1850-1915 Jules Lebas, un architecte à l’âme d’artiste marque de son emprunte l’histoire de Pontoise …

L’acquisition récente de documents figurés issus des archives de la famille Lebas, m’invite aujourd’hui à rédiger un petit article de présentation de cette collection qui me semble être assez intéressante. Le lot, qui n’a pas encore été inventorié, se compose de quatre albums contenant environ 300 peintures, 300 cartes postales rehaussées de couleurs et presque 70 photographies dont la plupart est l‘oeuvre de Jules Lebas qui était, entre autre, architecte de la Ville de Pontoise. L’étude de cette ensemble iconographique va prendre énormément de temps et c’est pourquoi je vous présente ce petit article à chaud. 

La famille Lebas à Pontoise…

1850-1915, Jules Lebas, architecte et artiste…

Portrait de Jules Lebas en 1908, il a alors 82 ans. Photographie, coll. Dassé Fabrice.

Jules Lebas naît le 2 février 1826 à Arthies près de Magny-en-Vexin et ses études lui permettent de devenir voyer * du canton de Pontoise. Par la suite il devient architecte honoraire ** de l’arrondissement, de la ville (en succession de M. Volkers), des hospices civils de Pontoise mais aussi administrateur de la Caisse d’épargne (1). Son mariage avec Reine Ménétrier a lieu à Pontoise en 1850 et le couple habite Grande Rue (rue Alexandre Prachay) chez les parents de la mariée avant de déménager 23 rue Basse (aujourd’hui rue Pierre Butin). Jules Lebas est un architecte qui oeuvre dans la construction civile, on retrouve peu de traces de son travail. Le 26 juillet 1874 est inauguré le nouveau presbytère de Pierrelaye qui est bâti sur les dessins de M. Lebas (2), il existe aussi le caveau de la famille Arsène Michot, probablement le plus beau du cimetière de Pontoise et signé J. Lebas. Ses activités sont nombreuses et en plus d’être l’un des fondateurs de la Société Historique de Pontoise, il réalise de nombreuses peintures et dessins qui illustrent certains articles de cette même société savante. Six mois après sa femme, il décède à l’âge de 89 ans, le 3 septembre 1915, visiblement affecté par le décès de son petit fils, Lucien Bénard, mort pour la France.

* responsable de l’entretien et l’aménagement de la voirie.

** titre conféré par le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes après cessation d’activité de l’intéressé et qui compte au moins quinze années d’exercice.

Caveau d’Arsène Michot (1820-1870), régisseur du Théâtre Lyrique Impérial. Cimetière de Pontoise. Photographie Dassé Fabrice 2022.
Detail du caveau d’Arsène Michot, cimetière de Pontoise. Photographie Dassé Fabrice 2022.

1851-1942, Cécile Lebas…

Le 8 mai 1851, naît Cécile Lebas qui est l’aînée d’une fratrie de 3 enfants. Elle se marie en 1874 avec Gustave Bénard (1841-1909) qui est alors directeur de l’usine à gaz de Pontoise. Ils ont 4 enfants, Clémence (1875-1966), François (1879-1880), Lucien (1882-1915) et Louis (1885-1958).

Photographie de gauche (avec un flou de bougé) : Lucien et Louis Bénard. Photographie de droite : Lucien Bénard pose avec Pyranne (le chien de la famille). Photographies prises à Pontoise dans le jardin de la propriété située rue Basse (aujourd’hui rue Pierre Butin). Coll. Dassé Fabrice

Lucien et Louis Bénard : Deux poilus pontoisiens…

Lucien Bénard, Clerc d’avoué, est envoyé au front avec le grade d’adjudant au 2e corps d’armée. Il meurt au Champ d’Honneur le 17 juillet 1915, en défendant un barrage très violemment attaqué à la Tranchée de Calenne, au Bois Haut, situé aux Eparges (Meuse, 18 kilomètres de Verdun) (4).

Louis Bénard est lui aussi incorporé , il a le grade de sergent et fait l’objet en 1916 d’une citation à l’ordre de la division : « Agent de liaison auprès du chef de bataillon. Au front depuis le début de la campagne, a toujours assuré son service dans toutes les circonstances périlleuses avec un calme et un dévouement digne d’éloges. Dans la période du 4 au 8 septembre 1916 a remplacé à plusieurs reprises des camarades blessés, malgré le danger incessant qui l’environnait et en dehors de son tour régulier. » (3). Après la guerre, il devient architecte, dans la lignée de son grand père Jules et de son oncle Henri Lebas dont il reprend la succession. Il est architecte départemental de arrondissement de Pontoise et architecte expert auprès des tribunaux. En 1932, son cabinet est situé 1 rue Forêt Hardelot, et est associé avec M. Bader. Le cabinet signera plusieurs bâtiments public de Pontoise dont l’ancien « nouvel Hôpital de Pontoise ».

1853-1936, Henri Lebas…

Né le 18 février 1853, Henri Lebas est le fils qui marche sur les traces de Jules Lebas. Il fait ses études au Collège de Pontoise et suit les cours des Beaux-Arts dans l’atelier Pascal avant de travailler avec son père dont il prendra la suite en 1884, et ce, jusqu’en 1920. Il devient architecte de l’arrondissement et des Hospices civils, expert auprès des tribunaux il entre à la Société Historique en septembre 1882 et est membre de la Commission des Antiquités et des Arts pour laquelle il est inspecteur (5). 

1864-1943, Emile Lebas…

Emile Lebas naît le 25 août 1864 à Pontoise. Emile devient l’artiste de la famille et est l’élève de deux éminents sculpteurs de la deuxième moitié du XIXe siècle, Henri Chapu (1833-1891) et Louis Ernest Barrias (1841-1905) (6). Il installe son atelier à l’Hermitage dans le chalet familial situé Quai du Pothuis. 

Emile Lebas dans son atelier d’artiste aménagé dans le chalet familial situé Quai du Pothuis dans le quartier de l’Hermitage à Pontoise. Photographie, coll. Dassé Fabrice.
Chalet de la famille Lebas situé Quai du Pothuis dans le quartier de l’Hermitage à Pontoise.
Photographie, coll. Dassé Fabrice.

Il produit des sculptures et des céramiques dont des vases irisées (avec des reflets métalliques) et expose à Versailles, au Salon de Paris ainsi qu’à Pontoise. Dans la région nous lui connaissons la réalisation d’un buste représentant M. Colas, ancien principal du Collège de Pontoise, Le Baiser au Drapeau, hommage à ceux du collège de Pontoise, élèves et professeurs, morts pour la Patrie (visible dans l’entrée du Collège Chabanne) ainsi qu’un autre monument aux morts de la Grande Guerre, élevé par l’Abbé Tessier, et toujours placé à l’intérieur de l’Eglise d’Auvers-sur-Oise.

Carte postale. Archives Municipale de Pontoise, côte : 4Fi53.
Carte postale. Archives Municipales de Pontoise, côte : 4Fi2101.

En 1906, Emile Lebas se marie avec Geneviève Seyes (1884-1966) qui est la fille de notre célèbre libraire et éditeur pontoisien bien connu pour avoir inventé les lignes Seyès qui sont la base des feuilles à grands carreaux toujours utilisées dans toutes les écoles. Ils ont deux enfants Odette (1907-1997) et Michel (1910-2002) dont les albums de photographies et de peintures, que je présente dans cet article, leur ont été légués par leur grand père, Jules Lebas. 

Présentation rapide du fonds…

Comme précisé en introduction « le lot, qui n’a pas encore été inventorieé, se compose de quatre albums contenant environ 300 peintures, 300 cartes postales rehaussées de couleurs et presque 70 photographies ».

Le premier album est un recueil de photographies composé d’une majorité de clichés sur Pontoise avec en deuxième position Saint-Ouen-l’Aumône puis quelques unes sur des monuments de Livilliers, Cergy, etc… Beaucoup ont servi de modèles pour des peintures et il est probable que c’était la fonction de l’album plutôt que d’être un recueil de souvenirs classique.

Le deuxième album se présente comme une sorte de « carnet de voyage ». Les peintures sont réalisées directement sur les pages en carton conçues pour y coller des photographies.

Le troisième album contient un grand nombre de peintures collées sur ces pages. En première page, un texte manuscrit signé d’Emile Lebas daté de novembre 1915, indique que l’album est offert à son fils Michel, car son grand père Jules le lui destinait de son vivant.

Le quatrième et dernier album est un recueil de cartes postales rehaussées de couleurs. Il a été offert par Jules Lebas, en 1909, à sa petite fille Odette.

L’ensemble souffre de mauvaises conditions de conservation et l’humidité a fait son oeuvre. La plupart des photographies a perdu en contraste, le papier est cassant, a tendance à se désagréger et les peintures ont parfois fait des transferts de couleurs sur celles qui leur sont opposées. Il est donc temps de faire en sorte de préserver, pour le futur, cette collection comme un témoignage de la période charnière de la transition entre le XIXe et le XXe siècle. Les sujets sont essentiellement des paysages comprenant des bâtiments, monuments ou éléments architecturaux. Les oeuvres couvrent une aire géographique importante avec des peintures concernant plus de 60 communes dont un nombre important en Seine et Oise (Val d’Oise) et de l’Oise. L’intérêt artistique reste à déterminer mais on peut déjà indiquer que la palette de couleur est peu étendue avec une grande proportion de peintures monochromes (principalement noir, bleu et marron). Les représentations peuvent aussi être un peu « naïves ». Les albums ont un intérêt historique indéniable même si une grande quantité de peintures est réalisée à partir de photographies, de cartes postales ou de gravures.

Un petit aperçu du fonds …

Dassé Fabrice


1. Echo Pontoisien n°36 du 9 septembre 1915.

2. Echo Pontoisien n°33 du 13 août 1874.

3. Echo Pontoisien n°41 du 12 octobre 1916.

4. Echo Pontoisien n°37 du 16 septembre 1915 et Archives Municipales de Pontoise, actes de décès, cote 244W34, n°222.

5. Echo Pontoisien n°45 du 22 octobre 1936.

6. Le Progrès de Seine et Oise, n°1047 du Samedi 26 novembre 1904.

1917-1933 – Charles Dudouyt, une figure majeure du design français lance son activité à Pontoise…

Portrait de Charles Dudouyt. Il est assis sur une chaise qu’il a dessinée en 1911 pour une illustration de « La Bigote » de Jules Renard aux Editions Fayard (voir dans la suite de l’article). Source (janvier 2022): www.charlesdudouyt.com.

Parmi les nombreux artistes qui ont oeuvré à Pontoise, Charles Dudouyt est certainement celui dont les Pontoisiens se souviennent le moins. Il est pourtant l’une des figures importantes du design français qui s’est démarqué du classicisme français par des lignes épurées et l’utilisation de matériaux simples. Si son travail est aujourd’hui plébiscité, que ses « oeuvres » sont recherchés et connaissent un véritable succès en salle des ventes, il a dû faire face à de nombreux obstacles ainsi qu’au manque d’estime des critiques pour faire vivre sa vision du design mobilier et de l’aménagement intérieur. 

Charles Dudouyt…

Charles naît le 27 mars 1885 à Paris, sa mère se nomme Gabrielle Fromage et son père Charles-Louis Dudouyt, qui est alors commissaire priseur.

Durant son enfance, il développe un certain goût pour l’art et se voit devenir Artiste Peintre. En 1901, il entre à l’Ecole Municipale Germain Pilon (12 rue Sainte Elisabeth à Paris) dans la section dessin et modelage appliqués à l’industrie pour une durée de trois ans. A la fin de ses études, ses professeurs lui reconnaissent un certain talent et il devient artiste peintre tout en travaillant parallèlement chez un antiquaire. En 1904, il rencontre celle qui deviendra sa femme et collaboratrice : Jeanne Haguenauer.

Conscrit de la Classe 1905, il effectue son service militaire entre 1906 et 1908. Il est alors affecté à la 23e section des Commis et Ouvriers Militaires d’Administration (C.O.M.A.) puis à la 24e en avril 1907. A son retour, il déménage de la rue de Montreuil à Vincennes pour le Boulevard du Port Royal à Paris. 

En 1909 naît Rosine Dudouyt, puis Geneviève en 1911 et enfin son fils Jacques en 1913. A cette époque la famille Dudouyt s’installe au Hameau de fin d’Oise à Conflans-Sainte-Honorine, leur demeure porte le nom évocateur de « Villa fin d’Oise ». Charles, pour faire vivre sa famille est illustrateur pour plusieurs revues (L’Assiette au beurre, Le Sourire, Le Rire, Tout Nouveau…), pour les éditions Fayard en 1911 (Poil de Carotte, Le Plaisir de Rompre, Le pain de Ménage, Monsieur Vernet et La Bigote de Jules Renard, illustrations de Fernand Maillaud et Charles Dudouyt) ainsi que pour la maison d’édition Calmann-Lévy ( La Guerre des Mondes de HG Wells, L’affaire Blaireau par Alphonse Allais, Les Beaux Dimanches par Henri Lavedan…). Son style est singulier avec des illustrations aux traits épais mêlant des lignes épurées à de nombreux détails (concernant notamment le mobilier et le décor des scènes).

Illustration originale de Charles Dudouyt pour « La Bigote » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. On remarque la chaise sur laquelle est assis Charles Dudouyt dans son portrait en tête de cet article. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « La Bigote » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. On remarque le soins apporté aux détail du mobilier. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « Poil de Carotte » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.
Illustration originale de Charles Dudouyt pour « Poil de Carotte » de Jules Renard » pour les Editions Fayard en 1911. Source (février 2022) : Lot mis en vente sur deux sites de ventes aux enchères en ligne.

1914-1918, Charles Dudouyt pendant la Grande Guerre…

Le 3 août 1914 , l’Allemagne déclare la Guerre à la France pour prévenir une éventuelle attaque conjointe avec la Russie avec qui elle était déjà en conflit depuis deux jours. Charles Dudouyt est incorporé le 12 septembre 1914 à la 22e section C.O.M.A. à Paris, est nommé caporal en janvier 1915 puis est détaché du corps en août de la même année et travaille en usine pour la maison Baron à Saint-Nicolas d’Aliermont (Seine Inférieure). Cette usine semble importante pour l’effort de Guerre et s’éloigne du Front pour s’installer à Paris entre 1915 et 1916. Charles qui y travaille toujours est de nouveau incorporé, mais cette fois-ci à la 24e section d’infirmiers militaires. Son dossier militaire ne contient pas d’information sur cette affectation mais une lettre biographique rédigée par son petit-fils(0) indique qu’il était mobilisé près d’Ypres (Belgique), là où furent testées des armes chimiques. Cette période a eu sur lui un fort impact psychologique. Au retour du front, en avril 1916, Charles est transféré dans le service auxiliaire pour pleurésie(1). En octobre 1916, il est  affecté à la Société d’éclairage électrique (rue Lecourbe à Paris), en novembre 1916, aux Ateliers de Constructions de Levallois-Peret puis en juin 1917, à l’usine Chotard (rue Petit à Paris). Il passe rapidement au 1er régiment de zouaves puis est incorporé dans la réserve de la 22e section d’infirmiers militaires qui le mettra en congé le 25 avril 1919. Il se retire alors à Pontoise, au 35 rue de Rouen, où il habite avec sa famille depuis environ 2 ans.

Période pontoisienne – De l’illustration à la création de mobilier, le lancement d’une nouvelle carrière parsemée de nombreuses embûches…

La guerre n’empêche pas Charles Dudouyt et sa femme Jeanne d’avancer dans leurs projets. Ils décident de se lancer dans la création de coussins et d’abats-jours ornés de broderies très à la mode à cette époque. Doudouyt travaille à l’usine militaire le jour et conçoit ses modèles la nuit (ce qui lui vaut un procès verbal en juin 1918 pour, dans le cadre de la défense passive, « ne pas avoir voilé ses lumières à minuit trente »(2)). Son petit-fils indique qu’il embauche un toupilleur pour tourner les pieds sur lesquels seront montés les abats-jour et une petite annonce publiée dans l’écho Pontoisien d’octobre 1917(3) mentionne : « On demande Brodeuses, s’adresser chez Mme Dudouyt, 35 rue de Rouen à Pontoise », ce qui atteste d’une activité déjà bien lancée dans la création d’objets décoratifs.

Leur travail est rapidement remarqué et en 1919 Charles Dudouyt fabrique les éléments de boiserie du « Bar Daunou » (non identifié) et travaille à l’aménagement des appartements de quelques célébrités dont celui de Mistinguett (1875, Enghien-les-Bains – 1956, Bougival) situé Boulevard des Capucines à Paris .

Portrait de Mistinguett, photographie de Paul Nadar. Source (2022) : Wikipédia.

En mai 1920, Dudouyt, fort de son succès naissant, s’associe avec Louis Pierre Eugène Duval (décorateur) pour créer une société en nom collectif ayant pour raison sociale : Dudouyt, Duval et Cie. La société a pour objet le commerce et la fabrication de tous articles d’art, en meubles, ameublement, tentures, abat-jour, etc…, le siège social est établi 33 rue Basse à Pontoise, et les deux associés apportent un capital identique de 7500 francs et le commanditaire 25000 francs. 

L’entreprise fait, par ailleurs, parler d’elle à la suite d’un accident relaté dans les colonnes de l’Echo Pontoisien en septembre 1920 :

Extrait de L’Echo Pontoisien n° 36 du 2 septembre 1920. Source (Janvier 2022) : Archives Départementales du Val d’Oise.

L’entente entre les associés est de courte durée et Duval cède ses parts à Charles en juin 1921(4), la société se transforme en commandite simple : Dudouyt et Cie. Elle sera dissoute en avril 1922(5) pour créer une nouvelle entité.

A Pontoise, création de l’atelier « L’Abeillée », une difficile marche de plus vers l’affirmation de son propre style et la renommée…

C’est en mai 1922, un mois après la dissolution de Dudouyt et Cie, que Charles s’associe avec Jean Lemée (industriel parisien) pour créer une société en nom collectif dans le commerce et la fabrication d’articles d’art en meubles : « L’Abeillée », dont le siège social est 33 rue Basse à Pontoise(6). Le local est très rapidement trop petit et l’atelier est transféré au 7 rue des Vinets (aujourd’hui c’est un parking situé derrière les lignes de chemins de fer) alors que le siège social est délocalisé route du Mail à Saint-Ouen l’Aumône. 

Portrait de Charles Dudouyt au travail sur sa planche à dessin. Source (janvier 2022): www.charlesdudouyt.com.

Rapidement les problèmes reviennent, l’entente entre les associés n’est pas des meilleures et la société est dissoute en août 1924(7). La liquidation est attribuée à Ch. Doudouyt qui rachète le fonds et devient plus libre en terme de création. L’Abeillée produit des meubles de style rustique, mettant en oeuvre des matériaux simples mais pas exempts d’originalité. Le style évolue et la « patte » Dudouyt commence à prendre forme.

Chaise Dudouyt, fabrication de l’atelier « L’abeillée » à Pontoise. Source (décembre 2021) : Google image vente aux enchères.
Face à main estampillé « L »‘Abeillée », fabrication de l’atelier de Pontoise. Collection et photographie: Dassé Fabrice 2022.

Septembre 1925 – L’Abeillée et Dudouyt défrayent la chronique avec l’affaire « Laffont »(8)

Raymond Laffont, extrait de l’Echo Pontoisien n°36 du 3 septembre 1925. Source (janvier 2022) : Archives Départementales du Val d’Oise.

Le mardi 1er septembre, M. Dudouyt s’inquiète de ne pas voir Raymond Laffont, son comptable, prendre son poste (route du Mail à Saint Ouen l’Aumône). La nature de son inquiétude change lorsque la femme du disparu appelle et signale la disparition de son mari dès la veille à midi. Un examen rapide des comptes montre que des traites marquées payées sur le registre sont toujours en possession des banques. Il semble donc que Raymond Laffont, 61 ans, habitant route de Conflans à Eragny qui travaille depuis 4 ans pour la maison Dudouyt, soit parti avec l’argent des traites qui s’élève à environ 16 000 francs. L’article de presse nous apprend aussi que M. Laffont est « un fervent de l’amélioration de la race chevaline et ne lui ménageait pas ses meilleurs encouragements » Ce qui est la façon poli de dire qu’il jouait aux courses de manière assidue.

Mais rebondissement quelques jours plus tard quand Le caissier Laffont se constitue prisonnier. Dimanche 6 septembre, vers 10h, Laffont arrive en taxi au parquet de Pontoise et demande à parler à M. Sée, procureur de la République. Il avoue avoir joué aux courses le 1er septembre et gagné une certaine somme qu’il a rejouée et perdue le lendemain. C’est en voyant son portrait dans les journaux qu’il a pris le train à la Gare de Lyon pour Pont-sur-Yonne. N’ayant pas l’esprit tranquille et pensant être reconnu, il est rentré en train à l’Isle-Adam avant de se rendre en taxi à Pontoise. On retrouve dans ses poches 3000 francs restant et une corde avec laquelle il avait envisagé de se pendre. En décembre 1925, après plaidoirie de Maître Carel, et pour abus de confiance, Laffont s’est vu infliger une année d’emprisonnement.

Il est ici question d’une somme importante pour l’époque qui a dû mettre, au moins momentanément, la société en difficulté. Il semble que sa femme Jeanne se soit impliqué un peu plus dans la comptabilité après cet épisode.

Chèque émis par l’Abeillée et signé par Jeanne Dudouyt. Coll. Dassé Fabrice.

Dudouyt s’implique dans la vie locale…

Comme de nombreux autres commerçants et industriels de Pontoise Charles Dudouyt s’implique dans la vie locale via des dons sous forme de lots pour diverses manifestations. On le trouve dans la liste des contributeurs aux dons en 1924 pour la coupe de l’Oise, courses sur l’Oise organisées par la Société Nautique de l’Oise (SNO)(9), ou encore dans celle d’une souscription départementale en vue de l’aménagement du Stade d’Auvers en 1932(10). Il aide aussi à la réalisation de projets culturels et notamment à la création du décor d’une pièce de théâtre « L’ami Fritz ». Représentation donnée par le comité des fêtes de bienfaisance à Saint-Ouen l’Aumône en 1930 et dont le décor est dû « à l’habileté de MM. P. Villeplé et Duflos et à l’amabilité de M. Dudouyt »(11)

La famille noue de nombreux liens d’amitié et est « sympathiquement connue à Pontoise » au point que L’Echo Pontoisien consacre un encart spécialement réservé au mariage de Rosine Dudouyt en septembre 1929, présidé par M. Décuty, maire et ami de la famille. Parmi les mots du maire de Pontoise se trouve une phrase qui résume et éclaire certains des évènements relatés ci-dessus : « Vous avez été élevée par des parents qui ne vous ont laissé rien ignorer des duretés de la vie. Vous avez assisté à la lutte courageuse qui a permis à votre père de défendre son talent et de conserver son originalité sans rien devoir à personne »(12)

Période Parisienne – La Gentilhommière…

Bien que depuis 1925 et l’affaire Laffont, rien ne semble venir contrarier les affaires de L’Abeillée, l’atelier fait faillite en 1931 et est repris par la Société Maillard et Cie(13). L’activité se poursuit jusqu’en 1933 où le fond de commerce est revendu par Charles Dudouyt qui habite alors 60 rue d’Hauteville à Paris(14). Il crée La Gentilhommière avec un atelier sur la Butte-aux-Cailles et un magasin d’exposition au 63-67 boulevard Raspail. Ce dernier déménagement coïncide avec une échelle de production plus importante et avec l’affirmation d’un style qui se détourne du classicisme français pour adopter des formes contemporaines plus épurées suivant les artistes créateurs du Bauhaus. Il y présente aussi des créations de Jean Besnard, Georges Jouve, Jean Desprès ou encore Alexandre Noll.

La seconde Guerre Mondiale et la prise de Paris par les Allemands ravivent les anciennes blessures de l’esprit de Charles qui s’enferme dans son bureau et travaille sans relâche sur la création de meubles et sur l’aménagement des espaces intérieurs. Son petit fils indique dans sa lettre qu’il héberge un résistant en cavale ainsi que plusieurs peintres dont André Foy (comme Charles, il travaillait pour Le Sourire) qui mourut de tuberculose. Les séquelles aux poumons contractées lors de la première Guerre Mondiale ont probablement accéléré l’action de cette même maladie qui l’emporta de façon foudroyante durant les vacances de Pâques 1946 à l’âge de 61 ans.

L’activité de La Gentilhommière est poursuivie par son fils Jacques jusqu’en 1960.

Pour conclure cet article, voici en fichier joint un article publié dans « Le décor d’aujourd’hui, Revue pratique de décoration, numéro 44 de 1948 » intitulé : « Hommage à l’Oeuvre de Dudouyt » qui orné de nombreuses illustrations, présentera mieux que je ne pourrais le faire, le travail de Charles Dudouyt…

Dassé Fabrice


(0). Source (février 2022) : www.charlesdudouyt.com

(1). Egalement appelé épanchement pleural, la pleurésie est définie par la présence de liquide entre les 2 feuillets de la plèvre (le feuillet viscéral qui recouvre le poumon et le feuillet pariétal qui recouvre la face interne de la cage thoracique). Source (février 2022) : www.chirurgie-lyon-mermoz.fr

(2).  Le progrès de Seine et Oise n°1264 du 22 juin 1918. Archives Départementales du Val d’Oise (ADVO).

(3). L’Echo Pontoisien n°43 du 25 octobre 1917. ADVO.

(4). Le progrès de Seine et Oise n°302 du 25 juin 1921. ADVO.

(5). L’Echo Pontoisien n°19 du 11 mai 1922. ADVO.

(6). L’Echo Pontoisien n°20 du 18 mai 1922. ADVO.

(7). L’Echo Pontoisien, n°32 du 7 août 1924. ADVO.

(8). Compilation des articles parus : L’Echo Pontoisien n°36 du 03/09/1925, La Tribune de Seine-et-Oise n°1639 du 05/09/925 et n°1640 du 12/09/1925, Le Progrès de Seine et Oise n°535 2e édition du 05/12/1925. ADVO.

(9). L’Echo Pontoisien n°28 du 10 juillet 1924. ADVO.

(10). La Tribune se Seine-et-Oise n°1991 édition de Pontoise du 4 juin 1932. ADVO.

(11). Le Progrès de Seine et Oise n°756 troisième édition du 1 mars 1930. ADVO.

(12). L’Echo Pontoisien n°37 du 12 septembre 1929. ADVO.

(13). L’Echo Pontoisien n°26 du 25 juin 1931. ADVO.

(14). Le progrès de Seine et Oise n°27 du 8/7/1933. ADVO.

1930-1940, Joseph Duperrier alias René Josphin, un auteur Pontoisien oublié…

C’est en mettant un peu d’ordre dans la section « Pontoise » de ma bibliothèque que j’ai exhumé un exemplaire de Pro Arte de 1935 (Revue littéraire sous la direction de Georges Finaud) dans laquelle est publiée une pièce de théâtre en un acte : « Le monde où l’on s’ignore » de René Josphin.

Joseph Duperrier alias René Josphin en 1935.

René Josphin est le nom d’artiste de Joseph Duperrier. Il est né à Chars (Seine et Oise) le 29 novembre 1902 et, avec sa mère, il habite à Pontoise au 34 Grande Rue (aujourd’hui rue Alexandre Prachay). Au début des années 30, il officie comme caissier à la Caisse d’Epargne de Pontoise (il est promu caissier général en 1935) et il se marie en juin 1936 avec Fernande Bertrand qui est employée au Trésor.

Alors que J. Duperrier réalise cette belle carrière dans le milieu bancaire, René Josphin, son double, perce dans le milieu littéraire et connait un certain succès. Après avoir débuté l’écriture à 17 ans avec le « Cénacle Lyrique » (association locale dont il semble être le fondateur, je n’ai rien trouvé sur ce sujet), il devient auteur dramatique, poète, journaliste (il écrit pour Le Progrès de Seine et Oise, une série d’articles intitulée : La pensée du terroir), il est aussi Secrétaire Général de la Fédération Littéraire de France, Membre de l’association Générale des Auteurs et a été directeur des Annales Lyriques.

Voici un article publié en février 1936 dans Le Progrès de Seine et Oise qui retrace une partie de son parcours :

Le Progrès de Seine et Oise, 8 février 1936. Source : Archives Départementales de Val d’Oise.

Sa pièce « Le monde où l’on s’ignore » est publiée dans la revue Pro Arte en 1935 et connaît une publication à part dans la Collection « Le Roman Vivant » au prix de 5 francs. Cette pièce est jouée à Pontoise le 21 novembre 1936, dans la salle des fêtes, lors de la fête annuelle de l’Union Amicale des Anciens Elèves de Pontoise.

Publié dans le programme de la 33e fête annuelle de ‘L’Union Amicale des Anciens Elèves qui a eu lieu les 21 et 22 novembre 1936 dans la Salle des Fête de Pontoise. Coll: Dassé Fabrice.

Nous perdons la trace de Joseph Duperrier après 1938, la guerre ayant probablement impacté sa vie. Il ne reste que très peu d’éléments concernant son travail et son histoire, la base de donnée de la Bibliothèque Nationale de France n’indique que deux références pour René Josphin.

Résultat de la recherche René Josphin sur la base de donnée de la BNF, décembre 2020.

En complément de cet article voici une liste non exhaustive de son oeuvre :

. La Carmina, pièce lyrique en 1 acte, René Josphin V. Attinger, 1923.

. La Première Nuit, 1 acte, musique de Roger Pénau (il aurait écrit une deuxième pièce en collaboration avec ce musicien connu de la région).

. L’Allumeuse, 3 actes, préface de Georges Finaud.

. Les Nouveaux Romanesque, 1 acte.

. Le Monde où l’on s’ignore, 1 acte Pro Arte en 1934 et 1935 (dans la revue du même nom).

. Auteur de « Les Vieux » ?

. Déshabillez-vous! …, Le Purgatoire de Bacchus, L’Absente,  en vente à Pontoise aux Imprimeries Désableaux et dans les librairies en 1938.

Pour finir je vous livre une copie de la pièce « Le Monde où l’on s’ignore » en fichier .pdf. Si je retrouve d’autres écrits de cet auteur je pourrai alors les intégrer à ce document pour tenter de réaliser un recueil de son oeuvre.

Dassé Fabrice

1910-1930 – La fanfare de quartier « Les Joyeux de la Gare » animée par des commerçants de Pontoise…

Au début de l’année 2020, René et Claude Wichegrod, descendants d’une célèbre lignée de chapeliers/chemisiers et d’élus pontoisiens, m’ont invité à découvrir leurs archives familiales. Lors de cette riche rencontre, nous avons parcouru tout un pan de l’histoire de Pontoise et des familles Wichegrod – Roulleau. J’ai été amené à reproduire de nombreux documents dont voici un très modeste premier aperçu.

Photographie de la Fanfare de quartier « Les Joyeux de la Gare » de Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

Cette photographie de la fanfare « Les Joyeux de la Gare » de Pontoise est intéressante à plusieurs titres :
– La prise de vue est estimée autour des années 1910-1930 et aucune des recherches entreprises sur cette formation musicale n’a porté ses fruits, elle n’a laissé que très peu de traces et cette photographie est pour le moment, l’unique document qui permet d’attester de son existence.
– M. René Wichegrod, né en 1932, a connu la plupart des personnes qui posent sur cette photographie et a pu mettre un nom, une profession et parfois une adresse sur vingt d’entre elles.
– Enfin, il s’avère qu’elle est essentiellement composée de commerçants installés dans les quartiers autour de la gare de Pontoise, en allant de la place du Pont jusqu’à celle du Parc aux Charrettes en passant par la rue Carnot et la rue Thiers.

Contexte général :

La musique militaire connaît ses premiers balbutiements à la fin du XV ème siècle, c’est l’ordonnance du 19 avril 1766 qui officialise les orchestres régimentaires de l’armée française (1). Avec l’instauration de la « conscription universelle et obligatoire (service militaire) » en 1798, de nombreux conscrits sont formés à la musique (2). C’est ainsi qu’au début du XX ème siècle, les 163 régiments d’infanterie de l’armée française sont dotés chacun d’une formation de musique de 40 personnes (puis 60 entre les deux Guerres Mondiales) (3). C’est dans ce contexte que des conscrits forment ou rejoignent des harmonies lors du retour à la vie civile et la présence d’instruments typiques des fanfares militaires sur ce cliché (grosse caisse, trombones, cors, serpents, etc…) appuie cette hypothèse. La presse de l’époque permet d’identifier deux autres fanfares d’Île de France basées sur la même thématique du rire et de la bonne humeur, les « Rigolos de la Chaussée Jules-César » de Franconville et l’ « Harmonie des Bons-Vivants » de Brunoy (Essonne) qui officiaient respectivement en 1933 et 1924.

Fanfare de Franconville, L’Echo Pontoisien, numéro 49 du 7 décembre 1933, Archives Départementales du Val d’Oise.

Harmonie du Brunoy « Harmonie des Bons Vivants », Le Progrès-de-Seine-et-Oise, numéro 471 édition de Raincy-Montmorency du 20 septembre 1924, Archives Départementales du Val d’Oise.

Identification des membres de la fanfare :

Les numéros d’ordre de la présentation suivante correspondent à ceux du visuel ci dessus, pour des raisons pratiques de rédaction, les personnes non identifiées sont regroupées en fin d’article…

 

(2). Edmont Clément Monti (né à Vissous le 21 avril 1880) est un entrepreneur de peinture installé 13 rue Thiers. On retrouve cette entreprise en 1959, dirigée par Claude Monti, au 5 place du Parc aux Charrettes.

 

 

(4). Eugène Rabourdin (décédé en 1954) gère le Café du Chemin de Fer « Chez Rabourdin » au 2 rue Thiers. L’établissement existe toujours aujourd’hui en tant que café et s’appelle Le Rail, il fait l’angle de la rue Thiers et de la rue Seré-Depoin.

 

 

 

Café du Chemin de Fer « Chez Rabourdin », extrait d’une carte postale, coll. Dassé Fabrice.

 

 

 

 

 

 

(5). M. Ternoz est représentant en charbons pour la Maison Bernot Frères situé 1 rue Thiers.

 

 

 

 

Maison Bernot Frères, 1 rue Thiers, marchand de charbons. Archives Municipales de Pontoise, cote : 4fi237.

(7). M. Robigault a repris la succession de la Maison Dieudonné au 5 rue Thiers. Ce commerce alimentaire vend beurre, œufs, fromages, volailles, gibiers et charcuteries.

 

 

 

Maison Dieudonné, Robigault successeur, 5 rue Thiers à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

 

(8). M. Godefroy est un photographe connu, il a réalisé de nombreuses prise de vues pour l’édition de cartes postales de l’éditeur Seyes. Il officie pendant un moment dans la rue Carnot (rue Seré-Depoin) avant de s’installer au 6 rue Thiers.

 

 

Publicité du photographe Godefroy éditée dans « Le Progrès-de-Seine-et-Oise », numéro 25 du 8 janvier 1913, Archives Départementales du Val d’Oise.

 

(10). Charles Isaac est un marchand de chevaux implanté 26 rue Carnot, actuellement rue Seré-Depoin.

 

 

 

 

Charles Isaac, marchand de Chevaux. Carte postale extrait de Paul Mathieu, Pontoise en 1900, page 62.

(11). M. Plé est marchand fruitier dont la boutique est 13 rue Thiers (Guide Annuaire Pontoisien, édition L’Echo Pontoisien, 1910).

 

 

 

(12). E. Rigault tient la Librairie de la Gare 28 rue Carnot (rue Seré-Depoin). Il édite de très nombreuses cartes postales sur Pontoise et le Vexin.

 

 

 

La Librairie de la Gare, tenue par E. Rigault imprimeur. Coll. Dassé Fabrice.

(14). A. Paillard est un boucher dont l’établissement est 12 Place du Pont (Guide Annuaire Pontoisien, édition L’Echo Pontoisien, 1910). Il prend la succession de M. Desvignes qui tenait encore cette boucherie en 1890.Cette boucherie apparaît aussi au numéro 10 de la même place sur certains documents.

 

Carte postale de la Place du Pont et coupon promotionnel de la boucherie Paillard à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

(15). M. Bligoux qui dirige l’Hôtel de la Gare au 1 Place de la Gare.

 

 

 

 

Carte postale (extrait), Hôtel de la Gare, 1 Place de la Gare à Pontoise. Coll. Dassé Fabrice.

(16). M. Chiot est un architecte habitant au 24 rue Thiers (Guide-Annuaire du Canton de Pontoise, édition l’Echo Pontoisien, 1932) au dessus d’une boutique d’horlogerie.

 

 

 

(17). Jean Barde est un vendeur de vins en gros établi 82 rue Basse (rue Pierre Butin).

 

 

 

 

(18). J. Bléger est un épicier situé au 14 rue Thiers. Il vend en gros, demi-gros et au détail des vins et spiritueux, des couleurs et vernis, de la brosserie ou encore des verres à vitres.

 

 

 

(19). M. Langlois tient un garage Peugeot situé 11 rue Thiers. En plus de la location et de la réparation de véhicule on y trouve des vélos, des machines à coudre,  des motocyclettes ou encore des machines agricoles. En 1932, le garage Langlois est 87 rue Basse (Rue Pierre Butin).

 

 

Publicité publiée dans Le Progrès-de-Seine-et-Oise, numéro 25 du 8 janvier 1913, Archives Départementales du Val d’Oise.

(21). M. Victor Lechauguette est un marchand de porcs implanté au 48 rue Carnot (rue Seré-Depoin). Il est aussi un élu de la Mairie de Pontoise dont il sera conseiller municipal et adjoint au Maire entre 1912 et 1937.

 

 

(22). Abraham dit Albert Wichegrod est un chapelier situé au 18 de la rue Thiers. Il est le grand-père de René Wichegrod qui a identifié les personnes de cette photographie.

 

 

Chapellerie, chemiserie Wichegrod-Rosenthal, 18 rue Thiers, Archives Municipales de Pontoise, côte : 7Fi13385.

(23). M. Vincent est le gérant du Bazar de la Gare situé 3 rue Thiers.

 

 

 

 

Le Bazar de la Gare, 3 rue Thiers. Coll. Dassé Fabrice.

(24). M. Salomé, 15 rue Basse (rue Pierre Butin) est un huissier qui opère en  contentieux civil et commercial, représentation devant les tribunaux, recouvrement de toutes créances et en vente de fonds de commerce.

 

 

Pour finir, voici ceux pour qui il n’y a pas assez d’informations pour les identifier avec certitude :

Dassé Fabrice


1. Thierry Bouzard, Docteur en Histoire, site internet : De Musicae Militari, Les premiers orchestres militaires réglementaires.
2. Edmond Neukomm, Histoire de la musique militaire, Librairie Baudouin, Paris, 1889.
3. Wikipédia, rubrique « Musiques militaires » (consulté en mai 2020).

1870 – Une gravure de Pontoise « inédite » sur le conflit Franco-Prussien…

Le magasin de l’armée et les ponts détruits à Pontoise près de Paris, 1870-1871. D’après un dessin de U. Beck. Coll. Dassé Fabrice.

La guerre Franco-Prussienne à Pontoise en quelques dates * :

Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse et très rapidement, à compter du 2 août 1870, l’armée française sous le commandement de Napoléon III, connait ses premières défaites.
Dès le 9 septembre 1870, l’armée prussienne occupe une grande partie du Vexin et avance vers Pontoise. Le 14 septembre 1870, une arche du pont routier est détruite par le génie français pour protéger la retraite des troupes, qui ont quitté les lieux la veille. Le 18 septembre**, les soldats du Duc de Meklembourg installent un pont provisoire sur un rang de bateaux.

Carte postale, édition de la Société Lumière à Lyon. Pont provisoire installé le 17 septembre 1870. Photographie originale de M. Sagnier le 20 septembre 1870. Coll. Dassé Fabrice.

Ils quitteront la ville le 20 septembre juste après la signature de la capitulation de Pontoise signée le 18 septembre par M. Séré Depoin, alors maire de la ville. La cité est occupée par le 80ème régiment d’infanterie Poméranien. Les 6400 habitants, contre une indemnité journalière d’un franc, accueilleront en permanence entre 700 et 800 militaires prussiens durant tout le conflit.

En plus des 650 hommes de la garnison permanente du 5ème régiment de la Landwehr, près de 4000 hommes de troupe (uhlans, 27ème régiment de ligne d’artilleurs pontonniers, 96ème régiment de ligne) et 9000 chevaux passeront à Pontoise entre le 20 septembre et le 6 décembre.
Le 4 décembre 1870, le Couvent de la Compassion, établissement de jeunes filles, est transformé en Hôpital de la Croix rouge par les troupes d’occupation prussiennes et bavaroises (cf. 1914 – L’Association des Dames Françaises – Le comité de Pontoise organise un bal).

La gravure :

Cette gravure parue le 1er avril 1871 dans la revue « Illustrierte Zeitung N° 1448» (Journal Illustré N°1448) est contemporaine des évènements qu’elle représente. Elle fait 34,7 x 23,5 centimètres et est accompagnée d’un texte sur deux colonnes dont nous vous proposons une traduction ci-après. Les différents éléments qui composent cette œuvre ne comportent aucune approximation et montrent que le dessinateur était bien sur place lorsqu’il l’a croquée.
Nous retrouvons ainsi le pont routier qui est partiellement remis en fonction…

Pont routier avec sa réparation provisoire, extrait de la gravure.
Photographie recadrée (format original : 17 x 11cm). Pont routier, quartier du Pothuis, 1870, collections du Musée Tavet, Archives Municipale de Pontoise, cote : 7Fi11176.

Le pont de chemin de fer encore détruit avec, visible sur la gravure complète, les grues qui dégagent les décombres…

Pont de chemin de fer détruit, extrait de la gravure.
Photographie recadrée (format original : 31 x 23cm), Auteur : M. Sagnier. Le pont du chemin de fer sur l’Oise détruit, 1870, Archives Municipale de Pontoise, cote : 7Fi130.

mais aussi le bâtiment de l’octroi du quai Bûcherel ou encore le toit de l’Hôtel Dieu.

Proposition d’une traduction du texte d’accompagnement :

Le texte qui accompagne la gravure est, par delà « le ton arrogant » du vainqueur, un témoignage très intéressant de la vision prussienne sur ce conflit. Il semble que Pontoise était l’une des véritables clefs de voûte de l’organisation du ravitaillement dans ce secteur et l’auteur s’en sert comme propagande d’une organisation sans faille des armées prussiennes :

« Le magasin de l’armée à Pontoise

A Pontoise, le chef-lieu de l’arrondissement du département de Seine-et-Oise, se trouvait pendant le siège de Paris le magasin, dans lequel étaient entreposées pour le 4ème corps d’armée des provisions de toute sorte. Pontoise est une bonne ville commerçante de 6000 habitants, située à la confluence de la Viosne et de l’Oise, équipée d’une gare ferroviaire. On y pratique aussi le commerce du bétail et de la farine de manière florissante, si bien que cet endroit convenait parfaitement sur plusieurs plans à une base arrière pour les provisions de l’armée. Lorsque le 4ème corps était parti vers Chartres lors des premiers temps de l’armistice, Pontoise était devenue le cellier de l’armée de la Meuse et ainsi le point central d’une activité encore plus animée qu’autrefois. Des trains entiers de véhicules empruntaient le chemin vers la place sur le quai, où se trouve le bâtiment utilisé par les troupes comme magasin. Là arrivaient de plus ou moins loin les charrettes avec le fourrage réquisitionné, de l’autre côté les voitures étaient chargées, elles menaient chaque corps de troupes de cette grande place de rassemblement au besoin le plus urgent. Ainsi il manquait rarement de vie et de mouvement à Pontoise pendant cette période d’armistice, pourtant l’ordre systématique n’était pas méconnu, cet ordre qui se met en place dans toutes les branches de l’ensemble de l’organisation de l’armée allemande.
C’est justement dans la région de ravitaillement des troupes que, lors de la dernière guerre, de véritables choses exceptionnelles ont été accomplies. On ne réalise pas ce que cela implique de satisfaire quotidiennement les besoins de toute sorte d’une si grande armée ! Une source bien informée fait l’inventaire de la quantité moyenne de nourriture et de provisions de toute sorte dont un seul corps d’armée a besoin jour après jour pour son séjour, et ce : 18 000 pains de 3 livres, 120 quintaux de riz ou d’orge perlé, 70 bœufs ou 120 quintaux de lard, 18 quintaux de sel (1800 livres ou 54 000 Loth [ancienne unité de mesure : ca. 1 livre = 30 Loth]), 30 quintaux de café, 120 quintaux d’avoine, 300 quintaux de foin, 3500 litres de spiritueux et pour chaque litre un Loth d’extrait d’orange amère ou d’acore odorant. A ces postes s’ajoutent encore pour 10 jours 60 quintaux de tabac, 1 100 000 cigares d’équipe et 50 000 cigares d’officier. L’armée de la Meuse comprenait jusqu’au départ du 4ème corps trois corps d’armée, excepté celui cité précédemment, il y avait la garde et les Saxons. La division wurtembergeoise était aussi finalement sous le haut commandement de l’armée de la Meuse, si bien que, uniquement pour la consommation de celle-ci, il fallait se procurer des quantités quotidiennes citées ci-dessus mais multipliées par trois voire quatre. Et on a réussi à s’en procurer ; le ravitaillement de nos troupes stationnées avant Paris a été continuellement abondant, sinon elles n’auraient pas pu supporter aussi bien les souffrances de la campagne militaire d’hiver. Les Parisiens s’étonnèrent plutôt de la mine moyennement florissante des équipes allemandes, comme ils avaient l’habitude de le raconter dans leurs journaux, que le bombardement aurait été commencé en quelque sorte par désespoir, afin d’aboutir à une fin plus rapide, puisque les Allemands seraient dans une terrible détresse. Bourbati et Faidherbe, disait-on, leur auraient coupé les moyens de communication avec leur pays et par conséquent les sources d’approvisionnement. La population de Paris découvrit la vérité uniquement lorsque la destinée de la ville était déjà décidée.
A Pontoise, un très joli pont de chemin-de-fer enjambe l’Oise et un peu plus loin également un pont en pierre. Les deux ouvrages passant au-dessus de la rivière ont été détruits par les Français lors de l’avancée des Allemands, dans l’hypothèse de pouvoir contenir l’approche de l’ennemi. Par cette destruction irréfléchie des voies de circulation, ils se sont infligés eux-mêmes les pires dommages. Les armées allemandes ne se sont pas laissé arrêter dans leur avancée, mais les Français se confrontent à présent aux difficiles et coûteuses obligations de reconstruire tous les ponts et ouvrages ferroviaires détruits. A Pontoise, on s’y mit peu de temps après la conclusion de l’armistice, et la circulation sur le pont en pierre était, comme le montre notre visuel, provisoirement rétablie. Pontoise n’était pas fortement envahie, et il régnait dans l’ensemble une atmosphère sereine. Vers fin février, il se produisit pourtant le triste événement : un soldat de la territoriale montant la garde fut attaqué par plusieurs individus et dangereusement blessé. Les auteurs ont été attrapés et ont certainement eu leur sanction. »
Traduction : Sabrina Leroy Kowalk.

Dassé Fabrice


* Source : « La vie quotidienne à Pontoise au temps de la Guerre de 1870-1871, Chronologie historique locale », Archives Municipales de Pontoise, Septembre 2007. Référence : PON1328.

** Merci à Pascal Gaillard (Archives Municipales de Pontoise) pour la correction concernant la date d’entrée des Prussiens à Pontoise. Correction effectuée le 16 avril 2020.

Une eau forte peu connue de Louis Marvy sur Pontoise (1844)

Louis Marvy (1815-1850) est un dessinateur et graveur français spécialisé dans les techniques de l’eau-forte et du vernis mou. Aquafortiste renommé il réalise de nombreuses gravures pour des artistes contemporains mais reproduit en planche énormément de tableaux de maître dont l’intégrale des oeuvres de Rembrandt.

Louis Marvy est connu outre Manche où il est contraint de se réfugier lors des troubles de 1848. Il produit aussi ses propres gravures et notamment des albums de paysages dessinés durant ses voyages. Un de ses recueils édité en 1844 est intitulé « Un été en voyage » et se compose de 20 gravures réalisées dans la région parisienne. La sixième estampe représente un paysage boisé localisé à Pontoise.

Louis Marvy, Pontoise 1844.                                                                       Estampe (11,8 x 12,7 cm).                                                                               Collection Dassé F.


Marvy Louis, Un été en voyage, 20 eaux fortes, Etudes et croquis d’après nature par Louis Marvy, éditeurs : Gihaut frères (Blvd. des Italiens, Paris), Vignère (Pl. du Louvre, Paris), Goupil et Vibert (15 Blvd. Montmartre, Paris), 1844.