue avoir joué aux courses le 1er septembre et gagné une certaine somme qu’il a rejouée et perdue le lendemain. C’est en voyant son portrait dans les journaux qu’il a pris le train à la Gare de Lyon pour Pont-sur-Yonne. N’ayant pas l’esprit tranquille et pensant être reconnu, il est rentré en train à l’Isle-Adam avant de se rendre en taxi à Pontoise. On retrouve dans ses poches 3000 francs restant et une corde avec laquelle il avait envisagé de se pendre. En décembre 1925, après plaidoirie de Maître Carel, et pour abus de confiance, Laffont s’est vu infliger une année d’emprisonnement.

Il est ici question d’une somme importante pour l’époque qui a dû mettre, au moins momentanément, la société en difficulté. Il semble que sa femme Jeanne se soit impliqué un peu plus dans la comptabilité après cet épisode.

Chèque émis par l’Abeillée et signé par Jeanne Dudouyt. Coll. Dassé Fabrice.

Dudouyt s’implique dans la vie locale…

Comme de nombreux autres commerçants et industriels de Pontoise Charles Dudouyt s’implique dans la vie locale via des dons sous forme de lots pour diverses manifestations. On le trouve dans la liste des contributeurs aux dons en 1924 pour la coupe de l’Oise, courses sur l’Oise organisées par la Société Nautique de l’Oise (SNO)(9), ou encore dans celle d’une souscription départementale en vue de l’aménagement du Stade d’Auvers en 1932(10). Il aide aussi à la réalisation de projets culturels et notamment à la création du décor d’une pièce de théâtre « L’ami Fritz ». Représentation donnée par le comité des fêtes de bienfaisance à Saint-Ouen l’Aumône en 1930 et dont le décor est dû « à l’habileté de MM. P. Villeplé et Duflos et à l’amabilité de M. Dudouyt »(11)

La famille noue de nombreux liens d’amitié et est « sympathiquement connue à Pontoise » au point que L’Echo Pontoisien consacre un encart spécialement réservé au mariage de Rosine Dudouyt en septembre 1929, présidé par M. Décuty, maire et ami de la famille. Parmi les mots du maire de Pontoise se trouve une phrase qui résume et éclaire certains des évènements relatés ci-dessus : « Vous avez été élevée par des parents qui ne vous ont laissé rien ignorer des duretés de la vie. Vous avez assisté à la lutte courageuse qui a permis à votre père de défendre son talent et de conserver son originalité sans rien devoir à personne »(12)

Période Parisienne – La Gentilhommière…

Bien que depuis 1925 et l’affaire Laffont, rien ne semble venir contrarier les affaires de L’Abeillée, l’atelier fait faillite en 1931 et est repris par la Société Maillard et Cie(13). L’activité se poursuit jusqu’en 1933 où le fond de commerce est revendu par Charles Dudouyt qui habite alors 60 rue d’Hauteville à Paris(14). Il crée La Gentilhommière avec un atelier sur la Butte-aux-Cailles et un magasin d’exposition au 63-67 boulevard Raspail. Ce dernier déménagement coïncide avec une échelle de production plus importante et avec l’affirmation d’un style qui se détourne du classicisme français pour adopter des formes contemporaines plus épurées suivant les artistes créateurs du Bauhaus. Il y présente aussi des créations de Jean Besnard, Georges Jouve, Jean Desprès ou encore Alexandre Noll.

La seconde Guerre Mondiale et la prise de Paris par les Allemands ravivent les anciennes blessures de l’esprit de Charles qui s’enferme dans son bureau et travaille sans relâche sur la création de meubles et sur l’aménagement des espaces intérieurs. Son petit fils indique dans sa lettre qu’il héberge un résistant en cavale ainsi que plusieurs peintres dont André Foy (comme Charles, il travaillait pour Le Sourire) qui mourut de tuberculose. Les séquelles aux poumons contractées lors de la première Guerre Mondiale ont probablement accéléré l’action de cette même maladie qui l’emporta de façon foudroyante durant les vacances de Pâques 1946 à l’âge de 61 ans.

L’activité de La Gentilhommière est poursuivie par son fils Jacques jusqu’en 1960.

Pour conclure cet article, voici en fichier joint un article publié dans « Le décor d’aujourd’hui, Revue pratique de décoration, numéro 44 de 1948 » intitulé : « Hommage à l’Oeuvre de Dudouyt » qui orné de nombreuses illustrations, présentera mieux que je ne pourrais le faire, le travail de Charles Dudouyt…

Dassé Fabrice


(0). Source (février 2022) : www.charlesdudouyt.com

(1). Egalement appelé épanchement pleural, la pleurésie est définie par la présence de liquide entre les 2 feuillets de la plèvre (le feuillet viscéral qui recouvre le poumon et le feuillet pariétal qui recouvre la face interne de la cage thoracique). Source (février 2022) : www.chirurgie-lyon-mermoz.fr

(2).  Le progrès de Seine et Oise n°1264 du 22 juin 1918. Archives Départementales du Val d’Oise (ADVO).

(3). L’Echo Pontoisien n°43 du 25 octobre 1917. ADVO.

(4). Le progrès de Seine et Oise n°302 du 25 juin 1921. ADVO.

(5). L’Echo Pontoisien n°19 du 11 mai 1922. ADVO.

(6). L’Echo Pontoisien n°20 du 18 mai 1922. ADVO.

(7). L’Echo Pontoisien, n°32 du 7 août 1924. ADVO.

(8). Compilation des articles parus : L’Echo Pontoisien n°36 du 03/09/1925, La Tribune de Seine-et-Oise n°1639 du 05/09/925 et n°1640 du 12/09/1925, Le Progrès de Seine et Oise n°535 2e édition du 05/12/1925. ADVO.

(9). L’Echo Pontoisien n°28 du 10 juillet 1924. ADVO.

(10). La Tribune se Seine-et-Oise n°1991 édition de Pontoise du 4 juin 1932. ADVO.

(11). Le Progrès de Seine et Oise n°756 troisième édition du 1 mars 1930. ADVO.

(12). L’Echo Pontoisien n°37 du 12 septembre 1929. ADVO.

(13). L’Echo Pontoisien n°26 du 25 juin 1931. ADVO.

(14). Le progrès de Seine et Oise n°27 du 8/7/1933. ADVO.

1854-2019, Armurerie Leboeuf, une affaire de famille transmise de père en fils pendant 165 ans à… Pontoise

En décembre 2019 l’armurerie Leboeuf, véritable institution pontoisienne située au 8 rue de l’Hôtel de Ville, a pour la dernière fois baissé le rideau de sa boutique ouverte il y a presque 200 ans par Louis Duvivé. L’acquisition récente d’une cartouche de chasse estampillée Emile Leboeuf est pour moi l’occasion de revenir sur l’histoire des cinq générations d’armuriers de la famille qui se sont succédé dans ce même établissement durant les 165 dernières années.

Avant 1854…

Au plus loin que l’on puisse remonter, la famille est originaire de Blannay (Yonne, Bourgogne) à quelques kilomètres d’Arcy sur Cure. Si Philippe Leboeuf (1651-1729) en est le plus lointain membre connu, c’est trois générations plus tard, que son descendant, Jean Leboeuf, quitte l’Yonne pour s’installer à Maraye en Othe (Champagne Ardenne).  En 1825, naît son fils Augustin Leboeuf qui deviendra le premier arquebusier de la lignée. Quelques années plus tard, la famille s’installe à Paris et Jean Leboeuf, qui exerce le métier de terrassier, meurt en 1834. 

Entre 1845 et 1854 Augustin exerce une période d’apprentissage de 4 ans auprès d’Eugène Lefaucheux qui est l’un des meilleurs arquebusiers de France (inventeur de la cartouche à broche en 1854). 

Eugène Lefaucheux (1832-1892). Source : www.lefaucheux.net

1854 – Augustin Leboeuf (1825-1895) s’installe à Pontoise…

En 1854, Augustin Leboeuf reprend l’établissement d’arquebuserie de Louis Duvivé (originaire d’Aubigny et établit à Pontoise vers 1820) située au 6 rue Jean Jacques Rousseau qui est l’ancien nom de la rue de l’Hôtel de Ville. Il rédige alors un courrier à destination de la clientèle de Duvivé comme cela se faisait alors, afin d’annoncer le changement de propriétaire et de lui assurer que la qualité du service serait au rendez-vous. 

Modèle de lettre rédigé par Augustin Leboeuf pour annoncer la reprise de l’arquebuserie de Louis Duvivé, 1854, coll : Famille Leboeuf.

Augustin prête serment auprès des officiers du tribunal de Pontoise le 5 juin 1855 afin d’obtenir l’autorisation du préfet de Seine et Oise de s’établir en tant que débitant de poudres de chasses.

Copie de l’autorisation d’établissement d’Augustin Leboeuf avec, en marge, le serment auprès du tribunal, 1855, coll : Famille Leboeuf.

En 1863 il épouse Eugénie Monmirel (1838-1908), ils ont deux fils, Auguste Leboeuf, qui nait en 1864, et Charles en 1875 ainsi qu’une fille prénommée Eugénie en 1870.

Auguste Leboeuf (1864-1918), deuxième génération d’arquebusier de la famille…

Né en juin 1864, Auguste est un très bon élève qui « a reçu l’enseignement primaire dans les écoles Communales de la ville ». Il est lauréat au Concours Cantonal de Pontoise et a obtenu, toujours par concours, une bourse créée par le Conseil Général. Il entre comme boursier à l’Ecole Bertrand de Versailles (École professionnelle industrielle et commerciale de Versailles), école catholique qui ne lui convient pas car il interrompt ses études et participe en 1879, à l’âge de 15 ans seulement, au concours d’entrée de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons où il est admis avec le numéro 27 sur 100. Bien qu’Auguste n’ait pas fini son cycle de trois ans dans sa première école, le Conseil Municipal de Pontoise et Monsieur le Préfet de Seine et Oise, devant son excellent parcours scolaire, lui octroient, sans que la famille ne l’ai sollicitée, une demi-bourse pour continuer ses études (1). 

Certificat d’étude primaires d’Auguste Leboeuf qui a passé son examen en 1877 avec mention très bien. Coll. Famille Leboeuf.

Après avoir repris l’armurerie, Auguste se marie en 1894 avec Eugénie Estruc (1863-1931) qui se trouve être la nièce du peintre Camille Pissarro. Ils ont trois enfants, Suzanne (1895-1980), Georgette Augustine (1897-1979) et Emile Albert (1902-1966) qui sera le prochain à reprendre l’affaire. 

Lucien Pissarro (1863-1944) et Auguste Leboeuf : La Marseillaise des Commerçants…

pC’est en 1884 qu’un magasin Félix Potin, ouvert par Julien André au 7 rue de l’Hôtel de Ville, vient perturber le fonctionnement et l’économie des épiceries pontoisiennes. Dès 1886, appuyée par la maison mère de Paris, l’enseigne bien achalandée offre des prix bas, un service de livraison à domicile et un accueil de qualité avec pas moins de six commis employés (2). La concurrence faite aux épiciers du quartier est forte et une campagne malveillante visant ce nouvel arrivant prend un essor important. Auguste Leboeuf décide alors de dénoncer cette situation en écrivant un poème qui se chante sur l’air de la Marseillaise et illustré par Lucien Pissarro avec lequel il est ami depuis l’enfance. Le texte s’en prend particulièrement à deux épiciers pontoisiens devant être probablement les fers de lance de la campagne de dénigrement, Joseph Chanvret (1826-1907), épicier de la rue de Gisors et Léonard Demouchy (1834-1886) dont la boutique située 3 rue de l’Hôtel de Ville, est quasiment voisine de l’enseigne Félix Potin. 

L’implication du fils de Camille Pissarro aura sans doute permis la conservation de ce petit bout de l’histoire de Pontoise.

Arquebusier, commerçant, ingénieur et artisans d’art…

Carte postale : Devanture du début du XXe siècle de l’Armurerie avec Auguste Leboeuf dans l’encadrement de la porte. Coll. famille Leboeuf.

La fabrication d’une arme requiert une somme de connaissances importante en mécanique, métallurgie, en ébénisterie, en gravure sur bois et métal, et la maitrise des mathématiques, de la chimie et la balistique. 

Rabot permettant de dégrossir les pièces de bois utilisées pour les crosses de fusils. Coll. Famille Leboeuf.

Doseur du poudre pour charger les cartouches. coll. Famille Leboeuf.

Même si une grande partie du métier consiste à vendre, réparer, ajuster ou modifier des armes existantes, nous avons eu la chance d’avoir une production locale d’armes de chasse estampillée « Leboeuf-Pontoise » dont voici un des rares modèles qui a pu être préservé jusqu’à aujourd’hui :

Superbe fusil double canon juxtaposé, oeuvre d’Auguste, signé Leboeuf-Pontoise, agrandissez l’image pour observer les détails. Coll. Famille Leboeuf.
Détail du fusil, le chien de gauche (en haut) est tourné pour faciliter son armement avec le pouce de la main droite sans qu’elle ne quitte la poignée (partie plus mince de la crosse). Cela permet un armement plus fluide pour un tir plus rapide. On remarque aussi les ciselures sur la clef de bascule (qui permet de « casser » l’arme) et au niveau de la bande de visée.
Détail des ciselures réalisées à la main sur les platines.

La boutique proposait toutes sortes d’articles pour la chasse comme des couteaux, des cartouches et ce Miroir aux Alouettes, dont on voit un modèle (à droite) sur la carte postale de la devanture de l’armurerie.

Miroir aux Alouettes du même type que celui présent dans la vitrine de la carte postale (plus haut). L’appareil est planté dans le sol et on le fait tourner à l’aide d’une ficelle enroulée autour du manche. Les effets de lumière engendrés par les miroirs attirent les oiseaux pour qu’ils puissent être chassés. Coll. Famille Leboeuf.

Emile Albert Leboeuf (1902-1966), la troisième génération reprend le flambeau…

Emile est comme son père un excellent élève qui fait ses études à l’Ecole des Arts et Métiers de Lille où il entre en 1920 avec une bourse entière appuyée par le Conseil Municipal de Pontoise (3). Il se marie en 1929 à Paris avec Marie Pinatel (1907-1990) et aura 3 enfants dont Pierre Leboeuf né en 1941.

La carrière d’Emile sera écourtée par la Seconde Guerre Mondiale. En exode à Brive-La-Gaillarde durant un mois, la famille est informée que la boutique a été détruite par une bombe. Ils constatent à leur retour que ce n’est pas le cas mais l’armurerie a été pillée bien qu’une partie du stock ait été cachée avant leur départ. A la fin du conflit, la famille doit repartir de zéro et pour relancer le commerce, Marie dédie une partie de l’activité à la maroquinerie, aux parapluies et à la vente de parfums.

Affiche publicitaire pour la vente de cartouches fabriquées par Emile Leboeuf, 1962. Source : Archives Départementales du Val d’Oise, cote : 29J230.
Cartouche pour la chasse produite par Emile Leboeuf vers 1960 (neutralisée). Coll. Dassé Fabrice.

Pierre et Pascal Leboeuf, père et fils pour les quatrième et cinquième générations d’armurier de la famille à Pontoise…

Pierre et Elisabeth Leboeuf dans leur boutique du 8 rue de l’Hôtel de Ville, quelques jours avant la fermeture définitive de l’établissement. Photographie : Dassé Fabrice, 2019.

Pierre Leboeuf est diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, il reprend l’affaire en 1964 et se marie avec Elisabeth Lions en 1967. 

Le monde de l’armurerie est secoué par de nombreuses évolutions de la législation des armes et la pratique de la chasse décline peu à peu. Un article sur la famille Leboeuf, publié dans le magazine Vivre en Val d’Oise numéro 76 de novembre 2002, indique qu’entre 1997 et 2002 trois armuriers ont fermé et qu’il n’en reste plus que sept dans le département.

La boutique s’adapte et vend aussi des vêtements pour la chasse ou encore des produits d’auto défense. Le ball-trap connait aussi un certain engouement et la famille ouvre un centre en 1972 sur la commune de Théméricourt. Cette activité est gérée par Pascal Leboeuf qui a été champion de France junior, senior et a fait partie de la commission de skeet olympique(4).

Lien vers la page « BTC Pontoise » en cliquant sur l’image

La suite…

La famille Leboeuf maintient ses activités dans le ball-trap et Johan Leboeuf (petit-fils de Pierre Leboeuf) dont voici le palmarès (ci-dessous) est l’héritier de cette longue histoire familiale…

Lien vers la page « Browning Young Talent » en cliquant sur l’image.

Remerciements :

Merci à la famille Leboeuf qui a consacré du temps (en plein déménagement) pour répondre à mes questions, me présenter des objets liés au métier d’armurier appartenant à la famille et m’ouvrir leurs archives.

Dassé Fabrice


1. Archives Municipales de Pontoise : côte 1D32.

2. Les Pissarro, Une famille d’artistes au tournant des XIXe et XXe siècles, Musées de Pontoise, Editions du Valhermeil, 2015.

WARO Françoise : Tempête sur l’Epicerie, Mémoires de la Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d’Oise et du Vexin, tome XCIV, 2012, pp. 111-174.

3. Archives Municipales de Pontoise : cote 190 1D45.

4. Skeet : Tir sur pigeon/plateau d’argile.


Errata du 22/01/2021 :

La relecture d’une descendante de la famille Estruc a permis de corriger plusieurs erreurs :

. Le portrait peint par Pissarro n’était pas celui d’Eugénie mais celui de Félicie Vellay Estruc, il a donc été supprimé.

. La date dans la légende du certificat d’étude primaire d’Auguste Leboeuf a été corrigée : 1877 à la place de 1864 qui était sa date de naissance.

. Suzanne Leboeuf (1895-1980) n’était pas la fille d’Augustin mais celle D’Auguste Leboeuf.

Merci pour cette correction.

1910-1930 – La fanfare de quartier « Les Joyeux de la Gare » animée par des commerçants de Pontoise…

Au début de l’année 2020, René et Claude Wichegrod, descendants d’une célèbre lignée de chapeliers/chemisiers et d’élus pontoisiens, m’ont invité à découvrir leurs archives familiales. Lors de cette riche rencontre, nous avons parcouru tout un pan de l’histoire de Pontoise et des familles Wichegrod – Roulleau. J’ai été amené à reproduire de nombreux documents dont voici un très modeste premier aperçu.

Photographie de la Fanfare de quartier « Les Joyeux de la Gare » de Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

Cette photographie de la fanfare « Les Joyeux de la Gare » de Pontoise est intéressante à plusieurs titres :
– La prise de vue est estimée autour des années 1910-1930 et aucune des recherches entreprises sur cette formation musicale n’a porté ses fruits, elle n’a laissé que très peu de traces et cette photographie est pour le moment, l’unique document qui permet d’attester de son existence.
– M. René Wichegrod, né en 1932, a connu la plupart des personnes qui posent sur cette photographie et a pu mettre un nom, une profession et parfois une adresse sur vingt d’entre elles.
– Enfin, il s’avère qu’elle est essentiellement composée de commerçants installés dans les quartiers autour de la gare de Pontoise, en allant de la place du Pont jusqu’à celle du Parc aux Charrettes en passant par la rue Carnot et la rue Thiers.

Contexte général :

La musique militaire connaît ses premiers balbutiements à la fin du XV ème siècle, c’est l’ordonnance du 19 avril 1766 qui officialise les orchestres régimentaires de l’armée française (1). Avec l’instauration de la « conscription universelle et obligatoire (service militaire) » en 1798, de nombreux conscrits sont formés à la musique (2). C’est ainsi qu’au début du XX ème siècle, les 163 régiments d’infanterie de l’armée française sont dotés chacun d’une formation de musique de 40 personnes (puis 60 entre les deux Guerres Mondiales) (3). C’est dans ce contexte que des conscrits forment ou rejoignent des harmonies lors du retour à la vie civile et la présence d’instruments typiques des fanfares militaires sur ce cliché (grosse caisse, trombones, cors, serpents, etc…) appuie cette hypothèse. La presse de l’époque permet d’identifier deux autres fanfares d’Île de France basées sur la même thématique du rire et de la bonne humeur, les « Rigolos de la Chaussée Jules-César » de Franconville et l’ « Harmonie des Bons-Vivants » de Brunoy (Essonne) qui officiaient respectivement en 1933 et 1924.

Fanfare de Franconville, L’Echo Pontoisien, numéro 49 du 7 décembre 1933, Archives Départementales du Val d’Oise.

Harmonie du Brunoy « Harmonie des Bons Vivants », Le Progrès-de-Seine-et-Oise, numéro 471 édition de Raincy-Montmorency du 20 septembre 1924, Archives Départementales du Val d’Oise.

Identification des membres de la fanfare :

Les numéros d’ordre de la présentation suivante correspondent à ceux du visuel ci dessus, pour des raisons pratiques de rédaction, les personnes non identifiées sont regroupées en fin d’article…

 

(2). Edmont Clément Monti (né à Vissous le 21 avril 1880) est un entrepreneur de peinture installé 13 rue Thiers. On retrouve cette entreprise en 1959, dirigée par Claude Monti, au 5 place du Parc aux Charrettes.

 

 

(4). Eugène Rabourdin (décédé en 1954) gère le Café du Chemin de Fer « Chez Rabourdin » au 2 rue Thiers. L’établissement existe toujours aujourd’hui en tant que café et s’appelle Le Rail, il fait l’angle de la rue Thiers et de la rue Seré-Depoin.

 

 

 

Café du Chemin de Fer « Chez Rabourdin », extrait d’une carte postale, coll. Dassé Fabrice.

 

 

 

 

 

 

(5). M. Ternoz est représentant en charbons pour la Maison Bernot Frères situé 1 rue Thiers.

 

 

 

 

Maison Bernot Frères, 1 rue Thiers, marchand de charbons. Archives Municipales de Pontoise, cote : 4fi237.

(7). M. Robigault a repris la succession de la Maison Dieudonné au 5 rue Thiers. Ce commerce alimentaire vend beurre, œufs, fromages, volailles, gibiers et charcuteries.

 

 

 

Maison Dieudonné, Robigault successeur, 5 rue Thiers à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

 

(8). M. Godefroy est un photographe connu, il a réalisé de nombreuses prise de vues pour l’édition de cartes postales de l’éditeur Seyes. Il officie pendant un moment dans la rue Carnot (rue Seré-Depoin) avant de s’installer au 6 rue Thiers.

 

 

Publicité du photographe Godefroy éditée dans « Le Progrès-de-Seine-et-Oise », numéro 25 du 8 janvier 1913, Archives Départementales du Val d’Oise.

 

(10). Charles Isaac est un marchand de chevaux implanté 26 rue Carnot, actuellement rue Seré-Depoin.

 

 

 

 

Charles Isaac, marchand de Chevaux. Carte postale extrait de Paul Mathieu, Pontoise en 1900, page 62.

(11). M. Plé est marchand fruitier dont la boutique est 13 rue Thiers (Guide Annuaire Pontoisien, édition L’Echo Pontoisien, 1910).

 

 

 

(12). E. Rigault tient la Librairie de la Gare 28 rue Carnot (rue Seré-Depoin). Il édite de très nombreuses cartes postales sur Pontoise et le Vexin.

 

 

 

La Librairie de la Gare, tenue par E. Rigault imprimeur. Coll. Dassé Fabrice.

(14). A. Paillard est un boucher dont l’établissement est 12 Place du Pont (Guide Annuaire Pontoisien, édition L’Echo Pontoisien, 1910). Il prend la succession de M. Desvignes qui tenait encore cette boucherie en 1890.Cette boucherie apparaît aussi au numéro 10 de la même place sur certains documents.

 

Carte postale de la Place du Pont et coupon promotionnel de la boucherie Paillard à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

(15). M. Bligoux qui dirige l’Hôtel de la Gare au 1 Place de la Gare.

 

 

 

 

Carte postale (extrait), Hôtel de la Gare, 1 Place de la Gare à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

(16). M. Chiot est un architecte habitant au 24 rue Thiers (Guide-Annuaire du Canton de Pontoise, édition l’Echo Pontoisien, 1932) au dessus d’une boutique d’horlogerie.

 

 

 

(17). Jean Barde est un vendeur de vins en gros établi 82 rue Basse (rue Pierre Butin).

 

 

 

 

(18). J. Bléger est un épicier situé au 14 rue Thiers. Il vend en gros, demi-gros et au détail des vins et spiritueux, des couleurs et vernis, de la brosserie ou encore des verres à vitres.

 

 

 

(19). M. Langlois tient un garage Peugeot situé 11 rue Thiers. En plus de la location et de la réparation de véhicule on y trouve des vélos, des machines à coudre,  des motocyclettes ou encore des machines agricoles. En 1932, le garage Langlois est 87 rue Basse (Rue Pierre Butin).

 

 

Publicité publiée dans Le Progrès-de-Seine-et-Oise, numéro 25 du 8 janvier 1913, Archives Départementales du Val d’Oise.

(21). M. Victor Lechauguette est un marchand de porcs implanté au 48 rue Carnot (rue Seré-Depoin). Il est aussi un élu de la Mairie de Pontoise dont il sera conseiller municipal et adjoint au Maire entre 1912 et 1937.

 

 

(22). Abraham dit Albert Wichegrod est un chapelier situé au 18 de la rue Thiers. Il est le grand-père de René Wichegrod qui a identifié les personnes de cette photographie.

 

 

Chapellerie, chemiserie Wichegrod-Rosenthal, 18 rue Thiers, Archives Municipales de Pontoise, côte : 7Fi13385.

(23). M. Vincent est le gérant du Bazar de la Gare situé 3 rue Thiers.

 

 

 

 

Le Bazar de la Gare, 3 rue Thiers. Coll. Dassé Fabrice.

(24). M. Salomé, 15 rue Basse (rue Pierre Butin) est un huissier qui opère en  contentieux civil et commercial, représentation devant les tribunaux, recouvrement de toutes créances et en vente de fonds de commerce.

 

 

Pour finir, voici ceux pour qui il n’y a pas assez d’informations pour les identifier avec certitude :

Dassé Fabrice


1. Thierry Bouzard, Docteur en Histoire, site internet : De Musicae Militari, Les premiers orchestres militaires réglementaires.
2. Edmond Neukomm, Histoire de la musique militaire, Librairie Baudouin, Paris, 1889.
3. Wikipédia, rubrique « Musiques militaires » (consulté en mai 2020).

1908-1932, René Baillat, un aéronaute de Pontoise

René Baillat. Journal Le Progrès de Seine et Oise du 13 septembre 1924. Source : Archives Départementales du Val d’Oise.

M. Baillat est un pilote de ballon pontoisien qui est malheureusement tombé dans l’oubli. Entre 1908 et 1932, « l’ascension du Ballon » était pourtant une des attractions les plus populaires lors des foires et fêtes de septembre, de la Saint Gautier (en mai), mais aussi de certaines fêtes de quartier comme celle de la Gare du 10 au 17 juillet 1927.

Mise en place du ballon sur la place de l’Hôtel de Ville lors de la Fête de Septembre de 1908. Source : Archives de la Ville de Pontoise, côte : 7FI10493.

René Baillat aux comandes du ballon lors de la Fête de septembre de 1908. Source : Archives de la Ville de Pontoise, côte : 7FI10494.

L’entête du papier à lettre ci-dessous nous indique que les attractions foraines n’étaient pas sa seule activité. Outre les ascensions nocturnes et diurnes, on apprend qu’il réalisait des vues aériennes pour les cartes postales, et qu’il avait aussi le matériel pour décoller en mer ou encore pour des ballons-sondes.

Courrier à entête de la société de R. Baillat, 1927. Collection Dassé Fabrice.

Le métier d’aéronaute n’est pas sans danger et quelques accidents de R. Baillat ont eu les honneurs de la presse nationale :

Ainsi L’Eclaireur de Nice du 7 juillet 1925 publie un article qui sera repris par le journal Le Progrès de Seine et Oise* du 11 juillet 1925 :

Extrait du journal Le Progrès de Seine et Oise du 11 juillet 1925. Source : Archives Départementales du Val d’Oise.

Un autre accident moins spectaculaire mais avec des conséquences qui auraient pu être tout aussi graves est relaté dans l’Express du Midi du 22 août 1928 :

Extrait du journal L’Express du Midi du 22 août 1928.


* Le Progrès de Seine et Oise était un journal local imprimé à Pontoise par les Imprimeries Désableaux situées aux 63-65 rue Basse.

1941 – Lucien MICHARD, un grand champion du cyclisme de vitesse… à Pontoise

Lucien Michard, Agence de presse Meurisse. Bibliothèque Nationale de France, département estampes et photographies, EI-13(2866), Domaine public.

Lucien Michard (1903-1985) est certainement l’un des plus fameux sprinter français de l’histoire du cyclisme.
Sa carrière en amateur entre 1922 et 1924 est couronnée par de nombreux titres, dont deux de Champion du Monde et le plus fameux :
Champion Olympique de vitesse individuelle en 1924, à l’âge de 21 ans.
Son palmarès en professionnel est édifiant avec pas moins de huit titres de Champion de France de vitesse entre 1925 et 1935, quatre de Champion du Monde entre 1927 et 1930.
En 1931, un mauvais arbitrage lui fait perdre son titre mondial et il amorce un virage dans sa carrière. Il revient sur des courses nationales et établit pas moins de 7 records du monde de vitesse en solo ou en tandem entre 1931 et 1938.
La seconde Guerre Mondiale met un point final à sa carrière et sa biographie indique qu’il commence à vendre des bicyclettes fabriquées sous son nom et parraine une équipe professionnelle dès 1939 avec l’équipementier Hutchinson.

Quel rapport avec Pontoise ? me direz-vous…

Lucien Michard et sa femme devant la Boutique du 21 Place du Grand Martroy. Photographie de l’article. Coll. F. Dassé.

Il se trouve que le magazine Le Miroir des Sports (11 août 1941) consacre un article sur Lucien Michard et sa reconversion « forcée » en tant que bonnetier dans la boutique qu’il a achetée pour sa femme en avril 1939, peu avant la guerre. La boutique est située au 21 place du Grand Martroy (actuellement cave à vins et alcools : La Cave des Remparts). Il s’est installé à Pontoise car il y a de « bons amis » mais aussi pour ne pas trop s’éloigner de Paris avec l’espoir de reprendre la compétition. L’ambiance de la boutique devait être particulière car l’auteur indique qu’il y avait sur les murs et étagères de nombreux souvenirs de ses exploits sportifs.

Agencement de la vitrine de la boutique. Photographie de l’article. Coll. F. Dassé.
Lucien Michard en pleine vente de laine (Laines du Pingouin, Roubaix, marque créée en 1927). Photographie de l’article. Coll. F. Dassé.

Un article du journal L’Auto du 6 mai 1944 mentionne que Lucien habite encore à Pontoise. Il est probable qu’ils aient quitté la région à la fin de la guerre mais je n’ai pas trouvé de date précise.

Dassé Fabrice


Sources :

Le Miroir des Sports, nouvelle série n°19, lundi 11 août 1941, Raymond Huttier, Lucien Michard (qui fut le plus glorieux sprinter français) est établi bonnetier à Pontoise.

Lucien Michard : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Michard

Journal L’Auto : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4649693v/f2.image

Laines du Pingouin : https://fr.wikipedia.org/wiki/Laini%C3%A8re_de_Roubaix

Un sac à confiserie en papier de 100 ans – Pâtisserie, confiserie Ribot…

J’ai pu très récemment acquérir un sac papier qui a été conservé pendant une centaine d’années environ.

Pâtiserie Ribot, sac papier (12 x 18 cm), coll. Dassé F.

Celui-ci provient de la Pâtisserie confiserie Ribot qui était située au 25 Place du Grand Martroy.

Emplacement de la boutique, carte postale, coll. Dassé F.

Le pâtissier Louis Alphonse Ribot est né à Cormeilles-en-Vexin le 22 août 1854, s’est marié à Ableiges le 28 mars 1881 avec Alphonsine Elize Ventin et est décédé le 28 septembre 1927 à Pontoise*.
Un acte de 1884** mentionne que ce pâtissier de 29 ans demeure à Pontoise au 25 Place du Grand Martroy. On peut estimer que son commerce rencontre un certain succès car en 1896 M. Ribot possède, outre sa pâtisserie, une propriété rue Thiers ainsi qu’une autre rue Gambetta***.
Au cours des années 20, il cède son commerce à M. Goetz, lui aussi pâtissier…

Patisserie Goetz, situation. Carte postale, coll. Dassé F.


* Archives Municipales de Pontoise, côte 1E67 et 544W39.
** Archives Municipales de Pontoise, côte 1E271.
*** Archives Municipales de Pontoise, côte 1D38.

Les cachous de Pontoise…

Le saviez-vous ? Le guide-annuaire du Canton de Pontoise de 1932 mentionne un fabricant de cachous au 7 de la rue Lemercier où réside alors la famille Cornier.
Les « Etablissements du Lion » commercialisent leur produit sous deux marques au moins : Cachou à la menthe « Le Chinois » et  « Cachou du Lion ».

Boîte de cachous « Cachou à la menthe Le Chinois », coll. Dassé Fabrice.

Boîte de cachou « Cachou du Lion », coll. Dassé Fabrice.

Les informations sur cette entreprise sont rares. Il est toutefois probable que le produit ne soit pas fabriqué in-situ car un acte de mariage de 1930 * mentionne que Raoul Louis Jean-Baptiste Cornier est négociant et non pas fabricant.

Le commerce du cachou n’est pas la seule activité de la société. L’entête d’une facture du 8 septembre 1931 indique :
Importation, exportation de pierres à briquets ferro-cerium en vrac et en tubes verre ou étuis en buis.

Entête de facture de 1931 (les dates et noms ont été effacés), coll. Dassé Fabrice.

N’hésitez pas à fouiller dans vos tiroirs à débarras, peut-être s’y cache-t-il une ancienne boîte de cachous des Etablissements du Lion de Pontoise…


* Archives Municipales de Pontoise, cote registre : 544W31

Aux Classes Laborieuses, succursale de Pontoise…

A la fin du XIXe siècle, de grandes enseignes se sont développées en proposant aux classes populaires, par l’achat à crédit, une grande variété de biens de consommation.

Chromolithographie : réclame pour la succursale pontoisienne « Aux Classes Laborieuses ». Coll. Dassé F.

« Aux Classes Laborieuses », société anglaise dont le siège social français était situé 46-48 boulevard de Strasbourg (Paris X), est l’un de ces commerces qui proposait l’intégralité de son catalogue à crédit, à distance et en vente directe.
En plus de maintenir des prix au plus bas, le principe du crédit était très attractif. Le remboursement débutait le mois suivant l’achat et se réglait par acomptes mensuels ou hebdomadaires. La société permettait aussi, par le biais d’un abonnement, le dépôt de sommes par avance pour des achats ultérieurs. Ces versements par anticipation permettaient aussi d’attribuer, de manière proportionnée, les ventes à crédit qu’elle consentait.

Le catalogue était vraiment complet et proposait de quoi s’habiller pour toutes les occasions et tous les âges, d’équiper entièrement sa maison de la cave au grenier et d’acheter tout ce dont on avait besoin pour les loisirs.

On trouve la date de 1897 (lien 1 et 2) pour l’implantation de cette entreprise sur Paris, toutefois, possédant un catalogue mensuel (numéro 16) daté de 1894, j’ai un doute sérieux sur cette dernière. Bien que fonctionnant très bien, l’enseigne ne survivra pas à la Première Guerre Mondiale.

La nouvelle revue parisienne n°16 (15 sept. au 15 oct. 1894) : Journal des expositions et mises en vente des grands magasins de nouveautés « Aux Classes Laborieuses ». Coll. Dassé F.

La succursale de Pontoise était située au 8 rue Thiers et la réclame mentionne « Immeuble des Classes Laborieuses ». Je n’ai pas encore découvert de documents iconographiques ou d’informations sur son fonctionnement.