1850-1915 Jules Lebas, un architecte à l’âme d’artiste marque de son emprunte l’histoire de Pontoise …

L’acquisition récente de documents figurés issus des archives de la famille Lebas, m’invite aujourd’hui à rédiger un petit article de présentation de cette collection qui me semble être assez intéressante. Le lot, qui n’a pas encore été inventorié, se compose de quatre albums contenant environ 300 peintures, 300 cartes postales rehaussées de couleurs et presque 70 photographies dont la plupart est l‘oeuvre de Jules Lebas qui était, entre autre, architecte de la Ville de Pontoise. L’étude de cette ensemble iconographique va prendre énormément de temps et c’est pourquoi je vous présente ce petit article à chaud. 

La famille Lebas à Pontoise…

1850-1915, Jules Lebas, architecte et artiste…

Portrait de Jules Lebas en 1908, il a alors 82 ans. Photographie, coll. Dassé Fabrice.

Jules Lebas naît le 2 février 1826 à Arthies près de Magny-en-Vexin et ses études lui permettent de devenir voyer * du canton de Pontoise. Par la suite il devient architecte honoraire ** de l’arrondissement, de la ville (en succession de M. Volkers), des hospices civils de Pontoise mais aussi administrateur de la Caisse d’épargne (1). Son mariage avec Reine Ménétrier a lieu à Pontoise en 1850 et le couple habite Grande Rue (rue Alexandre Prachay) chez les parents de la mariée avant de déménager 23 rue Basse (aujourd’hui rue Pierre Butin). Jules Lebas est un architecte qui oeuvre dans la construction civile, on retrouve peu de traces de son travail. Le 26 juillet 1874 est inauguré le nouveau presbytère de Pierrelaye qui est bâti sur les dessins de M. Lebas (2), il existe aussi le caveau de la famille Arsène Michot, probablement le plus beau du cimetière de Pontoise et signé J. Lebas. Ses activités sont nombreuses et en plus d’être l’un des fondateurs de la Société Historique de Pontoise, il réalise de nombreuses peintures et dessins qui illustrent certains articles de cette même société savante. Six mois après sa femme, il décède à l’âge de 89 ans, le 3 septembre 1915, visiblement affecté par le décès de son petit fils, Lucien Bénard, mort pour la France.

* responsable de l’entretien et l’aménagement de la voirie.

** titre conféré par le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes après cessation d’activité de l’intéressé et qui compte au moins quinze années d’exercice.

Caveau d’Arsène Michot (1820-1870), régisseur du Théâtre Lyrique Impérial. Cimetière de Pontoise. Photographie Dassé Fabrice 2022.
Detail du caveau d’Arsène Michot, cimetière de Pontoise. Photographie Dassé Fabrice 2022.

1851-1942, Cécile Lebas…

Le 8 mai 1851, naît Cécile Lebas qui est l’aînée d’une fratrie de 3 enfants. Elle se marie en 1874 avec Gustave Bénard (1841-1909) qui est alors directeur de l’usine à gaz de Pontoise. Ils ont 4 enfants, Clémence (1875-1966), François (1879-1880), Lucien (1882-1915) et Louis (1885-1958).

Photographie de gauche (avec un flou de bougé) : Lucien et Louis Bénard. Photographie de droite : Lucien Bénard pose avec Pyranne (le chien de la famille). Photographies prises à Pontoise dans le jardin de la propriété située rue Basse (aujourd’hui rue Pierre Butin). Coll. Dassé Fabrice

Lucien et Louis Bénard : Deux poilus pontoisiens…

Lucien Bénard, Clerc d’avoué, est envoyé au front avec le grade d’adjudant au 2e corps d’armée. Il meurt au Champ d’Honneur le 17 juillet 1915, en défendant un barrage très violemment attaqué à la Tranchée de Calenne, au Bois Haut, situé aux Eparges (Meuse, 18 kilomètres de Verdun) (4).

Louis Bénard est lui aussi incorporé , il a le grade de sergent et fait l’objet en 1916 d’une citation à l’ordre de la division : « Agent de liaison auprès du chef de bataillon. Au front depuis le début de la campagne, a toujours assuré son service dans toutes les circonstances périlleuses avec un calme et un dévouement digne d’éloges. Dans la période du 4 au 8 septembre 1916 a remplacé à plusieurs reprises des camarades blessés, malgré le danger incessant qui l’environnait et en dehors de son tour régulier. » (3). Après la guerre, il devient architecte, dans la lignée de son grand père Jules et de son oncle Henri Lebas dont il reprend la succession. Il est architecte départemental de arrondissement de Pontoise et architecte expert auprès des tribunaux. En 1932, son cabinet est situé 1 rue Forêt Hardelot, et est associé avec M. Bader. Le cabinet signera plusieurs bâtiments public de Pontoise dont l’ancien « nouvel Hôpital de Pontoise ».

1853-1936, Henri Lebas…

Né le 18 février 1853, Henri Lebas est le fils qui marche sur les traces de Jules Lebas. Il fait ses études au Collège de Pontoise et suit les cours des Beaux-Arts dans l’atelier Pascal avant de travailler avec son père dont il prendra la suite en 1884, et ce, jusqu’en 1920. Il devient architecte de l’arrondissement et des Hospices civils, expert auprès des tribunaux il entre à la Société Historique en septembre 1882 et est membre de la Commission des Antiquités et des Arts pour laquelle il est inspecteur (5). 

1864-1943, Emile Lebas…

Emile Lebas naît le 25 août 1864 à Pontoise. Emile devient l’artiste de la famille et est l’élève de deux éminents sculpteurs de la deuxième moitié du XIXe siècle, Henri Chapu (1833-1891) et Louis Ernest Barrias (1841-1905) (6). Il installe son atelier à l’Hermitage dans le chalet familial situé Quai du Pothuis. 

Emile Lebas dans son atelier d’artiste aménagé dans le chalet familial situé Quai du Pothuis dans le quartier de l’Hermitage à Pontoise. Photographie, coll. Dassé Fabrice.
Chalet de la famille Lebas situé Quai du Pothuis dans le quartier de l’Hermitage à Pontoise.
Photographie, coll. Dassé Fabrice.

Il produit des sculptures et des céramiques dont des vases irisées (avec des reflets métalliques) et expose à Versailles, au Salon de Paris ainsi qu’à Pontoise. Dans la région nous lui connaissons la réalisation d’un buste représentant M. Colas, ancien principal du Collège de Pontoise, Le Baiser au Drapeau, hommage à ceux du collège de Pontoise, élèves et professeurs, morts pour la Patrie (visible dans l’entrée du Collège Chabanne) ainsi qu’un autre monument aux morts de la Grande Guerre, élevé par l’Abbé Tessier, et toujours placé à l’intérieur de l’Eglise d’Auvers-sur-Oise.

Carte postale. Archives Municipale de Pontoise, côte : 4Fi53.
Carte postale. Archives Municipales de Pontoise, côte : 4Fi2101.

En 1906, Emile Lebas se marie avec Geneviève Seyes (1884-1966) qui est la fille de notre célèbre libraire et éditeur pontoisien bien connu pour avoir inventé les lignes Seyès qui sont la base des feuilles à grands carreaux toujours utilisées dans toutes les écoles. Ils ont deux enfants Odette (1907-1997) et Michel (1910-2002) dont les albums de photographies et de peintures, que je présente dans cet article, leur ont été légués par leur grand père, Jules Lebas. 

Présentation rapide du fonds…

Comme précisé en introduction « le lot, qui n’a pas encore été inventorieé, se compose de quatre albums contenant environ 300 peintures, 300 cartes postales rehaussées de couleurs et presque 70 photographies ».

Le premier album est un recueil de photographies composé d’une majorité de clichés sur Pontoise avec en deuxième position Saint-Ouen-l’Aumône puis quelques unes sur des monuments de Livilliers, Cergy, etc… Beaucoup ont servi de modèles pour des peintures et il est probable que c’était la fonction de l’album plutôt que d’être un recueil de souvenirs classique.

Le deuxième album se présente comme une sorte de « carnet de voyage ». Les peintures sont réalisées directement sur les pages en carton conçues pour y coller des photographies.

Le troisième album contient un grand nombre de peintures collées sur ces pages. En première page, un texte manuscrit signé d’Emile Lebas daté de novembre 1915, indique que l’album est offert à son fils Michel, car son grand père Jules le lui destinait de son vivant.

Le quatrième et dernier album est un recueil de cartes postales rehaussées de couleurs. Il a été offert par Jules Lebas, en 1909, à sa petite fille Odette.

L’ensemble souffre de mauvaises conditions de conservation et l’humidité a fait son oeuvre. La plupart des photographies a perdu en contraste, le papier est cassant, a tendance à se désagréger et les peintures ont parfois fait des transferts de couleurs sur celles qui leur sont opposées. Il est donc temps de faire en sorte de préserver, pour le futur, cette collection comme un témoignage de la période charnière de la transition entre le XIXe et le XXe siècle. Les sujets sont essentiellement des paysages comprenant des bâtiments, monuments ou éléments architecturaux. Les oeuvres couvrent une aire géographique importante avec des peintures concernant plus de 60 communes dont un nombre important en Seine et Oise (Val d’Oise) et de l’Oise. L’intérêt artistique reste à déterminer mais on peut déjà indiquer que la palette de couleur est peu étendue avec une grande proportion de peintures monochromes (principalement noir, bleu et marron). Les représentations peuvent aussi être un peu « naïves ». Les albums ont un intérêt historique indéniable même si une grande quantité de peintures est réalisée à partir de photographies, de cartes postales ou de gravures.

Un petit aperçu du fonds …

Dassé Fabrice


1. Echo Pontoisien n°36 du 9 septembre 1915.

2. Echo Pontoisien n°33 du 13 août 1874.

3. Echo Pontoisien n°41 du 12 octobre 1916.

4. Echo Pontoisien n°37 du 16 septembre 1915 et Archives Municipales de Pontoise, actes de décès, cote 244W34, n°222.

5. Echo Pontoisien n°45 du 22 octobre 1936.

6. Le Progrès de Seine et Oise, n°1047 du Samedi 26 novembre 1904.

3 réponses sur “1850-1915 Jules Lebas, un architecte à l’âme d’artiste marque de son emprunte l’histoire de Pontoise …”

  1. Bonjour,
    Bravo et bon courage pour l’étude du fonds.
    Une question sur le chalet (il m’a toujours intriguée) : il semble aujourd’hui à l’abandon, est-il toujours la propriété de la famille ? Protégé ?

    1. Après quelques recherches, le chalet sur la photographie est aujourd’hui situé au 43 quai Eugène Turpin et est habité.
      Celui qui semble abandonné est quelques dizaines de mètres plus loin.
      Cordialement

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