1906-1907 – Jouy le Comte, Champagne sur Oise, Auvers sur Oise, Pontoise, une croisière sur l’Oise au début du XXième siècle

A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, se développent de nombreuses sociétés sportives, humanitaires, historiques et scientifiques. C’est aussi à cette période que le canotage et les croisières privées font leur apparition avec dans leur sillage : les yacht clubs. L’Oise était alors l’une des destinations pour les propriétaires de bateau qui pouvaient faire escale dans chaque ville équipée d’un quai.
Edouard Van Halteren était l’un de ces yachtmen, Président du Bruxelles Royal Yacht Club de 1907 à 1934 et propriétaire d’un yacht à moteur baptisé Oyouki. C’est avec ce dernier qu’il a entrepris une croisière sur l’Oise avec sa famille en juillet 1906 ou 1907.

Edouard Van Halteren dessin de Maurice Pauwaert.

En 2015, les archives photographiques de la famille Van Halteren ont été divisées en lots et mis en vente aux enchères. Le lot qui a été acquis en Belgique comprend 19 photographies sur plaque de verre et les clichés forment un ensemble relativement homogène. Seule la photographie de l’Oyouki, amarré à Pontoise, semble anachronique. En effet, une couronne apparaît sur le guidon du Bruxelles Royal Yacht Club, alors qu’elle n’a été autorisée qu’en 1912*. Pour le reste aucune anomalie n’a été relevée, le Club bruxellois a été créé en avril 1906, à Auvers sur Oise, le buste de Daubigny a été inauguré en juin 1906, et à Pontoise les maisons accolées aux absidioles de l’église Saint Maclou n’ont été détruites qu’au début de 1908**.

Bonne déambulation au travers de cette série de photographies inédites…

Tous mes remerciements au Bruxelles Royal Yacht Club pour avoir promptement répondu à mes sollicitations et pour les documents fournis.


* Source : Janvier 2020, site Internet du Bruxelles Royal Yacht Club : https://bruxelles-royal-yacht-club.be/site/fr/membres/histoire-du-club.html

** Archives Municipales de Pontoise : cotes 1D43 (Dégagement de l’église Saint Maclou au moyen de l’acquisition et de la démolition de la maison Lebas) et 1D42 (Eglise Saint Maclou : restauration de la partie extérieure à laquelle était adossée la maison Lebas).

Guerre 14/18 : Un habitant de Pontoise, aérostier, fait prisonnier à Maubeuge le 8 septembre 1914…

C’est grâce à une carte postale, envoyée d’un camp de prisonnier en 1916, que j’ai pu identifier et retracer une petite partie de l’histoire d’un poilu aérostier, pontoisien d’adoption, qui a participé à la bataille de Maubeuge en 1914.

Hénault Roger (1890-1952). Camp de prisonnier de Friedrichsfeld (Allemagne), 1916.

Hénault Roger, né le 28 mars 1890 à Monts (Indre et Loire), est arrivé à Pontoise avec sa famille entre 1890 et 1905. Les archives municipales de Pontoise* permettent de la reconstituer en partie et elle se compose à minima de son père, Jules Emile Hénault (menuisier, 52 ans en 1905), de sa mère, Marie Louise Hélène Bertrand (ménagère, 44 ans en 1905), d’au  moins un frère, Maurice Emile Hénault (ébéniste, 25 ans en 1908) et deux soeurs, Renée (née en 1905 à Pontoise) et Hélène Armande Hénault (couturière, 26 ans en 1908 et née à Monts en Indre et Loire). La plupart de la famille habite alors au 30 rue de la Coutellerie et en 1916 son frère Emile loge au 10 rue Lemercier.

Le site de recherche généalogique Généanet, m’a permis de déterminer que Roger a survécu à son incarcération, qu’il est devenu représentant de commerce et est décédé en 1952 à Paris. D’autres frères et sœurs non cités ci-dessus apparaissent aussi.

Le point de départ de cette enquête est une carte postale adressée à Mme Bournisien, de la Pharmacie du même nom, située place de la Gare. Elle est expédiée le 13 janvier 1916 par Henault Roger, prisonnier au camp de Friédrichsfeld près de Wesel (Allemagne).

Carte postale envoyée par Hénault Roger, du camp de Fiedrichsfeld en janvier 1916, coll. Dassé Fabrice.

Transcription :

« Envoi de : Roger Hénault. n°m. 1404. Baraque 9a.
Camp de Friédrichsfeld. bei-Wesel.

Madame Bournisien, j’ai reçu la semaine dernière votre envoi qui m’est parvenu alors qu’un accès de fièvre me tenait alité. Merci pour vos bons souhaits. Je vous adresse bien tardivement les miens, mais j’espère que vous m’en excuserez. Je suis complètement rétabli. 1916 verra je l’espère notre retour. Vous priant de me rappeler au bon souvenir de monsieur Bournisien, recevez Madame l’expression de mes meilleurs sentiments.

signature (non déchiffré)

13/1.16
Mes amitiés à M M. Godefroy et Carré. »

Identification du prisonnier militaire :

Par chance, Roger Hénault a été recensé lors des visites de camps de prisonniers par la Croix Rouge (CIRC), et fait l’objet d’une fiche aujourd’hui consultable sur leur site internet. En plus de son lieu et sa date de naissance, elle indique qu’il est soldat, Sergent-Major de la 5ème Compagnie d’Aérostiers et qu’il a disparu le 7 septembre (1914) lors de la reddition de Maubeuge. Autre précision : sa famille la plus proche est représentée par Emile Hénault habitant 10 rue Lemercier à Pontoise.

Ces indications m’ont permis d’identifier le soldat parmi les prisonniers sur la carte, grâce à l’écusson de sa manche.

Fiche renseignement du CIRC (site de recherche en ligne du CIRC, 2019)

Contexte de sa capture :

De nombreux sites reprennent l’Histoire de la bataille de Maubeuge et de sa capitulation. Nous retiendrons pour l’essentiel que le système de fortification de la zone était très largement insuffisant et ce, malgré l’effort du Général Fournier (Gouverneur de Maubeuge), qui fait réaliser des travaux par 6 000 civils réquisitionnés ainsi que 25 000 territoriaux et réservistes. La ville tient 13 jours (du 27 août au 8 septembre 1914) dont 11 sous les bombardements intensifs de l’artillerie allemande.

Carte postale allemande représentant la bataille de Maubeuge. En haut à gauche la représentation du ballon « Drachen » allemand. Les français en on fait une copie (Ballon H de 800m3) qui est sortie en décembre 1914, soit près de 4 mois après cette bataille, coll. Dassé Fabrice.

La bataille de Maubeuge en quelques chiffres (coté français) :
– 46 000 prisonniers
– 3 000 blessés
– 1 300 soldats tués

Les aérostiers à Maubeuge :

L’histoire commence en 1794, avec l’envol du ballon d’observation « l’Entreprenant » sous les ordres du Capitaine Coutelle. En 1910, un centre aéronautique avec un hangar pour dirigeable s’implante à l’est de la ville au devant du bastion de Falize.

Implantation du Centre d’Aérostation militaire de Maubeuge et vue générale du site, coll. Dassé Fabrice.
Centre d’Aérostation militaire de Maubeuge. Le ballon sphérique dit « de siège » semblable à celui conçu par le colonel Charles Renard en 1884. Ce modèle reste très instable dès que le vent devient fort. Col. Dassé Fabrice.

En septembre 1914, les aérostiers encore présents détruisent le reste du matériel (la plus grosse partie ayant été transférée avant la bataille) avant d’être faits prisonniers par les Allemands. Ces derniers agrandiront le hangar pour accueillir des Zeppelins (jusqu’en mai 1916) qui bombarderont jusqu’aux capitales anglaise et française.

A la fin de la Première Guerre Mondiale, l’armée française se sert des infrastructures pour y stocker des chars, et le site sera démantelé par l’armée allemande lors de la Seconde Guerre Mondiale.


* Archives Municipale de Pontoise : côte 540W4 et 540W7.

** CIRC : Comité International de la Croix-Rouge.

1908-1932, René Baillat, un aéronaute de Pontoise

René Baillat. Journal Le Progrès de Seine et Oise du 13 septembre 1924. Source : Archives Départementales du Val d’Oise.

M. Baillat est un pilote de ballon pontoisien qui est malheureusement tombé dans l’oubli. Entre 1908 et 1932, « l’ascension du Ballon » était pourtant une des attractions les plus populaires lors des foires et fêtes de septembre, de la Saint Gautier (en mai), mais aussi de certaines fêtes de quartier comme celle de la Gare du 10 au 17 juillet 1927.

Mise en place du ballon sur la place de l’Hôtel de Ville lors de la Fête de Septembre de 1908. Source : Archives de la Ville de Pontoise, côte : 7FI10493.

René Baillat aux comandes du ballon lors de la Fête de septembre de 1908. Source : Archives de la Ville de Pontoise, côte : 7FI10494.

L’entête du papier à lettre ci-dessous nous indique que les attractions foraines n’étaient pas sa seule activité. Outre les ascensions nocturnes et diurnes, on apprend qu’il réalisait des vues aériennes pour les cartes postales, et qu’il avait aussi le matériel pour décoller en mer ou encore pour des ballons-sondes.

Courrier à entête de la société de R. Baillat, 1927. Collection Dassé Fabrice.

Le métier d’aéronaute n’est pas sans danger et quelques accidents de R. Baillat ont eu les honneurs de la presse nationale :

Ainsi L’Eclaireur de Nice du 7 juillet 1925 publie un article qui sera repris par le journal Le Progrès de Seine et Oise* du 11 juillet 1925 :

Extrait du journal Le Progrès de Seine et Oise du 11 juillet 1925. Source : Archives Départementales du Val d’Oise.

Un autre accident moins spectaculaire mais avec des conséquences qui auraient pu être tout aussi graves est relaté dans l’Express du Midi du 22 août 1928 :

Extrait du journal L’Express du Midi du 22 août 1928.


* Le Progrès de Seine et Oise était un journal local imprimé à Pontoise par les Imprimeries Désableaux situées aux 63-65 rue Basse.

Pharmacie, pharmacien et pharmacopée : 1729-1745 L’eau minérale de l’abbaye Notre Dame du Val utilisée à Pontoise

En feuilletant l’Inventaire des Archives de l’Hôtel-Dieu de Pontoise (1), édité en 1924 par la Société Historique et Archéologique de Pontoise, on peut lire ce texte à la page 135 :
« Quittances pour le service médical. Ordonnance (…) du docteur Donnet, pour le traitement de Madame Saint-Etienne, religieuse de l’Hôtel-Dieu (1729) :
Nouvelles eaux minérales de Passy (1743); eaux minérales de l’abbaye du Val (1745). Les médecins nommés sont MM. Gautrin, de Thomas et Boutin. »

L’utilisation des eaux de sources à des fins curatives était très courante jusqu’au début du XXe siècle. Aujourd’hui, le thermalisme en est le principal utilisateur.

Histoire et applications médicinales des eaux minérales :

Les eaux minérales sont exclusivement d’origine souterraine et peuvent être captées au niveau d’une source ou par forage. Leur utilisation est antérieure, pour ce que l’on en sait, à la plus Haute Antiquité. En Europe, Grecs et Romains ont participé activement à la diffusion de l’utilisation des eaux dans la médecine en se reposant sur des croyances locales déjà bien établies. Il reste aujourd’hui encore les vestiges de nombreuses structures thermales romaines souvent associés à des sources curatives ou miraculeuses. Elles sont généralement aménagées (pseudo-temples, oratoires, fontaines ou autres), beaucoup ont été christianisées et peuvent être connues pour soigner certaines maladies ou stimuler la fécondité. Même si nous savons aujourd’hui qu’il faut très fortement relativiser leur action thérapeutique, l’utilisation des sources suscite encore un certain engouement entretenu par un développement important des pseudo-médecines.

Pour comprendre dans quel cadre les médecins de l’époque utilisaient les eaux minérales, voici ce qu’écrivait M. Helvetius (2) (conseiller du roi, médecin et inspecteur Général des Hôpitaux de Flandres) dans son Ouvrage Traité des maladies les plus fréquentes et des remèdes propres à les guérir publié en 1727 :
« La multitude presque infinie de maux, qui attaquent la vie de l’Homme, a obligé les Médecins d’étudier, et d’épuiser, pour ainsi dire, les proprietez de tous les corps naturels, pour en tirer les remèdes, dont ils avoient besoin dans la curation des maladies. Non contents d’en emprunter des Animaux, des végétaux et des minéraux; ils en ont cherché jusques dans les eaux, qui leur ont paru contenir des qualitez médicinales. C’est principalement aux eaux minérales qu’ils ont eû recours, lorsqu’il s’est agi de guérir des maladies qui resistoient opiniâtrement aux autres remèdes, tant généraux, que particuliers. Telles sont les eaux qui tirant leur source de lieux, soit minéraux, soit métalliques, ou coulant par des terres de cette nature, se sont chargées des parties terrestres, salines et sulphureuses, que leur ont fournies, dans leurs cours, les veines de terre à travers lesquelles elles se sont filtrées.(…) Les Eaux Minérales en général, n’opèrent de bons effets, qu’autant qu’elles sont ordonnées et placées avec prudence : et qu’elles sont précédées, accompagnées et suivies des précautions et des régimes que nous allons marquer. »

D’après le Docteur O. Dubois (3) dans son livre, la Médecine Nouvelle pour 1910, les eaux minérales curatives se divisent, selon leur composition en quatre familles :
1- Les eaux sulfurées, utilisées contre la bronchite chronique, les catarrhes, la phthisie, l’hermétisme, les rhumatismes ou encore les maladies de peaux.
2- Les eaux alcalines, pour les affections du foie et de l’estomac, la goutte, le rhumatisme, etc…
3- Les eaux acidulées, en générale gazeuses, pour les maladies nerveuses, l’anémie, la chlorose et les maladies du foie et de l’estomac.
4- Les eaux salines dont les eaux purgatives, contre la constipation lorsque celle-ci dépend d’une inflammation de l’estomac, des intestins ou du foie.

L’auteur émet de fortes mises en garde sur l’utilisation des eaux minérales pour soigner en soulignant les effets contraires quasi systématiques que le remède a sur la maladie.

L’abbaye Notre Dame du Val (Mériel – Villiers Adam) et ses sources :

Mériel, abbaye Notre Dame du Val, vue extérieure, Photographie F. Dassé, 2012.

Mériel, abbaye Notre Dame du Val, vue intérieure, photographie F. Dassé, 2012.

Pour en revenir à notre ordonnance, parmi les nombreuses sources de l’abbaye, l’eau minérale citée doit probablement provenir de la source Bleue ou de la source Rousse. Une carrière toute proche recoupe les écoulements souterrains qui les alimentent et nous permet d’avoir un aperçu des différents minéraux qui composent ces « eaux curatives ».

Écoulement d’eau au ciel de la carrière. Les concrétions qui se forment malgré un débit important d’eau renseignent sur sa forte minéralisation. Photographie F. Dassé, 2008.

Coulées stalagmitiques sur les parois de la carrière. La teinte rouge de la calcite est dû à la présence d’oxyde ferrique, les petites coulées noires indiquent aussi la présence de manganèse. Photographie F. Dassé, 2008.

Une concrétion de ferrobactéries indique une forte teneur en fer dans le sol et l’eau. Photographie F. Dassé, 2006.

La source Bleue alimente le Rû du Vieux Moutier, qui permettait le fonctionnement du moulin de l’abbaye avant de se perdre dans deux étangs. Elle est aujourd’hui busée et fut exploitée entre 1935 et 1942 par M. Blanchet, qui la commercialisa sous forme d’eau gazeuse (4).

Rivière souterraine qui alimente la Source Bleue. Un des très rares Karst pénétrables d’Île de France. Photographie F. Dassé, 2006.

Le Rû du Vieux Mouthier s’écoulant dans la propriété de l’abbaye. Photographie Comité Départemental de Spéléologie du Val d’Oise (CDS95), 2006.

Etang alimenté par le Rû du Vieux Mouthier. Photographie Comité Départemental de Spéléologie du Val d’Oise (CDS95), 2006.

La source Rousse est connue depuis le Moyen Âge et le roi Charles V le Sage (1338-1380) y vient profiter des eaux ferrugineuses pendant trois jours en 1366 (5). Elle est aussi mentionnée vers 1700 dans  Mémoires des intendants sur l’état des généralités dressés pour l’instruction du duc de Bourgogne (6) : « Auprès du jardin de l’abbaye du Val-Notre-Dame, est une fontaine dont l’eau a une couleur rousse et un goût amer. Aux uns, elle paraît salée; aux autres, ferrugineuse. On n’en a point encore assez fait l’analyse pour se prononcer sur ses propriétés ».

La fontaine de la Source Rousse. Photographie Comité Départemental de Spéléologie du Val d’Oise (CDS95), 2006.

La fontaine de la Source Rousse. Photographie Comité Départemental de Spéléologie du Val d’Oise (CDS95), 2006.

L’Abbaye de Notre Dame du Val et Pontoise sont liées par bien d’autres aspects, mais ce sont d’autres histoires…

Dassé Fabrice


(1) – Rocquain Félix, Inventaire des archives de l’Hôtel-Dieu de Pontoise, dressé en 1858 et précédé d’une Introduction par M. Félix Rocquain, archiviste paléographe, membre de l’Institut, Publications de la Société Historique du Vexin, Bureaux de la Société Historique, 50 Rue Basse, Pontoise, 1924. 234 pages.

(2) – M. Helvetius, Traité des maladies les plus fréquentes et des remèdes propres à les guérir, 2 tomes, chez Lemercier, rue Saint Jacques, Paris, 1727. tome 1, pages 449 à 483.

(3) – O. Dubois, Docteur, La Médecine Nouvelle pour 1910, Traité Théorique et Pratique de médecine et de pharmacie usuelle, d’hygiène et de médecine légale, 64ème édition, Paris, 1910. page 590.

(4) – Archives Départementales du Val d’Oise (versement 1523W, article 29)

(5) – Bancel Pierre, Les sources du ru du Vieux Moutier, In Résonance et clarté, Revue de l’Association des Amis de l’Abbaye Notre Dame du Val, n°36, 2017, pp. 12-13.

(6) – Mémoires des intendants sur l’état des généralités dressés pour l’instruction du duc de Bourgogne , Tome 1. Mémoire de la généralité de Paris, publ. par A. M. de Boislile, Paris, 1881, p.695.

Pour élargir la recherche :

Eaux, sources et fontaines curatives, miraculeuses et à dévotion en Gironde…

Survivances : Les Sources païennes et les Pierres Pertuses christianisées du Morvan. Leurs vertus curatives. Leurs légendes. A. Desforges, Bulletin de la Société préhistorique française Année 1918 15-6 pp. 301-308

1941 – Lucien MICHARD, un grand champion du cyclisme de vitesse… à Pontoise

Lucien Michard, Agence de presse Meurisse. Bibliothèque Nationale de France, département estampes et photographies, EI-13(2866), Domaine public.

Lucien Michard (1903-1985) est certainement l’un des plus fameux sprinter français de l’histoire du cyclisme.
Sa carrière en amateur entre 1922 et 1924 est couronnée par de nombreux titres, dont deux de Champion du Monde et le plus fameux :
Champion Olympique de vitesse individuelle en 1924, à l’âge de 21 ans.
Son palmarès en professionnel est édifiant avec pas moins de huit titres de Champion de France de vitesse entre 1925 et 1935, quatre de Champion du Monde entre 1927 et 1930.
En 1931, un mauvais arbitrage lui fait perdre son titre mondial et il amorce un virage dans sa carrière. Il revient sur des courses nationales et établit pas moins de 7 records du monde de vitesse en solo ou en tandem entre 1931 et 1938.
La seconde Guerre Mondiale met un point final à sa carrière et sa biographie indique qu’il commence à vendre des bicyclettes fabriquées sous son nom et parraine une équipe professionnelle dès 1939 avec l’équipementier Hutchinson.

Quel rapport avec Pontoise ? me direz-vous…

Lucien Michard et sa femme devant la Boutique du 21 Place du Grand Martroy. Photographie de l’article. Coll. F. Dassé.

Il se trouve que le magazine Le Miroir des Sports (11 août 1941) consacre un article sur Lucien Michard et sa reconversion « forcée » en tant que bonnetier dans la boutique qu’il a achetée pour sa femme en avril 1939, peu avant la guerre. La boutique est située au 21 place du Grand Martroy (actuellement cave à vins et alcools : La Cave des Remparts). Il s’est installé à Pontoise car il y a de « bons amis » mais aussi pour ne pas trop s’éloigner de Paris avec l’espoir de reprendre la compétition. L’ambiance de la boutique devait être particulière car l’auteur indique qu’il y avait sur les murs et étagères de nombreux souvenirs de ses exploits sportifs.

Agencement de la vitrine de la boutique. Photographie de l’article. Coll. F. Dassé.

Lucien Michard en pleine vente de laine (Laines du Pingouin, Roubaix, marque créée en 1927). Photographie de l’article. Coll. F. Dassé.

Un article du journal L’Auto du 6 mai 1944 mentionne que Lucien habite encore à Pontoise. Il est probable qu’ils aient quitté la région à la fin de la guerre mais je n’ai pas trouvé de date précise.

Dassé Fabrice


Sources :

Le Miroir des Sports, nouvelle série n°19, lundi 11 août 1941, Raymond Huttier, Lucien Michard (qui fut le plus glorieux sprinter français) est établi bonnetier à Pontoise.

Lucien Michard : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Michard

Journal L’Auto : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4649693v/f2.image

Laines du Pingouin : https://fr.wikipedia.org/wiki/Laini%C3%A8re_de_Roubaix

1937 – Carrières, clochards, prostitution et crime aux Larris à Pontoise

Quatrième de couverture de la revue Détective du 31 mars 1938, coll. F. Dassé.

C’est le magazine Détective (31 mars 1938) qui relate les faits d’un drame qui s’est déroulé à l’emplacement de l’actuel parc des Larris, près des carrières.
Nous sommes à la fin du mois de septembre 1937, lorsque le patron du chaland La Merveille remonte un noyé près du pont Eiffel à Conflans Sainte-Honorine.
L’autopsie démontre que c’est un coup reçu à la tête qui est la véritable cause de son décès. Mais, l’identification du corps étant impossible, l’affaire est momentanément classée sans suite.

C’est près de six mois plus tard, que le témoignage d’un dragon nommé Nau amène le gendarme M. Dufeu (conseillé par l’adjudant Bourgoin) à enquêter auprès d’une communauté de sans domiciles fixes installée dans les carrières des Larris le long des berges de l’Oise.

De gauche à droite : Paul Hulin, dit Le Marquis de la Plaine, en pleine lecture et deux autres compagnons d’infortune dans leurs « chambres respectives », photographies de l’article.

C’est Hulin Paul, dit Le Marquis de la Plaine (ancien comptable, Clerc de Notaire et instituteur), clochard volontaire ayant rejeté « la civilisation », qui éclaircit l’affaire :

Accompagné de son ami Thirion, François Lecardonnel, dit le Grêlé, revient vers la carrière après avoir fêté le versement de ses pensions du travail et de mutilé de guerre (412 francs). Ces derniers décident de s’offrir les services de prostituées (Augustine et Alphonsine Bellargent) et François fait peu de mystères de sa fortune nouvelle. En ressortant de la carrière, ils rencontrent les deux proxénètes Gabriel Dupuis et Marcel Barreau (tout deux ouvriers agricoles). Ils entreprennent de délester François de son argent. Le corps du malheureux est jeté dans l’Oise et Thirion est menacé de mort s’il parle. En février 1938, Thirion sur son lit de mort confie toute l’histoire à Paul Hulin qui devient le témoin indirect de l’affaire et dénonce les comparses aux gendarmes.

Berge de l’Oise où a été jeté le corps de François Lecardonnel dit le Grêlé, photographie de l’article.

Au premier plan, Gabriel Dupuis, l’un des proxénètes assassins. En arrière plan, les enquêteurs, photographies de l’article.

Pour information, mis à part pour le dénommé Thirion*, je n’ai pas retrouvé la trace des protagonistes de l’affaire dans les archives en ligne de Pontoise.


Sources :
– Détective (magazine) du Jeudi 31 mars 1938, Hubert Bouchet : Le Marquis de la Plaine, photographies : Marcel Carrière.

* Thirion Joseph Ferdinand, vacher, né à Paris le 18 mai 1869, mort à Pontoise, nouveau chemin de Saint-Martin le 10 février 1938. Archives de Pontoise, côte : 588W3/59899.

Super 8 – Vivre à Cergy-Pontoise

Cergy-Pontoise est une communauté d’agglomération qui regroupe 13 communes dont Pontoise. Aujourd’hui les limites entre Pontoise et Cergy ne sont pas évidentes pour tous et certains habitants des quartiers des Larris ou de Marcouville arrivent à se sentir plus Cergyssois que Pontoisiens.

Créer une ville nouvelle est un véritable challenge. A la différence d’une ville d’origine antique ou médiévale qui évolue avec le temps et que l’on adapte au fur et à mesure des besoins, la ville nouvelle est pensée en amont et toutes les problématiques doivent être anticipées.
La ville se doit d’être attractive en terme d’aménagements urbains, d’implantations de services mais doit aussi fournir un tissus économique viable et en plein essor, source de travail pour les nouveaux habitants.
La ville nouvelle possède alors de nombreux atouts et notamment une forte accessibilité par route et transport en commun. De grands espaces verts entre les constructions permettent une aération entre les lieux d’habitation, de loisirs, de travail et de services, ce qui donne l’impression aux habitants d’être entre la ville et la campagne.
Cette conception n’a été effective qu’un temps relativement court et la ville aujourd’hui se densifie et se transforme en oubliant quelque peu la conception initiale.

Afin de vous présenter l’esprit d’origine de cette ville nouvelle, je vous propose un film de ma collection qui a été diffusé en Super 8. Je l’ai prêté au Centre de Documentation de l’Urbanisme de la Communauté d’Agglomération de Cergy-Pontoise qui l’a numérisé et diffusé lors de l’exposition au Pavillon de l’Arsenal intitulé « Cergy-Pontoise Formes et Fictions d’une Ville Nouvelle » en 2015.
Il y a quelques images de Pontoise dans le film, alors soyez attentifs et bonne séance…

Fabrice Dassé

Un sac à confiserie en papier de 100 ans – Pâtisserie, confiserie Ribot…

J’ai pu très récemment acquérir un sac papier qui a été conservé pendant une centaine d’années environ.

Pâtiserie Ribot, sac papier (12 x 18 cm), coll. Dassé F.

Celui-ci provient de la Pâtisserie confiserie Ribot qui était située au 25 Place du Grand Martroy.

Emplacement de la boutique, carte postale, coll. Dassé F.

Le pâtissier Louis Alphonse Ribot est né à Cormeilles-en-Vexin le 22 août 1854, s’est marié à Ableiges le 28 mars 1881 avec Alphonsine Elize Ventin et est décédé le 28 septembre 1927 à Pontoise*.
Un acte de 1884** mentionne que ce pâtissier de 29 ans demeure à Pontoise au 25 Place du Grand Martroy. On peut estimer que son commerce rencontre un certain succès car en 1896 M. Ribot possède, outre sa pâtisserie, une propriété rue Thiers ainsi qu’une autre rue Gambetta***.
Au cours des années 20, il cède son commerce à M. Goetz, lui aussi pâtissier…

Patisserie Goetz, situation. Carte postale, coll. Dassé F.


* Archives Municipales de Pontoise, côte 1E67 et 544W39.
** Archives Municipales de Pontoise, côte 1E271.
*** Archives Municipales de Pontoise, côte 1D38.

Les cachous de Pontoise…

Le saviez-vous ? Le guide-annuaire du Canton de Pontoise de 1932 mentionne un fabricant de cachous au 7 de la rue Lemercier où réside alors la famille Cornier.
Les « Etablissements du Lion » commercialisent leur produit sous deux marques au moins : Cachou à la menthe « Le Chinois » et  « Cachou du Lion ».

Boîte de cachous « Cachou à la menthe Le Chinois », coll. Dassé Fabrice.

Boîte de cachou « Cachou du Lion », coll. Dassé Fabrice.

Les informations sur cette entreprise sont rares. Il est toutefois probable que le produit ne soit pas fabriqué in-situ car un acte de mariage de 1930 * mentionne que Raoul Louis Jean-Baptiste Cornier est négociant et non pas fabricant.

Le commerce du cachou n’est pas la seule activité de la société. L’entête d’une facture du 8 septembre 1931 indique :
Importation, exportation de pierres à briquets ferro-cerium en vrac et en tubes verre ou étuis en buis.

Entête de facture de 1931 (les dates et noms ont été effacés), coll. Dassé Fabrice.

N’hésitez pas à fouiller dans vos tiroirs à débarras, peut-être s’y cache-t-il une ancienne boîte de cachous des Etablissements du Lion de Pontoise…


* Archives Municipales de Pontoise, cote registre : 544W31

Aux Classes Laborieuses, succursale de Pontoise…

A la fin du XIXe siècle, de grandes enseignes se sont développées en proposant aux classes populaires, par l’achat à crédit, une grande variété de biens de consommation.

Chromolithographie : réclame pour la succursale pontoisienne « Aux Classes Laborieuses ». Coll. Dassé F.

« Aux Classes Laborieuses », société anglaise dont le siège social français était situé 46-48 boulevard de Strasbourg (Paris X), est l’un de ces commerces qui proposait l’intégralité de son catalogue à crédit, à distance et en vente directe.
En plus de maintenir des prix au plus bas, le principe du crédit était très attractif. Le remboursement débutait le mois suivant l’achat et se réglait par acomptes mensuels ou hebdomadaires. La société permettait aussi, par le biais d’un abonnement, le dépôt de sommes par avance pour des achats ultérieurs. Ces versements par anticipation permettaient aussi d’attribuer, de manière proportionnée, les ventes à crédit qu’elle consentait.

Le catalogue était vraiment complet et proposait de quoi s’habiller pour toutes les occasions et tous les âges, d’équiper entièrement sa maison de la cave au grenier et d’acheter tout ce dont on avait besoin pour les loisirs.

On trouve la date de 1897 (lien 1 et 2) pour l’implantation de cette entreprise sur Paris, toutefois, possédant un catalogue mensuel (numéro 16) daté de 1894, j’ai un doute sérieux sur cette dernière. Bien que fonctionnant très bien, l’enseigne ne survivra pas à la Première Guerre Mondiale.

La nouvelle revue parisienne n°16 (15 sept. au 15 oct. 1894) : Journal des expositions et mises en vente des grands magasins de nouveautés « Aux Classes Laborieuses ». Coll. Dassé F.

La succursale de Pontoise était située au 8 rue Thiers et la réclame mentionne « Immeuble des Classes Laborieuses ». Je n’ai pas encore découvert de documents iconographiques ou d’informations sur son fonctionnement.